Abonné

Académie de la viande La viande de culture n’est pas prête de remplir nos assiettes

- - 4 min

Produire de la fibre musculaire de bovin à partir de cellules ne relève plus de la fiction. Pourtant, le chemin est encore long avant de pouvoir manger une entrecôte issue de cellules souches ! Un état des lieux plutôt rassurant pour les producteurs de bovins, effectué lors d’une conférence de l’Académie de la viande organisée sur ce thème, le 25 mai 2010 dans les locaux d’Interbev à Paris.

Va-t-on manger de la viande produite en laboratoire ? Telle est la question qui a alimenté les conversations le 25 mai lors d’une séance d’information organisée par l’Académie de la viande à propos des recherches visant à créer de la viande à partir de cellules souches. C’est l’une des solutions auxquelles ont pensé certains scientifiques hollandais et norvégiens pour nourrir les 9 milliards d’individus d’ici 2050. « Cette technique est basée sur l’incubation des cellules à 37°C dans des tubes sous atmosphère gazeuse contrôlée et dans un milieu contenant les nutriments, les hormones, les facteurs de croissance et toute autre molécule nécessaires à la vie cellulaire, a expliqué Jean-François Hoquette (Inra-Centre de Clermont-Fd/Theix directeur de l’Unité de recherches sur les herbivores-URH). Les cellules musculaires se multiplient puis rentrent en contact les unes avec les autres pour fusionner et se transformer ensuite en fibres musculaires. »
Or, bien qu’il soit possible, à l’heure actuelle, de créer des fibres musculaires à partir de cellules grâce aux nombreux progrès scientifiques sur les cultures de tissus depuis 1995, il semble encore peu envisageable de créer de la viande à partir d’éprouvette. « On se rapproche de ce qui se passe in vivo mais on n’y est pas encore, explique le chercheur. Le muscle n’est pas constitué uniquement de fibres musculaires. Il y a aussi les capillaires sanguins, les cellules graisseuses. Il reste à savoir faire les autres types de cellules. Et enfin produire du muscle n’est pas produire de la viande. Reproduire le phénomène de maturation de la viande reste complexe. »

Deux fois plus chère à produire que la volaille
Mais outre l’aspect purement scientifique, d’autres freins viennent s’ajouter à la réalisation de ce projet. Les scientifiques à l’origine de l’idée ont cherché à calculer le coût de revient de cette viande de laboratoire. En intégrant l’ensemble des composants utilisés pour la production de la viande, ils ont chiffré ce coût entre 3,3 et 3,5 euros le kilo. « Cela coûte deux fois plus cher que de produire du poulet. Et, en plus, plusieurs coûts n’ont pas été pris en compte dans ce calcul, comme le coût de la main d’œuvre par exemple », explique le scientifique de l’Inra. Le prix est en effet un déterminant de taille pour que le projet devienne réalité. « L’acceptabilité par le marché est une question de prix », a ajouté François Landrieu, président de l’Académie de la viande. Un avis loin d’être partagé par toute l’assemblée. « Les problèmes que l’on rencontre avec la viande, on va les rencontrer avec le système in vitro et de façon amplifiée », a expliqué Dominique Bauchart, président du Gis viande du Centre de recherche de Clermont-Ferrand, à propos des attaques à l’encontre de la viande. En effet, il a été souligné lors de cette séance d’information qu’une telle production, développée à grande échelle, aurait un coût énergétique et environnemental très important. « Ceci n’est pas crédible, explique Pascal Mainsant, ex-économiste à l’Inra. Le consommateur n’acceptera pas cela. On n’arrivera jamais à vendre ce produit aux consommateurs. En revanche, ces recherches peuvent s’avérer intéressantes pour la médecine animale et humaine. »

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.