Abonné

Lait/Prix La tension monte entre producteurs de lait et industriels

- - 5 min

« La FNPL entend utiliser tous les moyens pour contester la décision de Lactalis ainsi que celle de Sodiaal, et faire en sorte que la raison et le sens des responsabilités reviennent du côté des entreprises de la filière ». Publiée dans un communiqué du 24 septembre, la mise à exécution de cette menace n’a pas tardé. Dès le lendemain, le syndicat agricole annonçait avoir saisi le médiateur des négociations commerciales faisant valoir que « la mise en œuvre de la clause de sauvegarde et notamment la détermination de nouveaux éléments fixant le prix du lait ne peut se faire de manière unilatérale sans entrer en négociation avec les représentants des producteurs », comme le prévoit la convention de fonctionnement qui le lie avec les groupements.

L’entreprise Lactalis aurait-elle des problèmes de fin de mois ? », se demande ironiquement la FNPL pour dénoncer la décision du premier groupe laitier français de baisser, à compter du 1er octobre, le prix du lait de 5€ pour 1000 litres. « Nous en avons effectivement informé nos producteurs », confirme Michel Nallet, porte-parole du groupe Lactalis « Nous assistons depuis plusieurs mois à des décrochages en série venant d’un certain nombre de coopératives, en particulier de Sodiaal», argumente-t-il. « Nous avons donc actionné la clause de sauvegarde de nos contrats pour ne pas perdre en compétitivité », poursuit le porte-parole. L’entreprise n’est pas seule dans ce cas, la coopérative Sodiaal l’avait précédée dans une telle démarche, à compter de septembre, pour ses laits de catégorie de volume A (voir AgraAlimentation n° 2210 du 6 septembre). Une autre coopérative, Terra Lacta a également rencontré le 17 octobre ses producteurs pour leur annoncer que les prix payés en octobre ne dépasseraient pas 290€ par tonne et seraient ensuite plafonnés à 280€ jusqu’à la fin de l’année. La question du prix n’est pas le seul sujet de mécontentement des producteurs de lait. Lors de la conférence de presse de rentrée de la FNPL, le 19 septembre, son président Thierry Roquefeuil avait dénoncé le refus de certains industriels de collecter la totalité des laits produits. « Ils sont de plus en plus nombreux à contourner la contractualisation et à refuser de prendre leur part de responsabilité pour valoriser le lait collecté », estimait-il. Environ 1 milliard de litres de lait serait pris en otage par les industriels en rendant, sous différentes formes, sa collecte précaire et en refusant de payer le lait au prix contractualisé, établi en fonction des indicateurs interprofessionnels. Sur ce milliard de litres de lait, 80 à 100 millions sont même dans une extrême précarité et doivent être négociés sur le marché du gré à gré, tirant ainsi les prix vers le bas, un marché qui devient beaucoup trop important eu égard à la production. Les industriels de la transformation jouent avec le feu, estime la Fédération. « En craignant d’avoir trop de lait, ils pourraient ne plus en avoir assez à brève échéance, les éleveurs se détournant vers d’autres activités ». Elle ne comprend pas leur stratégie qui consiste à faire porter le risque inhérent à leurs activités de transformation sur les seuls éleveurs, autrement dit à avoir une vision à court terme qui ne rassure ni les clients, ni les éleveurs. De réels débouchés existent à l’exportation et les industriels français sont les seuls à ne pas le comprendre, estime-t-on du côté des éleveurs.
 
Faire entrer la filière dans l’accord du 3 mai
Nonobstant ces points de désaccord, la FNPL espère à terme pouvoir établir un comité de liaison entre le Cniel et la grande distribution pour trouver une solution à ce problème de la fixation des prix. Thierry Roquefeuil n’écarte pas de faire rentrer « une partie du lait dans l’accord du 3 mai ». Cet élargissement de l’accord permettrait à la filière laitière de pouvoir répercuter les hausses des charges de façon systématique, mais aussi de permettre que « les discussions entre fournisseurs et distributeurs se passent d’une façon beaucoup plus naturelle qu’aujourd’hui ». Une réunion devrait rassembler début octobre l’ensemble de « l’interprofession pour essayer de se parler», indique un porte-parole de la FNPL. D’ores et déjà, la FNPL a rencontré la FNSEA le 18 septembre afin de discuter de cette intégration. « Nous avons aussi rencontré la FCD (Fédération des entreprises du commerce et de la distribution) au mois de juin et avons pris acte de leur volonté de discuter avec la filière laitière », selon Thierry Roquefeuil. L’ambiance risque toutefois d’être tendue, eu égard aux dernières décisions annoncées sur les prix. La FNPL n’a pas souhaité faire de commentaires sur ces évènements.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

négociations commerciales
Suivi
Suivre