La récolte de céréales de la Russie, premier pays exportateur de blé, va dépasser cette année son record de 127 millions de tonnes qui remontait à 1978, à l’époque soviétique, a annoncé le 28 septembre le ministre de l’Agriculture.
Vu l’avancée de la moisson, achevée à 85 %, « nous pouvons dire avec certitude que nous allons récolter une moisson record », a déclaré Alexandre Tkatchev, ministre de l'Agriculture russe, lors d’une réunion gouvernementale. Il a précisé que cette récolte devrait permettre à la Russie d’exporter 30 Mt de blé en 2017-2018, en conservant ainsi son premier rang mondial.
Jusqu’à présent, le gouvernement était resté très prudent dans ses prévisions, contrairement aux analystes dont les pronostics optimistes ont pesé sur les prix ces dernières semaines. Il avait longtemps maintenu sa prévision à 110 Mt, avant de la porter le 22 septembre à 116-117 Mt. Le courtier dunkerquois Inter-Courtage notait alors que « les opérateurs sont au-dessus de 130 Mt ». Alexandre Tkatchev a expliqué cette retenue par « des conditions météorologiques défavorables dans toute une série de régions ».
Des exportations records
À 120 Mt en 2016, la récolte de la Russie, riche de fertiles « terres noires » autour de la mer Noire, était la plus élevée depuis 1978, quand l’Union soviétique disposait de surfaces cultivées bien plus vastes. Elle a permis au pays d’enregistrer un record d’exportations de 35 Mt (dont 27 Mt de blé) sur la campagne agricole 2016-2017, que Moscou espère battre sur la campagne actuelle. « Avec une situation favorable sur le marché, nous prévoyons d’exporter 45 Mt dont 30 Mt de blé » sur la campagne 2017-2018, a souligné le 28 septembre Alexandre Tkatchev. « Nous comptons sur le fait que la Russie sera de nouveau numéro un mondial en termes d’exportations de blé », a-t-il souligné. Sur la campagne 2015-2016, la Russie avait ravi aux États-Unis ce rang.
Le niveau de la récolte des dernières années « montre que la Russie va récolter plus de 100 Mt de céréales par an », avait souligné le 22 septembre le ministre de l'Agriculture, contre 70 M par exemple en 2010, une mauvaise année. Sur dix ans, la production de blé est quasiment passée du simple au double, entre un plancher autour de 40 Mt et le pic cette année à plus de 80 Mt (voir le graphique).
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Le ministre a cependant constaté que le niveau élevé de la moisson avait « un peu influé sur les prix qui sont actuellement, malheureusement, inférieurs au juste prix et même, dans certaines régions de Sibérie et de l’est de l’Oural, inférieurs au prix de revient ». Il a proposé une baisse des tarifs sur le transport ferroviaire des produits agricoles pour les transporter vers les ports du sud, ce qui permettrait d’augmenter les exportations et de réduire l’offre sur le marché intérieur russe de 2 à 3 Mt.
« La Russie va récolter plus de 100 Mt de céréales par an »
Les pays de la mer Noire peuvent encaisser des baisses de prix mondiaux conséquentes
Les pays de la mer Noire (Ukraine, Russie, Kazakhstan) peuvent encore encaisser des baisses de prix mondiaux conséquentes, même sans subvention, selon Jean-Jacques Hervé, conseiller du commerce extérieur de la France. « Les producteurs ont des marges pouvant atteindre 400 $ l’hectare, mais ils peuvent descendre jusqu’à 150 $ en blé », estime-t-il. En termes de prix, « ils peuvent supporter une baisse de 10 à 15 $ la tonne de blé » sur les marchés internationaux. Les bas coûts de production s’expliquent par une faible intensité capitaliste des fermes (elles ne nécessitent pas beaucoup d’actifs pour générer un revenu). En outre, le potentiel d’augmentation de la production est vaste. D’une part, parce que les entreprises agricoles russes en encore de la marge en termes de mécanisation et de drones et capteurs, de génétique. La sélection variétale russe est notamment performante sur les résistances des plantes au froid et à la sécheresse. D'autre part, parce que des terres nouvelles peuvent être mises en culture, jusqu’en Sibérie centrale. Enfin parce que l’irrigation massive est possible. « La Russie est un territoire sec, mais elle dispose d’immenses capacités hydrauliques (avec les fleuves qui remontent vers l’océan Arctique) ». Le rendement moyen russe est inférieur à 3 tonnes/hectare, mais il peut atteindre 6 tonnes/hectare par endroits. « À long terme la production céréalière russe pourra doubler », estime Jean-Jacques Hervé. L’Ukraine quant à elle a exporté un record de 41,5 millions de tonnes (Mt) de grains en 2015/16 et s’approche des 45 Mt d’exportation. Elle a l’avantage logistique d’avoir des ports en eau profonde, alors que la Russie se contente de transport fluvio-maritime. Quoi qu’il en soit, dans les trois pays du pourtour de la mer Noire, si les volumes de récolte sont irréguliers selon les millésimes, la qualité est toujours bonne, avec au moins 12 % de protéines dans les blés.