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UE/Crise laitière La rigidité de Mme Fischer-Boel conduit les 27 à botter en touche

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Divisés entre libéraux convaincus et partisans d’une régulation des marchés, les ministres de l’agriculture de l’UE ont échoué le 7 septembre à prendre une décision sur la crise laitière qui secoue le monde agricole depuis plusieurs mois. Pour forcer le trait, Mariann Fischer-Boel, la commissaire à l’agriculture, a opposé un « nej » catégorique aux propositions de régulation suggérées notamment par la France et l’Allemagne. Maigre consolation pour les producteurs qui manifestaient à cette occasion: la prolongation de certaines mesures techniques concernant le stockage privé et l’aide à l’intervention. Seront-elles suffisantes pour empêcher une grève européenne du lait agitée par l’European Milk Board ?

Ni le millier d’agriculteurs manifestant sous les fenêtres du Conseil, ni les propositions d’une majorité d’Etats membres (1) en faveur d’une meilleure régulation des marchés n’ont réussi à forcer une décision des ministres de l’agriculture de l’UE réunis le 7 septembre à Bruxelles pour apporter une réponse à la crise du secteur laitier. La commissaire à l’agriculture, Mariann Fischer-Boel, soutenue par une demi-douzaine d’Etats membres libéraux, dont les Pays-Bas et le Royaume-Uni, a opposé une fin de non-recevoir à une proposition initiée par le couple franco-allemand visant à introduire une nouvelle régulation du secteur laitier. Les deux pays, appuyés par 14 autres Etats membres, ont proposé une nouvelle forme de régulation du secteur pour ne pas le laisser exposé à la seule loi du marché. Notamment dans la perspective de la disparition programmée des quotas laitiers en 2015. Le ministre suédois de l’Agriculture, Eskil Erlandsson, dont le pays préside actuellement l’UE, a été encore plus loin en émettant « l’espoir de bientôt mettre un terme à la régulation du secteur ». Mariann Fischer-Boel, de son côté, même si elle se dit volontiers « ouverte aux idées qui contribuent positivement au débat », a tenu à préciser que pour elle, « augmenter les prix à l’intervention pour le beurre et la poudre de lait écrémé, comme le demandent la France et l’Allemagne en particulier, c’est totalement exclu » car, dit-elle, « cela pousserait les Etats membres à se tourner immanquablement vers ces productions ». A propos de l’idée d’augmenter les restitutions à l’exportation « sans compromettre les intérêts des pays en développement », la commissaire danoise a répondu: « Je serais curieuse de voir comment vous pourriez vous y prendre ». Quant à réactiver les aides pour utiliser la poudre de lait écrémé dans l’alimentation animale, « c’est tout simplement du gaspillage ! », a-t-elle estimé.

Nouveau rendez-vous le 19 octobre
Quand on lui pose la question sur sa rigidité et sa volonté politique de trouver une solution à la crise laitière, la commissaire répond : « J’ai utilisé toutes les solutions de souplesse possibles comme on me l’a demandé. Mais ce que l’on me demande aujourd’hui est très difficile à accepter. Il faut continuer nos travaux d’autant plus que des petites lueurs d’espoir de reprise se font sentir sur le marché mondial », a-t-elle voulu rassurer. De son côté, la présidence suédoise s’est contentée d’annoncer que « certains points proposés par les 16 Etats membres ainsi que certaines propositions de la Communication de la Commission européenne » (de juillet 2009) vont à présent être « examinés en profondeur » par les comités techniques compétents du Conseil ; les résultats en seraient présentés aux ministres de l’agriculture de l’UE le 19 octobre à Luxembourg.

Bruno Le Maire optimiste malgré tout
Au-delà des quelques mesures techniques qu’il a pu obtenir de l’UE (prolongation des aides au stockage privé jusqu’à fin février 2010, prolongation des achats à l’intervention jusqu’à fin mars 2010 et doublement des aides de minimas (de 7500 à 15000 euros sur 3 ans), le ministre français Bruno Le Maire a beaucoup insisté sur sa proposition de contractualisation au niveau européen qui, selon lui, donnerait aux producteurs et aux filières les outils pour s’organiser de manière collective. « J’ai le sentiment que sur la contractualisation nous sommes en train de faire bouger les choses », a-t-il assuré. Il a toutefois reconnu que cela ne pourrait pas se faire du jour au lendemain car « c’est un chantier de grande importance qui demande de modifier en profondeur un certain nombre de règles européennes et notamment de rouvrir l’OCM ».
Interrogé par Agra alimentation sur le rôle de la distribution dans la crise actuelle, le ministre a répondu qu’il existe « un consensus au sein des 27 pour reconnaître que davantage de transparence est à la fois dans l’intérêt des producteurs et des consommateurs ». Selon lui, la France a pris les décisions les plus efficaces et les plus appropriées. « Nous avons un observatoire des prix et des marges qui rend régulièrement ses conclusions sur la formation des prix. On a les conclusions de fin juillet sur le lait. Pour les fruits et légumes ce sera début octobre. Je souhaite pouvoir mettre en place un tel système de transparence sur la formation des prix et sur la répartition des marges entre producteurs, industriels et distributeurs dans chaque filière du monde agricole ». Quand on lui pose la question de savoir si les maigres résultats du Conseil agricole seront suffisants pour empêcher la grève du lait promise par les éleveurs européens, le ministre répond: « Ma responsabilité est de faire en sorte que chaque jour on marque des points pour soutenir les producteurs de lait. On a obtenu des mesures concrètes à l’échelle nationale (les fameux 30 millions d’euros), un ciblage particulier sur les jeunes agriculteurs, un dialogue avec les banques créancières des producteurs de lait, la prolongation des mesures européennes, des progrès (sic) vers une contractualisation. Je pense que tout est en train de bouger dans le bon sens et j’espère que cela contribuera à apaiser les esprits » (2).

(1) Allemagne, France, Autriche, Belgique, Bulgarie, Estonie, Finlande, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Portugal, Roumanie, Slovaquie, Slovénie. 
(2) L’European Milk Board se réunit le 10 septembre à Paris pour discuter des actions à venir et en particulier de son projet d’une « grève du lait au niveau européen ».

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