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Stratégie La Saf exhorte les chefs d’entreprise à penser leurs territoires

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Face aux multiples échéances législatives à venir, la Société des agriculteurs de France (Saf) se positionne politiquement dans un document synthétique présenté le 13 juin, lors de son assemblée générale, à Amiens. Elle y propose une vision transversale « des agricultures » et des agriculteurs de demain, avec en ligne de mire le maintien de la compétitivité économique, sociale et environnementale des entreprises agricoles dans des territoires en mouvement. Un travail de fond va désormais être mené auprès des décideurs et des autres pays européens, a indiqué son président Laurent Klein.

La Politique agricole commune, la loi d’avenir pour l’agriculture, la loi Duflot sur l’immobilier et le foncier, la loi sur la biodiversité, la loi sur l’économie sociale et solidaire... Au même titre que les politiques et les organisations professionnelles, les groupes de réflexion sont actuellement à pied d’œuvre. À l’immense différence près, cependant, selon les adhérents du think tank agricole, la Société des agriculteurs de France (Saf) : « Là où les politiques et les organisations professionnelles sont réactifs, nous, nous sommes proactifs ». Cette année, leur assemblée générale, qui s’est tenue le 13 juin, à Amiens, a été très précisément marquée par cette volonté, non pas nouvelle, toutefois affirmée et réaffirmée, à plusieurs reprises, de peser sur l’avenir de l’agriculture. Et pour ce faire, le groupe de réflexion est passé du mode du « club » à celui affiché de lobbyistes. Première transformation : l’habituel épais rapport d’orientation a laissé place à « un document de positionnement politique », a commenté le président de la Saf, Laurent Klein. Un dépliant synthétique de six pages. Deuxième transformation : si le document est titré Agricultures et territoires, pour des synergies gagnantes !, ça n’est pas un sujet qui est abordé, mais le monde agricole qui est traversé. « Il est important pour nous d’éviter la segmentation, a expliqué l’administrateur Christian Bonnetier. Nous ne traitons pas d’un côté l’environnement, de l’autre côté l’économie, de l’autre encore le social, le sociétal etc. : nous plaçons, dans le territoire, “une vision transversale” où des compromis sont à trouver ». Selon lui, le grand défi des négociations en cours et à venir, va être de mettre à bas la systématisation des approches. « C’est pourquoi, nous mettons nos idées à la disposition des débatteurs », a repris Laurent Klein utilisant la métaphore des cartes à jouer « déployées sur le tapis des débats ».

S’approprier son contexte

L’enjeu pour la Société des agriculteurs de France est le maintien des entreprises compétitives, dans des territoires en mouvement. Et la mise souveraine pour cela est de se saisir des territoires, économiques, environnementaux, politiques, juridiques... « Nous avons une superposition de territoires qui peuvent s’additionner, mais aussi se neutraliser ou se rendre plus dynamiques. Comment mieux rayonner parmi ces territoires ? Il faut pour cela comprendre ceux dans lesquels on évolue », a présenté Laurent Klein. Pas de normes. Il s’agit pour le chef d’entreprise stratège, autonome et innovant cher à la Saf, de ne plus se tenir corseté dans les contraintes, mais de construire en s’appropriant son contexte (les territoires économiques des filières, bassin de production, de transformation et de consommation, les territoires administratifs, les territoires environnementaux...), avec des projets cohérents et en cohésion avec ceux qui l’entourent. Et d’un espace à l’autre, de créer des passerelles. En résumé, faire le choix de l’ancrage, tout en restant en mouvement. La ligne peut paraître déstabilisante. Elle est précisée par le biais de recommandations. Sur le chapitre des filières, la Saf encourage notamment la mise en place d’un véritable « marketing territorial », par le développement de politiques de marques intégrant les territoires. Elle préconise, en matière de politique territoriale, de rendre complémentaires les décisions d’un État « stratège » et les actions d’accompagnement et de valorisation de ces stratégies menées par les autorités territoriales. Elle recommande d’éviter la concurrence exacerbée entre régions, l’opposition également entre villes et campagnes, par la conception notamment d’une vision commune de l’avenir. Les chefs d’entreprise agricole doivent être les partenaires des politiques publiques visant des missions d’intérêt général environnemental, estime le think tank. Sur le sujet de la Pac, c’est la décentralisation qui préoccupe : ce qui est important, ça n’est pas de savoir si on décentralise le premier ou le deuxième pilier, mais : quelle mesure mérite d’être approchée à partir des réalités locales ?, a soutenu encore le conseil d’administration.

Un rapport à l’automne

L’ensemble est développé et précisé dans un rapport d’orientation d’une quarantaine de pages, qui sera présenté cet automne, au plus près des échéances législatives. La Saf y présentera aussi ses nouvelles commissions de travail (filières, politiques territoriales, villes-campagnes, territoires environnementaux, pac). En attendant, l’association prévoit de multiplier les échanges auprès des organisations professionnelles et des décideurs politiques. De donner du temps et de l’espace à ses idées, en menant aussi un travail de fond avec tous les pays européens, a précisé Laurent Klein. Preuve en est d’une stratégie déjà en marche : l’administrateur de la Saf, Christoph Büren, producteur de céréales dans la Marne, vient d’être élu président du groupe de réflexion européen, Elo (European landowners organisation). Son mandat débutera le 1er juillet.

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