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Conflits d'usage La sécheresse, terreau de l'insécurité des zones arides

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La dégradation des ressources naturelles déstabilise les pays d'Afrique subsaharienne. À quelques semaines de Paris Climat 2015, l'assèchement du lac Tchad et les migrations des populations ont été pris en exemple lors de la conférence sur le dérèglement climatique et les crises humanitaires à Paris, le 8 septembre.

« La région (du lac Tchad, NDLR) a subit plus de 100 conflits violents depuis 2003 et un flux migratoire de 7,5 millions de personnes… Le groupe de Boko Haram (secte islamiste nigériane, ndlr) s'est implanté pour exploiter cette situation », a affirmé Monique

Barbut, directrice exécutive de l'UNCCD (Convention des Nations unies de lutte contre la désertification), lors de la conférence sur le dérèglement climatique et les crises humanitaires à Paris, le 9 septembre. La désertification du milieu est une des causes de l'instabilité. « Si le ventre est vide, la tête ne réfléchit pas. Les gens sont prêts à accepter n'importe quoi pour retrouver leur dignité. Et là, on tombe sur l'insécurité internationale, nationale et régionale», témoigne Hindou Oumarou Ibrahim, coordinatrice de l'Association des femmes peuls autochtones du Tchad (AFPAT). Les groupes extrémistes comme Boko Haram en profitent pour progresser dans les zones fragilisées et pour « recruter ». Monique Barbut prend aussi l'exemple de la Syrie : « Le pays a subi la pire sécheresse de son existence entre 2006 et 2011 ». Plus d'un million de paysans syriens ont été touchés par l'insécurité alimentaire et ont été forcés de quitter leurs terres. Cela est une cause de l'instabilité du pays. Le manque d'eau est une bombe à retardement. Mais contrôler la ressource est aussi une arme. « Par exemple, Daesh (Etat islamique, ndlr) : que fait-il pour pouvoir assurer son contrôle ? La première chose : il confisque les ressources en eau. Ainsi, il accroît son pouvoir et son influence », développe Monique Barbut. « Je ne comprends pas très bien ce qui se dit sur les migrants politiques et les migrants économiques. Certes, certains viennent à cause de la guerre, mais toutes ces guerres ont une raison environnementale », soutient-elle.

Plus de conflits, plus de migrations…

Les experts ne prennent pas à la légère ces analyses. Car les prévisions ne sont pas réjouissantes. « Les conflits liés à l'eau ont augmenté de 28% pendant la première décennie du XXIe siècle », assure Monique Barbut. L'écart des besoins et des disponibilités en eau serait de 40% d'ici 2030. Les conflits d'usage devraient se développer, les migrations de population aussi. Déjà, Monique

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Barbut rappelle qu'« environ 42% des foyers agricoles émigrent de façon saisonnière en cas de mauvaise récolte, 17% émigrent définitivement en cas de destruction des récoltes ». Et en 2015, elle affirme que « 400 000 migrants illégaux ont traversé la Méditerranée. 100% de ces migrants viennent de zones arides ». Elle poursuit : « Les populations ont toujours migré. Mais ce n'est plus saisonnier. Maintenant, c'est définitif ou forcé et c'est lié aux conditions environnementales ». Si la conférence Paris Climat 2015 échoue, « l'ampleur de ces migrations excédera tout ce que nous avons connu jusqu'à présent ».

… à moins d'agir

Plus de 60 ONG ont signé une lettre ouverte intitulée Il est temps d'agir. Elle a été remise à Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, le 9 septembre. « Ces situations (stress hydrique, ndlr) sont déjà l'origine de conflits entre les communautés. Il est urgent de financer des actions d'adaptation et de gestion durable des ressources », souligne Aurélie Ceinos, chargée de mission climat pour Care France. La conférence Paris Climat 2015 est très attendue. Stéphanie Rivoal, présidente d'Action contre la faim, a alerté : « Nous n'avons plus le temps de repousser les mesures concrètes, nous n'avons plus besoin de discours ». Mais côté décideurs politiques, les discussions et les négociations devraient être longues avant de trouver un accord. Patrice Paoli, directeur du Centre de crise et de soutien du ministère des Affaires étrangères, rappelle à propos de la COP21 : « Nous sommes en bonne voie, mais nous n'avons pas tous les éléments qui garantissent le succès de la conférence ».

Le coût humain et financier des sécheresses pèse lourd sur le secteur agricole

70% des catastrophes naturelles sont liés au changement climatique
22% du coût total des catastrophes naturelles sont absorbés par le secteur agricole
80% du coût des sécheresses sont absorbés par le secteur agricole
650 millions de personnes dépendent de l'agriculture pluviale
Source : FAO, UNCCD