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Production porcine La sortie de crise à l’horizon

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Après un début d’année 2008 difficile, les producteurs de porcs français avaient connu une embellie entre les mois de juillet et octobre. Tous les observateurs y voyaient le signe d’une sortie de crise rapide. Seulement, la crise financière internationale est venue perturber la filière. Les exportations sont en berne, et malgré un cours moyen en 2008 parmi les plus élevés des dernières années, les éleveurs vont connaître une deuxième année consécutive de déficit. La hausse du prix de base n’a en effet pas suffi à compenser celle des coûts de production. La filière est coutumière d’une alternance de périodes bénéficiaires et déficitaires. Cette fois, elle met plus de temps à voir le bout du tunnel. Les experts se veulent néanmoins optimistes. Ils estiment qu’avec la baisse du cheptel européen, les cours devraient mécaniquement remonter en 2009. La crise financière pourrait donc avoir seulement retardé la reprise. Les producteurs pourraient à nouveau être bénéficiaires d’ici la fin du premier semestre. Si tout se passe selon les prévisions…

Avec 1,425€ par kilo de carcasses sur le marché du porc breton le 28 août 2008, le porc avait atteint son plus haut niveau depuis deux ans. Toute la filière entrevoyait déjà la fin de la crise. D’autant que la baisse du prix de l’aliment se profilait, et la restitution (subvention à l’exportation) avait permis de maintenir un flot d’exportations vers les pays de l’Est tout en tirant les prix vers le haut. Mais dès le mois d’octobre, la crise financière internationale a refroidi les espoirs des producteurs. Les clients d’Europe centrale sont devenus insolvables (par la dépréciation de leurs monnaies), les exportations ont chuté et les cours avec. Résultat : la cotation n’a cessé de dégringoler jusqu’à 1,083€ à la clôture du MPB jeudi 8 janvier.

Deuxième année consécutive de déficit pour les éleveurs

Sur 2008, le cours moyen du porc sur le Marché du porc breton (MPB) est quand même le plus élevé depuis 2001 alors que, paradoxalement, la situation financière des éleveurs est très dégradée du fait de l’évolution des coûts de production. Selon le bilan annuel du cadran de Plérin, le prix de base moyen 2008 est en hausse de 13,06% à 1,264 euro. Mais cette hausse n’a pas compensé celle des coûts de production. « Le coût de revient moyen est, pour la deuxième année consécutive, nettement supérieur au prix de marché. Lorsque les comptes 2008 seront sortis, ils devraient laisser apparaître un déficit entre coût de revient et prix payé de l’ordre de 15 cts par Kg de carcasse », indique la direction du MPB.

Une hausse mécanique des cours prévue au premier semestre 2009

Une seule chose est sûre pour 2009 : la production européenne baissera. D’après l’office de l’élevage, la diminution des effectifs de truies en Europe et aux Etats-Unis devrait entraîner une baisse de la production dans ces deux régions de 2%. Cette baisse, significative, devrait orienter les prix à la hausse, annoncent tous les observateurs. Seulement, selon les experts de l’office de l’élevage, cette augmentation devrait rester limitée ( +15% par rapport à 2008) du fait de la baisse concomitante de la consommation et des exportations. Le MPB reste volontariste en estimant « qu’une phase favorable de cycle va suivre selon les lois naturelles de l’économie de marché. » Pour l’Office de l’élevage, l’importance de cette reprise dépendra de trois facteurs : le recul effectif de la production en Europe, le maintien de la compétitivité de la viande européenne sur les marchés internationaux et l’évolution de la consommation en France et en Europe.

La crise financière internationale a retardé la hausse des cours

Le prix de la viande porcine suit ce qu’on appelle communément le « cycle du porc ». Il y a encore quelques dizaines d’années, celui-ci durait 2 ans : une année de baisse suivie par une année de hausse du fait de l’adaptation du volume de production à la demande. Aujourd’hui, alors que structurellement les producteurs sont plus spécialisés et donc moins flexibles, le cycle dure plutôt cinq ans. La probabilité pour que des événements extérieurs interfèrent avec lui est donc devenue importante. C’est ce qui se passe aujourd’hui avec la crise financière. « Le retournement naturel de tendance va donc mettre plus de temps à survenir », explique Michel Rieu, responsable du département économie de l’IFIP (Institut du porc). D’après les experts de l’Institut, la baisse du prix de l’aliment devrait se poursuivre au moins jusqu’à l’été. Ils estiment que le coût de production du Kg de carcasse s’établira entre 1,35 et 1,40€ au mois de juin. Au même moment le prix payé au producteur pourrait – selon des prévisions optimistes – atteindre 1,70€.

