Abonné

À la veille de Pâques, un marché de l’agneau dans l’expectative

- - 4 min

Face à la baisse de pouvoir d’achat des consommateurs, les niveaux de prix quasi-historiques observés sur le marché de l’agneau pourraient peser sur la demande, préviennent les experts. De quoi renforcer la baisse tendancielle de la consommation depuis dix ans.

Traditionnellement synonyme de regain de la demande d’agneau, « Pâques est devenu un moment plus incertain », observe Cassandre Matras, responsable de projets pour la filière ovine au sein de l’Idele. Distributeurs et bouchers seraient désormais tentés de ne passer leurs commandes qu’au tout dernier moment. Voyant les cotations de l’année fléchir fin-mars début avril, certains ont même pu craindre un tassement des cours dû à un alourdissement du marché.

Mais le ralentissement n’était sans doute qu’un effet de calendrier : avec un lundi de Pâques décalé de deux semaines, le prix repart bien à la hausse en cette mi-avril, poursuivant la tendance des derniers mois. En progression depuis le début de la pandémie en 2020, la cotation de l’agneau flirte avec des niveaux « historiques », observe Cassandre Matras. En semaine 14, illustre-t-elle, le prix de l’agneau lourd entrée abattoir est ainsi estimé à 7,93 €/kg, soit 1,75 € de plus qu’en 2020, et 0,40 € de plus qu’en 2021.

Dans les fermes, la hausse ne suffira cependant pas à compenser la flambée des coûts de production. Car bien que le marché ovin soit peu tourné vers la Russie, l’indice Ipampa de la filière a lui aussi reflété la hausse des matières premières, avec une augmentation dès février de 43 % de l’indicateur énergie, et de 11 % de l’indicateur aliment par rapport à 2021. Dans ce contexte inflationniste, le consommateur pourrait par ailleurs être plus timide, souligne Cassandre Matras. « Les clients pourraient se tourner vers des viandes moins coûteuses ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Consommation en baisse tendancielle

Ukraine, inflation, hausse de la cotation : difficile aujourd’hui de savoir comment cette conjoncture complexe influera sur le marché à moyen terme. Mais une tendance est claire, rappelle Cassandre Matras : « L’offre comme la consommation sont en baisse. » Selon les dernières statistiques d’Agreste, le cheptel allaitant aurait ainsi perdu près de 14 % de ses effectifs entre 2011 et 2021. Et dans le même temps, la consommation des Français, correspondant au bilan de la production et des importations, s’est érodée de 20 %, en passant de 190 000 à 151 000 tec.

Les importations sont elles aussi en recul. De 112 000 tec en 2011, elles ont chuté à 78 000 tec en 2021. « Depuis 2020, les pays exportateurs ont moins d’offre ou décident d’envoyer les volumes vers d’autres pays », souligne Cassandre Matras. Deux crises internationales ont notamment contribué à faire baisser les volumes : le Brexit, qui a encouragé les opérateurs à exporter avant un éventuel No-deal, et la peste porcine, qui a augmenté l’appétit du marché chinois pour les ovins, au bénéfice la Nouvelle-Zélande qui s’est détournée du marché européen. Après des difficultés en 2020, seule l’Espagne tire depuis 2021 son épingle du jeu : l’Espagne dont les exportations vers la France ont augmenté grâce à des agneaux « spécialement alourdis pour le marché français ».

Dans les fermes, la réponse à cette nouvelle donne dépendra certainement des modèles d’élevage. Pour certains, la hausse des charges pourrait inciter à abattre plus précocement, « pour minimiser l’aliment utilisé », explique Cassandre Matras. Mais d’autres, peut-être parmi les plus autonomes en matière de fourrage, pourraient à l’inverse être tentés d’alourdir les bêtes pour continuer à bénéficier de la hausse des cours. Quel que soit le modèle, analyse Cassandre Matras, la filière doit obtenir « plus de visibilité et plus de présence dans les linéaires », pour retrouver le chemin des assiettes. En attendant, les éleveurs peuvent compter sur les consommateurs musulmans, dont les achats pour l’Aïd-El-Kébir et l’Aïd-El-Fitr dynamisent le marché des brebis et des agneaux lourds.

Le cheptel allaitant a perdu près de 14 % de ses effectifs en 10 ans