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La SAS France Viande Export, la nouvelle carte pour vendre hors d’Europe

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La SAS France Viande Export a pour but de mieux « chasser en meutes » et de savoir « qui peut apporter quoi et comment » en réponse à des appels d’offres internationaux sur les viandes. Avec un nouveau statut relatif à la vache folle, la France a effectivement une carte à jouer sur l’export, notamment vers les pays tiers, considérés comme pôle de croissance de la consommation de viande.

Le 12 octobre, Stéphane Le Foll a inauguré avec Mathias Feckl, secrétaire d’Etat chargé du Commerce extérieur, la SAS France Viande Export au logo « French Meat Quality ». Dominique Guineheux, directeur Groupe des achats de bovins chez Bigard, en a été élu président « à l’unanimité », selon le ministre. Son objectif est de coordonner les réponses aux appels d’offres de viande des pays tiers entre opérateurs, « en qualité comme en quantité » précise Stéphane Le Foll. Il y a quelques mois, la France n’avait pas pu répondre à un appel d’offres en viande bovine de la Malaisie, faute de coordination entre les acteurs. La SAS regroupe aujourd’hui 29 entreprises dont « la quasi-totalité des acteurs dans la filière bovine », le groupe Bigard inclu, annonce Dominique Guineheux. Dans la filière porcine, moins d’une dizaine d’opérateurs ont souhaité en faire partie. Dominique Guineheux justifie leur absence expliquant que certains « acteurs se sentent capables d’exporter seuls », sans doute comme la Cooperl ou Bigard qui se sont exclus de la SAS pour cette production. « Huit entreprises dans la filière porcine, c’est insuffisant ! », tranche Stéphane Le Foll. Les statuts de la SAS ont été finalisés le 9 septembre (voir Agra-presse n°3511). Chaque opérateur a versé 1 000 € pour son fonctionnement. Sa mise en place a été coordonnée par Jean-Luc Angot, inspecteur général au CGAAER et précisément nommé pour cette fonction, à la suite d’une réunion de filière au ministère en mai dernier. « L’intérêt de France Viande Export est également d’étudier le type de demande, pays par pays, afin de mieux y répondre. Ainsi les abats sont très demandés au Viêt-Nam », estimait Jean-Luc Angot le 10 septembre.

Adapter l’offre à la demande

« Nous revendiquons les plus belles races de bovins allaitants du monde et les meilleurs animaux. Les Français sont même considérés comme un peu arrogants à ce sujet. Pour eux, c’est à l’acheteur de s’adapter à leur offre ! Or, il faut raisonner à l’inverse ! analysait Jean-Luc Angot qui constatait pourtant : Il y a cependant une vraie prise de conscience afin d’inverser cette tendance ». D’après lui, « l’export a souvent été considéré comme un moyen de dégagement alors que c’est une vraie stratégie. Il ne faut pas hésiter à faire du service après-vente et à exporter les conduites d’élevage ». De son côté, Stéphane Le Foll a souhaité rappeler en fin d’intervention à quel point il était indispensable de respecter les cahiers des charges des appels d’offres. « C’est la rigueur qui fait la confiance », revendique-t-il, ayant « trop vu » des appels d’offres auxquelles les opérateurs ont répondu « un peu à côté ». Il rejoint le discours de Jean-Luc Angot : « Il faut que le produit s’adapte à la demande du marché. C’est un principe de base. On a trop pensé qu’il fallait exporter ce que nous produisions, que l’on était les meilleurs ! », conclut-il. Mathias Fekl a rappelé, de son côté, les récentes levées d’embargo en lien avec l’encéphalopathie spongiforme bovine. La France a effectivement obtenu le statut de pays à risque négligeable par l’OIE, en mai dernier. Ainsi, le Vietnam, l’Afrique du Sud, le Qatar, Singapour ont réouvert leur marché à la viande française. « Prochainement ce sera la Chine », avance Mathias Fekl et les Etats-Unis. Dans le secteur bovin, d’après les derniers chiffres de FranceAgriMer, en 2014, près 16 900 tonnes équivalents carcasses de viandes congelés ont été exportées au sein de l’Union européenne contre 5 600 à l’export. « C’est dire le travail qu’il reste à faire sur les pays tiers ! », s’est exclamé Stéphane le Foll.

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Viande bovine : le marché potentiel de l’Arabie Saoudite

À la suite de son déplacement en Arabie Saoudite, Manuel Valls a annoncé, le 13 octobre, la levée de l’embargo ESB (encéphalopathie spongiforme bovine) par ce pays, mis en place à la suite de la crise de la vache folle dans les années 2000. La France a effectivement obtenu le statut de pays à risque négligeable par l’OIE, en mai dernier. Selon un membre proche du ministère de l’Agriculture, plus d’une trentaine d’entreprises ont été agréées pour exporter de la viande bovine et déjà 54 kg de viande bovine (joue de bœuf) sont partis pour un buffet du 12 octobre au soir à Ryad à l’occasion de la visite de Manuel Valls. Marc Feunteun, directeur export chez SVA Jean Rozé, escompte des exportations de l’ordre de 3 000 tonnes par an. L’Arabie saoudite importe 130 000 tonnes de viande bovine par an pour une valeur de 430 millions d’euros, selon le ministère de l’Agriculture. Ces importations augmentent de 2,5 à 5 % par an. Jusqu’à présent les Saoudiens ne consomment que 4,5 kg de viande par an et par habitant contre 66 en France. L’Inde fournit pour l’instant les deux tiers de la viande importée par l’Arabie, suivie par l’Australie et le Pakistan.