La situation hydrologique est moins grave qu’en 2003 mais elle se dégrade plus vite, affirment les experts du ministère de l’Ecologie. C’est la raison pour laquelle, si la situation de crise n’est pas encore reconnue, un suivi précis des conséquences de la sécheresse en France est organisé. Une cellule de vigilance sera convoquée chaque lundi au ministère de l’Agriculture. La Commission européenne a par ailleurs annoncé le 27 juillet qu’elle autorisait l’utilisation de terres en jachère pour l’alimentation des animaux sur l’ensemble du territoire français.
Une cellule «vigilance sécheresse» a été instituée au sein du ministère de l’Agriculture et avec la participation des professionnels, compte tenu de la situation climatique et ses conséquences sur l’agriculture. C’est ce qui a été décidé lors d’une première rencontre le 26 juillet au matin. Cette cellule devra faire le point de ce qui se passe sur le terrain où des tableaux de bord précis seront mis en place. La situation n’est pas jugée dramatique, ni par les pouvoirs publics ni par les professionnels, semble-t-il. Selon les experts du ministère de l’Environnement, la situation hydrologique est moins mauvaise qu’en 2003 à la même période mais elle se dégrade plus vite. Le dispositif mis en place est jugé limité par la FNSEA qui estime, en proposant un «plan vert» que tous les moyens de l’État doivent être mis en œuvre et pas seulement ceux du ministère de l’Agriculture, de l’Environnement ou de l’Equipement. Sur le plan local, la remontée des informations et la mise en œuvre de moyens devraient, selon la fédération, être le fait des préfets et non des DDA. « On n’en est pas encore à une situation de crise pouvant justifier ce type de dispositif», répond-on au ministère.
Massif central: l’inquiétude des éleveurs de bovins
Le ministère a fait savoir que la situation des éleveurs est aujourd’hui «la plus préoccupante». Certains départements ont commencé à activer les procédures calamités agricoles. Des commissions d’enquête ont commencé leur travail ou sont sur le point de le faire dans plusieurs départements (Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Ariège, Aude, Cantal, Doubs, Lozère, Maine-et-Loire, Charente, Gard), ce qui permettra de disposer de premières estimations à la fin du mois d’août. La commission nationale des calamités agricoles sera réunie dès que suffisamment d’éléments auront été rassemblés, précisent les collaborateurs de Dominique Bussereau.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Sur le terrain, Patrick Bénézit, le coordonateur des éleveurs de races à viande du Grand Massif central, précise que c’est le sud du massif qui est très touché. Alors que la canicule de 2003 avait touché tout le Massif central, celle de cette année a surtout frappé les zones d’altitudes et leurs prairies naturelles. « On a des pertes jusqu’à 70% en première coupe, et dans le Cantal, au moins la moitié des éleveurs est en difficulté, soit 3 000 à 3 500 agriculteurs», explique t-il. La Corrèze est également touchée, ainsi que la Haute-Loire, la Lozère, l’Aveyron et une partie du Puy-de-Dôme. Dans le malheur, Patrick Bénézit constate néanmoins qu’aucune tension ou spéculation n’est à constater sur le marché de la paille et des produits déshydratés destinés à l’alimentation des bovins. L’achat de nourriture pour les animaux fait néanmoins souffrir la trésorerie des éleveurs. « Il y a du découragement chez les éleveurs avec la succession d’épisodes de sécheresse ou de canicule qui, depuis 4 ans, font beaucoup de mal aux prairies naturelles. Celles-ci se dégarnissent et la vraie question est de savoir comment les éleveurs vont pouvoir s’adapter et réimplanter des prairies dans des milieux où on n’a pas l’habitude de labourer», poursuit le responsable professionnel. Les éleveurs comptent essentiellement sur la procédure des calamités agricoles pour s’en sortir. Dans les zones les plus touchées, Patrick Bénézit évalue les besoins à 15 000 euros pour les pétites élevages, et jusqu’à 40 ou 50 000 euros pour les plus grosses exploitations.
L’aviculture touche du bois
Du côté de l’aviculture, le discours est plus rassurant. Là encore, le parallèle avec 2003 n’est pas jugé pertinent. « On ne constate quasiment rien en terme de mortalité dans les élevages», explique Christian Marinov, le directeur général adjoint de la Confédération française de l’aviculture (CFA). De fait, les élevages ont beaucoup investi dans des systèmes de brumisation ou de refroidissement des toitures ou des des parois des bâtiments d’élevage, poursuit le responsable professionnel. Et de conclure: « Pour le moment, on arrive à gérer la situation. Nous ne sommes ni optimistes ni pessimistes; nous gérons au jour le jour».