Les prix grimpent dans les rayons et baissent pour le producteur

L’évolution de la consommation dans les mois à venir constitue la grande inconnue. Les achats de viande ont reculé de 0,8% en 2008 selon le panel TNS. Dans ce contexte, ceux de porc n’ont subi une baisse que de 0,2%. Mais, alors que le prix payé au producteur a diminué, celui en rayon a progressé (+4,8% pour la viande de porc frais). La relance de la consommation semble donc devoir passer par un effort réalisé sur les prix au consommateur. Jean-Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine (FNP) espère pouvoir être entendu par l’Observatoire des prix et des marges — mis en place dans le cadre de la loi de modernisation économique — qui s’est réuni pour la première fois au mois de décembre pour que la hausse auprès du consommateur soit répercutée jusqu’au producteur.

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La filière française est peu rentable

Comme le souligne Eric Besson, secrétaire d’État chargé de la Prospective, dans son rapport sur « la formation des prix alimentaires », remis le 16 décembre au ministre de l’Agriculture, « c’est la marge nette des distributeurs qui explique le niveau de prix du porc au stade du détail ». « Les prix du porc se forment clairement aux étapes de transformation et de distribution et non pas à celle de la production », peut-on lire dans ce document. Le secrétaire d’État met en cause la faible concentration de la filière qui limite le pouvoir de négociation des abattoirs face à leurs clients. C’est une des raisons qui expliquent que les élevages français, alors qu’ils sont parmi les plus efficaces d’Europe en terme de coûts de revient (avec les Pays-Bas et le Danemark), sont moins rentables que leurs voisins Allemands ou Espagnols.

La FNP demande des mesures d’aides aux exportations

Pour Jean-Pierre Joly, « ce sont surtout les exportations qui font varier les cours : car le porc est en plein dans l’économie de marché et le marché intérieur est relativement stable ». C’est pourquoi Jean-Michel Serres souhaite que la Commission européenne autorise les mesures de stockage privé, voire de restitution aux exportations. « Nous en avions fait la demande à l’automne 2008, mais le Commission nous l’a refusé. Nous allons à nouveau la solliciter sur cette question dans les semaines à venir ». Pour la FNP, ces mesures pourraient permettre de contrer les effets néfastes de la crise financière qui freine les ventes dans les pays tiers.

Une demande mondiale en pleine explosion

En 2008, les échanges mondiaux se sont envolés de 20% (contre 3 à 5% ces dernières années) tirés par la demande du marché asiatique principalement. Les importations de la Chine ont bondi de 142% (en raison d’une baisse de production intérieure et des Jeux Olympiques), celles de Hong-Kong et du Japon, respectivement de 22% et 7%. Cette croissance du marché a été assurée par les Étas-Unis et l’UE. Mais ce sont surtout les Américains qui en ont profité grâce à la faible parité du dollar US par rapport à l’Euro. Les exportations américaines ont en effet atteint le million de tonnes avec une hausse de 75% par rapport à 2007. En 2009, encore, le commerce international dépendra avant tout de la situation économique des principaux pays importateurs de viande de porc que sont le Japon, la Corée du Sud, la Chine pour l’Asie et la Russie et l’Ukraine pour l’Europe.

Plus aucune certitude

« Le marché est là », estime Jean-Pierre Joly. « Pour preuve, l’export est reparti à la hausse dès que le prix est descendu courant octobre, constate le directeur du MPB. Le problème est que les éleveurs français ne pourront pas survivre à une troisième année consécutive de perte. Un équilibre devra nécessairement se faire soit par une revalorisation des revenus (baisse des coûts de production, hausse des cours) soit par la fermeture des exploitations ». C’est plutôt la première option qui est retenue par les observateurs. Mais si tous se montrent optimistes pour le premier semestre 2009, en cette période d’instabilité constante des marchés, plus aucun n’ose s’avancer au-delà.