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Sécurité alimentaire La spéculation et les biocarburants montrés du doigt par la FAO

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Durcir la réglementation relative à la spéculation, « abandonner les objectifs fixés » pour les biocarburants et les subventions dont ils bénéficient : telles sont les recommandations d’experts internationaux à haut niveau qui ont été soumises au Comité de la sécurité alimentaire mondiale, instance internationale et intergouvernementale réunie pour sa session annuelle au siège de la FAO.

Le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, a dénoncé le 17 octobre à Rome, à l’occasion de la 31e Journée mondiale de l’alimentation, la volatilité des prix alimentaires, demandant notamment, pour contrer ce phénomène, « plus de transparence dans les marchés alimentaires mondiaux ». La lutte contre la faim dans le monde passe désormais par une aide aux pays en développement qui les rendrait autonomes du point de vue alimentaire, a estimé de son côté le ministre français de l’agriculture, Bruno Le Maire, qui rencontrait M. Diouf le 18 octobre dans la perspective du prochain sommet du G20. « Nous avons la nécessité de changer radicalement de méthode de lutte contre la faim. Nous avons échoué avec la méthode qui consiste à produire au Nord pour nourrir le Sud », a-t-il insisté.

Recommandations

Deux nouveaux rapports d’experts internationaux de haut niveau ont alimenté les débats du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) qui tenait sa session annuelle au siège de la FAO, à Rome, du 17 au 22 octobre. L’un est consacré à la volatilité des prix, l’autre aux régimes fonciers et investissements internationaux en agriculture.
Dans le premier rapport, les experts font notamment les recommandations suivantes :
– Les Etats devraient « continuer de privilégier la création d’un système de commerce multilatéral transparent, responsable et fondé sur des règles » tenant compte davantage des besoins spécifiques des pays ou groupes sociaux pauvres et vulnérables.
– Des systèmes d’information « plus performants et transparents » sont « indispensables au processus de décision et à la gestion des stocks ». Le système d’information sur les marchés agricoles (AMIS) lancé récemment à l’initiative du G20 est « accueilli avec intérêt » (1).
– Il est nécessaire de prendre des mesures en faveur de la transparence sur les marchés à terme et de « durcir la réglementation relative à la spéculation ».
– Compte tenu du « rôle majeur que jouent les biocarburants dans le détournement de produits alimentaires pour le secteur de l’énergie », le CSA devrait appeler les Etats à « abandonner les objectifs fixés en la matière et à supprimer les subventions et les droits de douane relatifs à leur production et à leur transformation ». Les gouvernements devraient aussi rechercher des incitations permettant de réduire le gaspillage dans le système alimentaire, et notamment de limiter les pertes après récolte.
– « Nous recommandons d’augmenter substantiellement le financement de la recherche et du développement agricoles à l’échelle mondiale ».

Achats de terres : écouter les petits agriculteurs

Citant des chiffres selon lesquels « 50 à 80 millions d’hectares de terres, principalement dans des pays à faible revenu, ont fait l’objet de négociations de la part d’acheteurs internationaux », le rapport sur les régimes fonciers et investissements internationaux en agriculture assure qu’il y a « de bonnes raisons de s‘inquiéter des retombées de ces acquisitions sur la sécurité alimentaire des populations de beaucoup des pays concernés ». Ces investissements à grande échelle nuisent aussi « aux revenus, aux moyens de subsistance et à l‘environnement des populations locales », ajoutent les experts.
Selon le rapport, « bon nombre des problèmes qui entourent les investissements fonciers internationaux pourraient être résolus en faisant en sorte que les petits agriculteurs aient véritablement leur mot à dire dans les décisions qui concernent l’avenir de leur système agricole et les conditions auxquelles ils choisissent de s‘engager avec les investisseurs internationaux, et en garantissant une application plus efficace des politiques et de la législation en vigueur aux niveaux local, national et international ».

(1) Voir n° 3317 du 26/09/11

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