Depuis que Nestlé a annoncé en février mener "une revue stratégique pour l’activité de charcuterie Herta, y compris une éventuelle cession", les syndicats sont en alerte. Si personne n'imagine qu'Herta reste dans le périmètre du géant suisse, la vente n'est pas aussi simple. L'épidémie de peste porcine et ses répercussions sur la demande mondiale, et la flambée des cours du porc ont en effet très sérieusement compliqué le dossier. Si la direction affirme avoir plusieurs offres sous le coude, il semble aujourd'hui que seule subsisterait l'offre de Bigard, mais à un prix bien inférieur à celui demandé par Nestlé. Le géant suisse s'est donné jusqu'à la fin de l'année pour mener à bien sa revue stratégique. D'ici là, les syndicats veillent au grain.
Pressentie depuis mi-février, la vente des activités charcuterie Herta par Nestlé prend du temps. Le contexte actuel sur le marché du porc, avec la poursuite de la flambée des cours consécutive à l'épidémie de peste porcine, ne facilite guère les cessions dans le secteur. D'autant que Nestlé est gourmand. En début d'année, les rumeurs évoquaient un prix demandé par le géant suisse dans une fourchette comprise entre 700 millions d'euros et 1 milliard. Aujourd'hui, d'autres croient savoir qu'il serait descendu autour de 400 à 500 millions d'euros. Mais la conjoncture étant ce qu'elle est dans la charcuterie, même à ce prix-là, les acheteurs ne sont pas légion.
Certaines sources nous ont même indiqué que les acheteurs potentiels, au rang desquels figurait notamment l'espagnol Campofrio (filiale du mexicain Sigma Alimentos), auraient jeté l'éponge. De fait, aujourd'hui, il ne resterait plus qu'une seule offre en lice, celle du français Bigard. La direction du numéro un de la viande en France a bien confirmé, lors de son dernier comité le 18 septembre, avoir déposé une offre pour la reprise d'Herta et être en attente d'une réponse de la part de Nestlé. Elle n'a en revanche donné aucune indication sur le montant de son offre. Mais selon les syndicats, l'offre de Bigard "serait bien inférieure à ce qu'en demande Nestlé".
Même opacité le lendemain 19 septembre, lors du comité social et économique central (CESC) d'Herta. Droit dans ses bottes, Arnaud de Belloy, le p.-d.g. a, lui aussi, indiqué que la procédure suivait son cours, sans plus de détails, en dépit des questions pressantes des syndicats pour connaître le nombre réel de dossiers de rachat actuellement déposés.
Et difficile également d'en savoir plus du côté du vendeur. Chez Nestlé, un porte-parole nous a délivré le message officiel, selon lequel "le groupe poursuit toujours sa revue stratégique pour l’activité de charcuterie Herta, y compris une éventuelle cession" comme annoncé en février.
Pour mémoire, c'est à l'occasion de la publication de ses comptes 2018, que Nestlé avait indiqué explorer diverses pistes stratégiques pour Herta. Cette réflexion qui "devrait être terminée d’ici fin 2019", avait-il précisé "couvre les activités de charcuterie et produits carnés Herta en France, en Allemagne, en Belgique, au Luxembourg, au Royaume-Uni et en Irlande, représentant un chiffre d'affaires de quelque 680 millions CHF en 2018" (625,8 millions d'euros). Herta aujourd'hui représente 2 200 personnes (dont 1 800 en France), un siège social à Noisiel (Seine-et-Marne), deux plates-formes logistiques, deux usines en France et une en Allemagne.
Un dossier complexe
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Outre la crise actuelle sur le marché du porc qui freine les éventuels repreneurs, c'est aussi sur le périmètre de la vente d'Herta et des différentes activités que les choses se compliquent encore un peu plus. En effet, en février, Nestlé précisait vouloir conserver et développer "les activités existantes de produits végétariens et de pâtes à gâteau de la marque Herta". Or, les syndicats se battent pour un maintien du périmètre actuel de la société Herta, "une vente en un seul bloc et en l'état", nous précise un syndicaliste. "Un démantèlement des activités de la Société Herta, notamment par l’absence de transfert de l’activité de diffusion et de promotion du « bon végétal » ou « des pâtes à tarte ménagères », fragiliserait inéluctablement l’entité, sa capacité à poursuivre son activité et donc l’avenir des salariés", peut-on lire dans le compte rendu des revendications des syndicats. Actuellement, l'usine d'Herta en Alsace fabrique les saucisses végétales vendues sous la marque Herta, le reste de la production végétale sort de l'usine en Allemagne, sous la marque Garden Gourmet, inconnue en France. Quid des saucisses végétales sous marque Herta après la vente ?
Au-delà de toutes ces incertitudes, les syndicats se font en revanche assez peu d'illusion sur la finalité de cette revue stratégique. Il faut s'attendre, selon eux, à voir Herta sortir du périmètre de Nestlé d'ici à la fin de l'année. Une vente totale ou partielle d'ailleurs, si le groupe opte pour une cession de la majorité de ses parts à un partenaire, comme il l'a notamment fait dans les glaces avec Froneri. "A mon avis, Nestlé ne va pas décider de garder Herta qui n'entre plus dans son cœur de métier. Il ne va pas non plus attendre que les cours du porc remontent, ce qui prendrait beaucoup trop de temps et demanderait de soutenir financièrement Herta", estime un syndicaliste CFDT du groupe.
En tout cas, ceux qui connaissent Mark Schneider, le patron de Nestlé, ne l'imaginent pas faire machine arrière dans ce dossier. Et la pression des actionnaires, notamment le fonds activiste Third Point, pour que Nestlé cède ses marques en perte de vitesse, dont Herta, pourrait aussi peser dans la balance. Reste donc à savoir à quel prix Nestlé acceptera de céder ses parts, pour autant que les circonstances lui laissent le luxe du choix.
Des salariés dans l'expectative
Dans le cadre de l'accord de mobilité lié au projet du regroupement des entités Nestlé France sur un seul site à Issy-les-Moulineaux, les syndicats d'Herta avaient obtenu lors des dernières négociations une prolongation du délai de réflexion pour les salariés jusqu'au 30 septembre. Or, lors du dernier comité, alors que les salariés d'Herta n'en savent toujours pas plus sur leur sort, la direction a refusé de proroger la date butoir. En clair, "la direction demande aux salariés d'Herta de prendre une décision d'ici à la fin du mois, même s'ils ne savent pas s'ils feront partie du voyage", explique un syndicaliste. Le sujet sera remis sur la table lors de la réunion de comité de suivi, prévue le 25 septembre.