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Crise La sécheresse et la guerre civile provoquent la famine au Sahel

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La crise alimentaire au Sahel inquiète toujours plus les ONG. Face à une sécheresse, la région souffre d’un déficit de 600 000 tonnes de céréales. Le conflit au Nord-Mali, et l’arrêt des échanges commerciaux avec les pays frontaliers ne font qu’aggraver la situation.

La FAO (Food and Agriculture organization) a lancé un nouvel appel aux dons « pour conjurer une crise alimentaire » au Sahel, dans un communiqué du 9 mai. La région connaît en effet une « crise alimentaire aiguë », a confirmé Ladji Niangane, secrétaire administratif de l’Union nationale des coopératives agricoles de Kayes (Mali) le 9 mars, lors d’une conférence organisée par le CCFD-Terre solidaire (Comité catholique contre la faim et pour le développement). Le Niger souffre d’un « déficit de 600 000 tonnes de céréales, soit 15 % des besoins de la population », s’est par ailleurs alarmée Caroline Bah, directrice de l’ONG Afrique verte France.

Conditions climatiques difficiles

Les paysans maliens et nigériens doivent faire face à une sécheresse qui a paralysé la pousse des semis. Auparavant, « le paysan semait à la volée plusieurs variétés, quelles que soient les conditions climatiques, au moins une d’elles parvenait à pousser », explique Caroline Bah. « Aujourd’hui les semenciers préconisent une seule variété améliorée, mais qui souvent ne pousse pas quand la pluviométrie est faible. » Conséquence, les méthodes de production ne sont plus adaptées aux conditions arides de cette région du monde. « La campagne 2011/2012 a été très mauvaise, décrit Ladji Niangane, certains producteurs attendaient l’arrivée des pluies pour semer, et aux endroits où il a plu 3-4 fois, les semis n’ont pas poussé ». La sécheresse qui frappe le pays a également appauvri les pâturages. Les marchés, inquiets des récoltes sud-américaines, connaissent une forte inflation depuis plusieurs semaines sur le soja et le maïs. Directement connecté à ces cultures, le prix de l’alimentation du bétail n’a cessé d’augmenter. Faute d’aliment pour leur bétail, les éleveurs n’ont plus d’autre choix que d’abattre leur troupeau.

Le Mali et le Niger isolés

Ce déficit de production est amplifié par une impossibilité pour le Niger et le Mali d’importer les céréales qui leur manque. Les récoltes au Burkina Faso étant à peine suffisantes, le pays a dû fermer ses frontières pour assurer sa propre sécurité alimentaire. Le Nigeria a également bloqué tout échange commercial avec le Niger. Le Nord-Mali en proie à une guerre civile ne peut pas non plus servir de couloir commercial. « Le Mali face à ses problèmes n’a pas les moyens pour veiller à la sécurité de sa population, ni pour contenir l’exode », ajoute Ladji Niangane. Ces pays connaissent un véritable manque de structure de transformation. La préparation des graines était jusqu’à récemment le lot des femmes qui travaillaient les cultures manuellement. « Les femmes dans les grands centres urbains utilisent de plus en plus les produits transformés, et ne prennent plus le temps de préparer les céréales, qui sont vendues au Sahel à 99% sous la forme brute », raconte Caroline Bah. La construction d’une industrie agroalimentaire au Sahel est, elle aussi, nécessaire à la sécurité alimentaire de ces pays. La FAO estime à 69,8 millions de dollars les aides nécessaires pour enrayer cette crise alimentaire.

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