Coop de France et l'Ania (1) ont fait part de la spécificité du transport des denrées alimentaires aux députés de la mission information Ecotaxe poids lourds à l'Assemblée nationale, le 10 avril.
«IL est difficile de trouver des transports de substitution, car nos activités sont très locales », a expliqué Lionel Deloingce, vice-président de l'ANMF (meunerie française), aux députés de la mission information Ecotaxe poids lourds à l'Assemblée nationale, le 10 avril. Quelques jours après l'annonce de la nouvelle ministre de l'Ecologie Ségolène Royal de vouloir « remettre à plat » l'écotaxe, les députés ont poursuivi leurs auditions auprès des acteurs économiques concernés par cette taxe. Coop de France et l'Ania (1) ont mis en lumière la spécificité des transports dans les filières agricoles et agroalimentaires. Les trajets sont nombreux : « Nous devons prendre en compte les transports d'approvisionnement (engrais, semences, alimentation animale…), de livraison (abattoirs, 1ère transformation, 2e transformation…) », a rappelé Jean-Luc Cade, président de Coop de France nutrition animale devant la poignée de députés présents à l'audition.
Insuffisance ferroviaireMais surtout, les trajets sont courts car les activités sont très localisées. « Dans l'agroalimentaire, nous avons un maillage très serré. Nous sommes présents dans toutes les régions y compris celles historiquement sinistrées par la désindustrialisation (Picardie, Champagne, …) », explique Alexis Degouy, directeur des affaires publiques à l'Ania. En moyenne, le rayon d'activité d'une meunerie se situe entre 150 et 200 kilomètres. « Pour des distances si courtes, ce n'est pas rentable de passer du routier au ferroviaire », raconte Lionel Deloingce. La ligne commune à l'Ania et à Coop de France repose sur le manque d'offre en termes de frets ferroviaires. Les deux organisations rappellent que le réseau routier secondaire est, pour l'heure, le réseau le plus rentable. C'est aussi celui qui couvre le mieux l'ensemble du territoire.
La préoccupation des filières agricoles et agroalimentaires est le manque d'alternatives en termes de transport. « Le réseau ferroviaire français ne permet pas de répondre aux attentes de la meunerie », témoigne Lionel Deloingce.
Camions spéciauxAutre point : l'alimentation n'est pas une marchandise comme les autres et la décision gouvernementale d'exonérer la filière laitière de l'écotaxe en 2013 en est la preuve. Mais Lionel Deloingce rappelle que ce n'est pas la seule denrée alimentaire à avoir des spécificités. « Pour transporter de la farine, nous avons des camions spéciaux. Ils ne peuvent transporter que de la farine pour des raisons de sécurité alimentaire. Par exemple, les camions qui font le trajet Bretagne-Paris repartent vides de la capitale. Sans l'écotaxe, le trajet retour n'est déjà pas rentable. Avec l'écotaxe, c'est la double peine », ajoute-t-il.
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D'autant que les professionnels rappellent qu'il est impossible de répercuter auprès de la distribution cette taxe. « La différence avec nos voisins européens, c'est que l'industrie ne peut pas répercuter l'écotaxe auprès des distributeurs », rappelle Alexis Degouy, directeur des affaires publiques à l'Ania, interrogé sur la réussite de l'écotaxe en Suisse ou en Allemagne par exemple. Le contexte des négociations commerciales est déjà très compliqué : « Il nous est impossible de répercuter cette taxe auprès des distributeurs ». L'écotaxe n'est donc acceptée ni par l'Ania, ni par Coop de France. « Nous y sommes opposés en l'état actuel. Mais nous sommes ouverts à des évolutions… à condition qu'il n'y ait pas de nouveaux coûts que nous ne pourrions pas répercuter », explique Coop de France.
Peu après les déclarations de la nouvelle ministre de l'Écologie Ségolène Royal, Coop de France a réagi positivement, se « félicitant » de ces déclarations et proposant de rencontrer la ministre sur le sujet. Selon Coop de France, « en affirmant, la nécessité de « remettre à plat les choses pour voir quelles sont les autres possibilités […] pour dégager des financements pour en effet faire les travaux ferroviaires et routiers », Ségolène Royal conforte la position portée par la coopération agricole et agroalimentaire depuis plus de 18 mois ».
Le président de Coop de France Philippe Mangin propose de « réfléchir à un dispositif simple, juste et dédié à un véritable plan de restructuration des infrastructures, indispensable pour garantir une meilleure compétitivité nationale. Nous sommes prêts à en débattre avec Madame la Ministre Ségolène Royal ».