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Défi alimentaire La société civile veut plus de régulations

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La société civile veut davantage de régulations des marchés agricoles, et des politiques qui négligent moins l’agriculture, afin de répondre au défi alimentaire, loin d’être résolu. C’est une des grandes lignes qui ressort d’une conférence co-organisée par les Conseils économique et social (CES) de la France et de l’UE le 13 novembre.

Le CES français, qui est maintenant le « Conseil économique, social et environnemental », et le CES européen ont organisé le 13 novembre une conférence intitulée « l’UE face au défi alimentaire mondial : la contribution des sociétés civiles organisées », dans le cadre de la présidence française de l’UE.

Cette conférence a donné la parole à des intervenants venant aussi bien de France que d’autres pays de l’UE, d’Amérique latine et d’Afrique.

« La crise planétaire que nous connaissons aujourd’hui nous invite à un retour des fondamentaux et de la régulation », a déclaré Jacques Dermagne, président du CES français, d’autant plus que la sécurité alimentaire est un « bien public mondial ».

L’ampleur de la tâche

Soulignant l’ampleur de la tâche, Jacques Dermagne a poursuivi en affirmant qu’ « aujourd’hui, toute attente passive ne peut qu’entraîner des conséquences catastrophiques. Il ne suffit pas d’espérer que le marché génère sa propre régulation ».

Alberto Montoya, vice-président exécutif du Centre d’études stratégiques du Mexique, a dressé un tableau sombre de l’Alena, la zone de libre-échange entre les trois pays d’Amérique du Nord. Il a voulu montrer qu’ « à la différence de l’UE, on nous a imposé un système de subordination économique, culturel et militaire ». En clair, l’Alena pratique une politique de marchés laissant libre cours au jeu des avantages comparatifs, défavorable à la situation sociale au Mexique selon lui. Cette politique a détruit quatre millions d’emplois dans les zones rurales du pays, l’importation de produits alimentaires subventionnés entraînant l’exode rural.

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De son côté, Michel Griffon, économiste et agronome, ancien directeur du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), a montré qu’après la « révolution verte » réussie des années 1960 et 1970 en Inde et en Chine, entre autres, il faut un nouveau sursaut de la production, avec moins de phytosanitaires, moins d’engrais et moins d’eau. C’est le défi que devront relever les pays émergents ayant les moyens d’importer des produits alimentaires comme l’Inde et la Chine, mais aussi les pays du Moyen-Orient et d’Afrique qui manquent d’eau.

L’aspiration à des politiques plus ambitieuses

Une fois l’ampleur de la tâche décrite, ce qui ressort de la conférence des deux CES, c’est l’aspiration à des politiques plus ambitieuses.

Une des premières politiques communes de l’Europe a été celle de l’agriculture, a rappelé Henri Malosse, président du groupe des employeurs du CES européen. Puis, atteignant le stade de la « globalisation », la Pac est rapidement passée à celui de la « banalisation », s’accompagnant d’une perte de la volonté d’ambition de l’Europe, « plus suiveuse que leader », a-t-il déploré.

Michel Griffon n’a pas caché que le commerce international agricole prendra de plus en plus d’ampleur. Des pays émergents comme l’Inde et la Chine importeront demain davantage de produits alimentaires, tandis que le Brésil et l’Argentine exporteront plus, car leur potentiel agricole s’exprime. Il faudra être d’autant plus vigilant à l’OMC, face « au dumping des exportations, au dumping monétaire, au dumping social et surtout au dumping écologique ». « Faisons en sorte qu’à l’OMC on prenne tous ces paramètres en compte, pour que le commerce soit vraiment du “fair trade” ». Mais quand bien même ce fair trade serait réalisé, il faudra s’occuper selon lui tout spécialement de l’Afrique, qui connaît une stagnation des rendements agricoles, et dont la population devrait atteindre deux milliards en 2050.