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La stévia prend racine dans le Sud-Ouest

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Une jeune filière prend son envol depuis le Lot-et-Garonne : la stévia. Elle se structure de l’amont à l’aval, sous l’impulsion d’un transformateur installé dans la pépinière d’entreprises de l’Agropole près d’Agen.

La récolte de la stévia bat son plein chez Aurélie Barada, agriculture de l’EARL de Gaffier, à Puymirol (Lot-et-Garonne). Elle est une pionnière de cette toute jeune filière, unique en France. La stévia, plante originaire du Paraguay (Amérique du Sud), a comme atout son pouvoir sucrant trois fois supérieur à la betterave ou la canne. C’est donc une alternative aux produits traditionnels, dont on tire le saccharose, et à l’aspartame, édulcorant controversé. Mais très peu de surfaces sont aujourd’hui concernées à l’échelle nationale.

L’exploitation d’Aurélie Barada en compte 1,25 hectare. Quelques parcelles à partir desquelles le transformateur Oviatis veut essaimer dans le Sud-Ouest. « On est les seuls à cultiver la stévia au sein d’une filière structurée », souligne la cheville ouvrière Philippe Boutié, gérant de la société, face aux journalistes de l’association Afja en voyage de presse. La production totalise 15 hectares en agriculture biologique, principalement dans le Lot-et-Garonne, mais aussi les Pyrénées-Atlantiques, le Gers. « Notre ambition est de doubler les surfaces année après année, annonce-t-il : une trentaine d’hectares en 2021, puis une centaine à terme. »

Structuration de la filière

La filière de la stévia biologique a démarré en 2017. Un projet piloté par Oviatis, société de transformation qui œuvre aussi en amont sur la conservation des variétés clonales, la multiplication des plants avec l’AgroCampus 47, à la tête de trois exploitations agricoles. L’équipe Oviatis comprend cinq personnes, dont une responsable R & D et filière amont, Cécile Hastoy, auteure d’une thèse sur la « Caractérisation de la variabilité phénotypique de ressources génétiques » de la stévia en vue d’un programme de sélection.

Son rôle est notamment de plancher sur l’amélioration des plantes avec l’institut Inrae, sur l’itinéraire cultural avec le centre de recherche et d’expérimentation Invenio. Des essais sont ainsi menés avec les producteurs, au nombre de treize, rassemblés dans l’association Sweet via. Le Fonds avenir bio, géré par l’Agence bio, accompagne cette structuration de la filière. Prochaine étape, la prise en charge par les agriculteurs de toutes les opérations de collecte et de séchage, jusqu’ici assurées par le transformateur.

Culture exigeante en main d’oeuvre

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« On a essuyé les plâtres », raconte Aurélie Barada, également présidente de l’association Sweet via. Trouver de la stévia sur sa ferme n’a rien d’étonnant quand on sait l’intérêt des producteurs du Lot-et-Garonne pour une multitude de cultures : le département en revendique 70. Sur 66 hectares en bio, l’EARL de Gaffier mène quant à elle trois productions phares, qui ont demandé une prise de risque. Il y a la stévia, implantée dès 2017, la courge de fin de saison, la pomme à jus. Plante semi-pérenne, avec double récolte, la stévia reste « casse-gueule », selon l’expression d’Aurélie Barada. Beaucoup de main-d’œuvre est nécessaire, limitant la sole à 1,25 ha sur l’exploitation.

C’est le cas pour le désherbage, largement manuel. La récolte est certes mécanisée, mais s’effectue avec une machine conçue pour les haricots verts qui « brutalise la feuille », s’agace la productrice. En moyenne, 2 tonnes de feuilles sèches sont coupées annuellement par hectare. La culture, entièrement sous contrat, est sécurisée via l’irrigation, sur laquelle l’EARL peut compter grâce à des retenues collinaires. « Sans eau, il n’y a pas d’agriculture rémunératrice », lâche Aurélie Barada. Un point sur lequel la stévia paraît bien armée. Sa marge nette représente jusqu’à 10 000 euros par hectare, soit la culture la plus rentable de l’exploitation.

Frein réglementaire

Un or vert qu’Oviatis espère transformer en succès commercial. L’entreprise est installée dans la pépinière d’entreprises de l’Agropole, près d’Agen. Ici s’effectue la transformation de la stévia, en feuille ou poudre pour les magasins bio, en infusion pour les industriels. « On a développé un pilote de purification pour aller jusqu’à extraire les molécules sucrantes », indique le gérant Philippe Boutié. Oviatis affiche de belles perspectives de croissance pour son activité, en visant à terme 8 à 10 millions d’euros de chiffres d’affaires. Un objectif correspondant à 200 ou 300 hectares de stévia. La réglementation doit pour cela évoluer. Une validation par l’UE du procédé d’extraction des molécules de stévia bio est attendue pour l’an prochain.

La production totalise 15 hectares en agriculture biologique