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Marchés mondiaux La stabilisation des prix alimentaires suscite un regain d’intérêt

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Un ouvrage, présenté le 21 mai à l’Agence française de développement (AFD), critique la doctrine dominante, consistant à laisser la volatilité s’exprimer sur les marchés. Son auteur, Franck Galtier (Cirad), juge nécessaire une stabilisation des cours du grain, à la fois dans les pays en développement et sur les marchés internationaux.

Mieux vaut-il gérer les risques et les crises ou stabiliser les prix alimentaires ? C’est la controverse alimentée par Franck Galtier, chercheur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Elle est synthétisée dans un ouvrage (1), présenté le 21 mai à l’Agence française de développement (AFD). « La doctrine dominante depuis les années 1980 a échoué », considère l’auteur. Franck Galtier critique cette solution, qui consiste à laisser la volatilité s’exprimer sur les marchés, pour ne pas contrarier le rôle informationnel des prix. Une approche selon laquelle l’instabilité peut être gérée, côté opérateurs, par des instruments financiers, et pour les consommateurs pauvres, via des filets de sécurité s’activant quand les cours flambent. Problème, les outils de couverture contre le risque prix sont eux-mêmes très volatils. Dans les pays en développement, ils sont inexistants pour le mil, le sorgho, l’igname ou le manioc et ceux mis en place pour le riz ne fonctionnent pas, notamment l’Afet en Thaïlande. Quant à l’aide d’urgence, l’épisode du Niger en 2005 montre que la fréquence rapprochée des crises génère une décapitalisation et une perte de résilience des ménages.

Besoin d’intervention publique

« Le débat actuel arrive au bon moment », souligne Jean-Luc François, chef de la division Agriculture, Développement rural et biodiversité de l’AFD. En effet, l’instabilité des prix internationaux s’est accrue au cours des dernières années et pourrait encore augmenter, à cause notamment du changement climatique, de la réduction des stocks mondiaux de céréales, comme le souligne l’ouvrage. L’auteur juge nécessaire une stabilisation des cours du grain, à la fois dans les pays en développement et sur les marchés internationaux. Il avance des solutions structurelles, nécessitant une forte implication des Etats pour stimuler la modernisation de la production et des marchés et pour recapitaliser les ménages vulnérables. « Une intervention publique est nécessaire au sein des pays en développement pour empêcher les prix alimentaires d’atteindre des valeurs extrêmes », soutient Franck Galtier. Quant à la communauté internationale, son action peut viser notamment à créer un environnement favorable. Ceci par des politiques ciblant certaines causes d’instabilité des marchés, comme le manque d’information sur les stocks, la spéculation excessive sur les marchés à terme, l’essor des biocarburants. Autre piste, l’augmentation du niveau des stocks mondiaux. « Les leçons de l’Histoire sont que les révolutions vertes accomplies par les pays européens, nord-américains et asiatiques ont presque toujours été accompagnées de dispositifs de stabilisation des prix », souligne le chercheur.

(1) « Gérer l’instabilité des prix alimentaires dans les pays en développement », collection A Savoir (AFD).

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