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Prix La viande en rayon reflète de moins en moins les prix agricoles

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L’UFC-Que Choisir vient de révéler une étude sur les prix dans le secteur de la viande. Elle met en évidence la déconnection croissante, depuis 18 ans, entre les prix agricoles et les prix de détail des trois principales viandes, le bœuf, le porc et la volaille. L’association consumériste, qui cible particulièrement le gonflement des marges de la distribution, demande à la profession de s’expliquer et au gouvernement d’orienter plus sérieusement les travaux du nouvel Observatoire des prix et des marges.

Les prix à la consommation de la viande en France n’ont cessé d’augmenter ces vingt dernières années alors que pendant la même période les prix payés aux producteurs ont chuté, selon une enquête que vient de présenter à la presse l’UFC-Que Choisir.

L’étude porte sur trois types de viande (boeuf, porc et volaille), soit la moitié de la consommation de produits carnés, et elle a pour objectif d’ouvrir « la “boîte noire” de la formation des prix alimentaires » en ciblant un secteur peu marketté et à faible valeur ajoutée, a déclaré Alain Bazot, président de l’association de défense des consommateurs.

En clair, il s’agit de savoir à quel stade -intermédiaires, distribution- se font les marges, de comprendre pour quelles raisons les professionnels répercutent les hausses de prix à la production mais « oublient » de répercuter les baisses. Pour M. Bazot, « la distribution est le responsable majeur » de ce décalage entre prix à la production et prix à la consommation.

Coup de pouce lors des crises sanitaires

Menée sur 18 ans, de 1990 à 2008, l’enquête montre que le boeuf a augmenté de 50% dans les rayons alors que le prix payé aux éleveurs de bovins a baissé de 15%. Les calculs de l’UFC montrent que les surcoûts avancés par les professionnels (traçabilité, étiquetage renforcés, contraintes liées au déséquilibre quartiers avant/arrière, taxe d’équarrissage, salaire, énergie) n’expliquent qu’un tiers à peine des 6 euros d’augmentation au kilo d’une entrecôte. Le reste de cet écart s’est surtout installé lors des deux crises de la vache folle (1996 et fin 2000) qui ont entraîné de fortes baisses du prix de l’animal, « jamais répercutées en rayon», selon UFC Que-Choisir. Une façon pour les intermédiaires (abattoirs, transformateurs, centrales d’achat,...) et la distribution de conserver leurs marges alors que les ventes en volumes sont à la baisse, explique l’association.

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Pour le porc, la situation est encore plus « caricaturale », souligne l’UFC. Selon elle, les prix au détail sont totalement déconnectés de la production. Le porc est la viande la moins chère et la plus mangée en France. Mais c’est aussi la plus rentable. De 1992 à 2008, les prix à la consommation ont augmenté de 16% pour le rôti et de 26% pour l’échine alors que dans le même temps le prix de l’animal payé à l’éleveur a baissé de près de 30%. « Pour compenser leurs pertes sur les ventes de boeuf, les distributeurs font leurs marges sur le porc », a affirmé Martial Verschaeve, administrateur de l’association, jugeant que c’était « scandaleux ». Ici, la responsabilité dans l’augmentation des marges est plus prononcée au niveau de la distribution qu’à l’échelon industriel. Comme l’a montré le rapport Besson Cf Agra alimentation n°2039 du 30.10.08 p. 4, la marge nette réalisée par la distribution sur le rôti de porc dépasserait 26 %, un taux particulièrement élevé pour une activité dont les marges sont habituellement réduites.

Besoin d’explications

La volaille a augmenté de 40% entre 1990 et 2008, tandis que le prix payé aux producteurs est aussi à la hausse mais de seulement + 4%. Une fois de plus si les augmentations de prix ont été à chaque fois répercutées sur la volaille, les baisses -et notamment celle due à la grippe aviaire en 2004- ne le sont que peu ou pas du tout auprès du consommateur.

Alors que l’alimentation représente le premier poste (16,4%) budgétaire des ménages, l’association de défense des consommateurs demande aux industriels et à la distribution de «s’expliquer sur ces divergences». Elle demande aux pouvoirs publics de faire de l’Observatoire des prix et des marges un vrai outil de diagnostic : qu’au lieu de donner l’évolution des marges, il en publie les montants brut et net pour chaque étape d’élaboration du prix, pour les grandes familles de produits et selon les différents circuits. L’UFC réitère aussi sa demande de voir l’Autorité de la concurrence contraindre effectivement les groupes de distribution en position dominante sur une zone de chalandise à se séparer de certains actifs.