A six semaines de la COP21 (conférence climatique de Paris), Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, a présenté la stratégie agricole, le 15 octobre : déjà, faire « prendre conscience » du rôle de l’agriculture et de la forêt comme « solution climatique ».
« L’agriculture et la forêt sont une des solutions climatiques », a déclaré Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, lors d’un point informel dans le cadre de la préparation de la COP21 à Paris, le 15 octobre. Le ton est donné. À quelques semaines du début des négociations, le ministre insiste sur le rôle de stockage des sols. L’objectif est de l’inscrire dans l’Agenda des solutions qui doit accompagner un éventuel accord climatique. Le ministre complète : « Le programme 4 pour 1000 (améliorer les stocks de matière organique des sols de 4 pour 1000 par an, NDLR) met les agriculteurs au cœur de la solution ». En France, 46,5 MteqCO2 sont stockés chaque année dans la biomasse (forêt, prairies, produits du bois). L’utilisation des sols est donc déterminante sur le bilan des émissions et du stockage des gaz à effet de serre par l’agriculture. L’agriculture comme solution climatique ? Oui, mais les annonces et les communications qui se multiplient autour de la COP21 et le monde agricole montrent que la vraie question tend à devenir « quelle agriculture comme solution climatique ? ».
Le « 4 pour 1000 », porte-parole de l’agriculture
Ce programme scientifique 4 pour 1000 doit permettre d’ouvrir les portes des négociations climatiques à l’agriculture. C’est ce qu’espèrent les pouvoirs publics français. « On a lancé ce programme en février 2015, on savait qu’il fallait faire vite. Pour le moment, ça fonctionne », explique-t-on dans l’entourage du ministre de l’Agriculture à la sortie du point informel. Le ministre définit ce programme comme une approche « globale » : il n’exclut pas les technologies, mais elles ne sont pas le cœur de la stratégie.
En France, l’agriculture et la forêt émettent 20 % des émissions de GES en 2013, soit 100MteqCO2. Elles stockent 46,5MteqCO2/an.
Les agriculteurs le sont. Reste à convaincre davantage de pays à adhérer à ce programme. C’est un des objectifs du ministère de Stéphane Le Foll, aussi désigné par le secrétariat général des Nations unies comme organisateur de la journée agriculture de la COP21 qui doit se tenir au Bourget. Autre point : le « 4 pour 1000 » devrait être inscrit dans l’Agenda des solutions. Mais d’ici à ce qu’il soit signé, cela reste à confirmer. L’enjeu pour l’agriculture est de taille : une inscription à l’Agenda revient à obtenir l’éligibilité au Fonds vert (1) qui finance des projets pour lutter contre le dérèglement climatique. Par ailleurs, le ministre précise pour le volet agricole : « Paris, c’est la prise de conscience. Nous ne sommes pas dans une démarche normative ». Il ajoute : « Avoir quelques mots sur l’agriculture dans l’accord reste un objectif… mais tel qu’il est prévu (le texte d’accord, ndlr), les objectifs contraignants devraient être très ramassés ».
Quid de l’agriculture climato-intelligente ?
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La stratégie française se précise, mais les contours restent à préciser. Pour Stéphane Le Foll, le programme 4 pour 1000 est plus « global » que l’agriculture climato-intelligente. « L’agriculture climato-intelligente a un défaut : elle prend la lutte contre le changement climatique seulement sous l’angle de la technologie et de la technique… mais il n’y a pas que les satellites, les drones, la génétique ». Cette approche de l’agriculture comme solution climatique semble finalement très éloignée du programme 4 pour 1 000. Sur le site internet de l’Alliance globale pour l’agriculture climato-intelligente mis à jour au 15 octobre, la France fait partie de la liste des 102 membres. L’entourage de Stéphane Le Foll précise : « Le ministre a été approché une fois, il y a plusieurs mois. Mais depuis, nous n’entendons plus parler de l’agriculture climato-intelligente ».
Gare à l’effet d’aubaine
Le ministère de l’Agriculture « sait » qu’il suit la bonne voie. Mais, certaines interrogations en provenance de la société civile sont à l’étude. « Nous travaillons sur la durabilité de ce stockage, le phénomène de déstockage… », précise le ministère. Les ONG attendent des réponses sur l’effet d’aubaine (ou non) du stockage de carbone dans le sol. Au sein des filières agricoles elles-mêmes, les communications sur la COP21 se multiplient. Et elles sont aussi nombreuses que les différentes visions du développement de l’agriculture (voir encadré). La stratégie agricole pour le climat va devoir évoluer si elle veut réunir un consensus chez les professionnels.
(1) voir, dans Agra Presse du 12 octobre 2015 : « Le financement climatique, insuffisant dans les pays les moins avancés »
« L’agriculture paysanne, seule à même de lutter contre le dérèglement climatique », selon la Confédération paysanne
« L’agriculture paysanne est seule à même d’avoir un effet positif sur le climat […] », souligne la Confédération paysanne, dans un communiqué, le 15 octobre. Le syndicat agricole minoritaire avertit : « Les multinationales tirent profit de la situation en proposant de fausses solutions (OGM, fermes-usines, etc.) ». Le même jour, Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, déclarait à propos de la stratégie agricole française pour la COP21 : « Les agriculteurs sont au cœur de cette stratégie. Il ne faut pas que de la technique et de la technologie ». La veille, l’AGPB (producteurs de blé) présentait la hausse des rendements agricoles comme la solution agricole climatique.