Un nouveau président des Jeunes agriculteurs pour deux ans sans échéance syndicale. C’est l’occasion de « consacrer ce mandat à notre propre défi pour notre syndicalisme », a lancé Jean-Michel Lémétayer lors du 42 congrès des JA qui a élu William Villeneuve, ancien secrétaire général, à la tête de l’organisation (Cf article suivant). Fait inhabituel, les JA ont réservé un accueil plus que réservé au leader du syndicalisme aîné malgré un congrès placé sous le signe de la… solidarité. A l’opposé, le ministre Michel Barnier – sans faire aucune nouvelle annonce, notamment sur le dossier carburant –, a été largement applaudi.
C’est en ironisant sur son accent chantant du Sud-Ouest, que le nouveau leader du syndicat Jeunes agriculteurs (JA), William Villeneuve, a réaffirmé les valeurs de solidarité qui animent son syndicat dans son premier discours en tant que président. C’est l’objet même du rapport d’orientation qui a été présenté et longuement discuté, devant plus de 600 congressistes lors du 42 e congrès du syndicat à Saint-Quentin (02). Si la priorité du syndicat demeure le renouvellement des générations, le nouveau président ne veut pas rester « cantonné » à ce seul sujet, a-t-il expliqué le 11 juin (voir article suivant). Pourtant, dans son discours de clôture le 12 juin, il a fait part de son impatience quant à la sortie des textes de lois devant accompagner la mise en place du PPP (plan de professionnalisation personnalisé). « Il est incompréhensible que des propositions sans incidences budgétaires mettent autant de temps à être votées », a-t-il lancé, très à l’aise dans ce premier exercice de prise de parole publique en tant que président. L’enjeu pour les JA est d’être reconnu comme « légitime » par les pouvoirs publics sur le dossier installation. Mieux, le syndicat doit être « un des acteurs majeurs dans la gouvernance de l’installation », affirme le nouveau président. Une prise de position forte alors que les syndicats minoritaires, en premier lieu la Confédération paysanne, contestent « la mainmise des JA sur ce dossier ».
Une arme dissuasive
Autre dossier important et complémentaire à l’installation : la question du foncier, qui est une « question majeure », a-t-il ajouté. L’enjeu est de « préserver les terres agricoles » par rapport à l’extension urbaine qui grignote les surfaces agricoles. Dans cet objectif, « il faut une arme dissuasive que nous pourrions appeler : redevance sur le changement d’usage du foncier », a proposé William Villeneuve. Cette taxe « dissuasive et fléchée » serait fonction de la valeur agronomique du terrain. Et cette taxe pourrait servir au financement de l’installation des jeunes agriculteurs. La boucle est bouclée. L’idée des rapporteurs est « de ne plus confier aux communes l’extension urbaine mais au département ». Une position très discutée lors de séance des amendements du rapport d’orientation qui s’est poursuivi jusqu’à très tard le 11 juin au soir. Certains congressistes tenaient à maintenir cet échelon communal. Finalement un amendement de compromis a été voté.
Harmonisation européenne
En prolongement de la solidarité, le nouveau président se place sur le terrain de la « morale » pour appeler à « l’harmonisation des réglementations entre États membres ». « Comment expliquer à des agriculteurs que les intrants qu’ils utilisent (…) ne sont pas autorisés en France alors qu’ils sont indirectement proposés aux consommateurs français via des importations. Où est la morale ? », s’est exclamé William Villeneuve. Le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a indiqué en réponse au président des JA qu’il allait défendre « lors du prochain conseil des ministres de l’Agriculture de juin, un mémorandum (à ce sujet : ndlr) avec le soutien de plusieurs États membres ». Un ministre, comme à son habitude extrêmement humble qui a expliqué aux congressistes qu’il était là pour « rendre des comptes » un an après sa prise de fonction.
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Jean-Michel Lemétayer chahuté
Un ministre très applaudi alors qu’il n’a fait aucune nouvelle annonce notamment qur le dossier du coût de l’énergie. Un accueil qui tranchait avec celui beaucoup plus froid, voire chahuté, réservé au président de la FNSEA. Celui-ci a évoqué l’épineuse question de l’évolution des statuts des Jeunes agriculteurs (un mandat de trois ans au lieu de deux pour les JA). Un sujet sensible car les velléités d’intégration du syndicat jeune à la grande maison existent. Sans oublier le dossier « chaud » des manifestations pour défendre le revenu des paysans face à l’explosion du coût de l’énergie. Les JA ont trouvé le président de la FNSEA trop réservé quant aux mots d’ordre du syndicat aîné donnés aux fédérations pour s’associer aux JA dans les manifestations. Visiblement, le président de la FNSEA n’a pas apprécié. « Gardez-en pour le ministre ! », a même lancé Jean-Michel Lemétayer.
Une réunion à l’automne
Ce dernier a toutefois estimé « courageux » de la part des JA d’ « interpeller le groupe Total » pour qu’il soit solidaire du monde agricole dans le dossier de l’énergie. Rappelons que Total est l’un des partenaires financiers des JA, notamment pour la finale de labour. « Est-ce que les 100 millions d’euros (promis par les pétroliers pour financer les 100 000 diagnostics énergétiques) sont effectivement là ? », a demandé Jean-Michel Lémétayer au ministre. Michel Barnier s’est contenté dans sa réponse par promettre que 6 000 diagnostics par an seront réservés aux JA. Il a évoqué un courrier envoyé à Mariann Fischer Boel pour bénéficier de l’argent non utilisé de la Pac tout en « comprenant l’urgence de la situation ».
« Quand se mettra-t-on à parler du pouvoir d’achat des agriculteurs ? », s’est demandé, de son côté, William Willeneuve qui « attendait plus et mieux » que les mesures déjà annoncées par le gouvernement. Le ministre a « pris l’engagement de réunir à l’automne les organisations professionnelles pour faire le point sur la situation des entreprises confrontées à une flambée de leurs charges ». Une promesse qui a dû mettre du baume au cœur de Jean-Michel Lemétayer qui réclame cette réunion depuis des semaines.