La présidence finlandaise de l’UE n’est pas parvenue le 23 novembre à trouver un compromis pour obtenir de la Pologne qu’elle lève son veto au lancement prévu le lendemain à Helsinki des négociations d’un important accord UE/Russie qui comporte un volet énergétique hautement stratégique pour les Européens. Après le blocage des produits agricoles polonais, les Russes brandissent la menace d’un embargo sur les produits d’origine animale venant de l’Union, invoquant des inquiétudes après l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie, pays touchés par la peste porcine.
L’embargo que la Russie maintient depuis un an sur les produits agrolimentaires polonais en mettant en avant des défaillances sur le plan sanitaire est, selon la Pologne, « purement politique ». « Je doute que le problème puisse être réglé d’ici le 23 novembre », avait déclaré Markos Kyprianou, le commissaire à la santé et à la protection des consommateurs, lors d’une conférence de presse commune avec le ministre polonais de l’agriculture Andrzej Lepper, lors du Conseil agricole 20 novembre à Bruxelles. « Nous espérons que la Russie fera preuve de bonne volonté » dans cette affaire, comme la Pologne l’a déjà fait, a-t-il ajouté. « L’embargo (russe) est disproportionné », a encore estimé le commissaire.
« Il ne s’agit pas seulement d’un problème polonais, mais européen», a souligné M. Lepper, estimant qu’une « intervention au plus haut niveau, au sommet UE-Russie », serait nécessaire pour résoudre le différend. Les ministres allemand, estonien, français, néerlandais et espagnol ont apporté le 20 novembre leur soutien à la Pologne. Ils ont demandé à la Commission de déployer tous les efforts nécessaires afin de parvenir à une solution satisfaisante.
Menaces russes sur la viande européenne
Compliquant un peu plus les choses, la Russie a indiqué le 23 novembre qu’elle ne lèverait pas son embargo sur la viande polonaise tant que les « problèmes » liés à la prochaine adhésion à l’UE de la Roumanie et de la Bulgarie ne seraient pas réglés. La Russie avait confirmé le 22 novembre son « inquiétude » quant à la qualité de la viande importée depuis la Roumanie et la Bulgarie, deux pays dont l’adhésion à l’UE est prévue début janvier 2007, faisant planer le risque d’un embargo similaire à celui qu’elle a imposé à la Pologne. L’entrée de ces deux pays dans l’UE suppose que « leur viande puisse y circuler sans contrôle et être réexpédiée ensuite vers d’autres pays, comme la Russie, c’est ce qui nous inquiète », a déclaré Alexeï Alexeïenko, porte-parole des services sanitaires russes. Il s’est refusé à parler d’ « embargo », préférant évoquer de possibles « mesures temporaires » – similaires à celles prises contre la Pologne – pouvant toucher les Etats membres. « Tout va dépendre des décisions vétérinaires prises par l’UE et par ces deux pays » pour empêcher que ces produits soient réexportés sans contrôle, a ajouté M. Alexeïenko, précisant que la Russie souhaitait que ses spécialistes soient autorisés à se rendre « sur place pour vérifier ».
L’UE, de son côté, a fait part de son souhait que les autorités russes acceptent ses « garanties », a indiqué le porte-parole de la Commission.
Toutes les mesures prises par l’UE ont été énumérées par courrier à Moscou et la Commission a proposé d’envoyer ses experts expliquer tout cela en personne si nécessaire, a -t-il précisé.
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L’UE a notamment mis en place un embargo sur les produits porcins originaires de Roumanie et de Bulgarie jusqu’au 1er octobre 2007 pour qu’il n’y ait « aucun risque pour l’UE et pour les pays tiers », fait-on valoir à Bruxelles. Les exportations de produits animaux européens vers la Russie représentent quelque 1,7 milliard d’euros par an.
L’UE avait déjà eu des problèmes similaires avec Moscou lors de l’élargissement à 25 en mai 2004. Les Russes avaient alors interdit les importations de produits animaux européens, mais avaient levé leur embargo cinq jours plus tard.
La Russie dédramatise un éventuel report des négociations avec l’UE
La Russie a dédramatisé le 22 novembre un éventuel report des négociations sur un nouveau partenariat avec l’UE. Celle-ci cherche à sécuriser ses importants achats énergétiques. « Du fait de la position d’un de ses Etats membres (la Pologne), la Commission n’a pas de mandat (pour commencer les négociations). Il n’y a là rien de dramatique«, a déclaré le représentant spécial du président Vladimir Poutine pour les relations avec l’UE, Sergueï Iastrjembski, lors d’une conférence de presse à Moscou. « Les deux parties souhaitent commencer les négociations (…) Il n’y a pas d’urgence à trouver un nouvel accord », a-t-il ajouté. « La Russie a un mandat pour commencer les négociations. Nous avons une délégation. Nous nous attendions à ce que l’UE soit en mesure d’en faire autant », a poursuivi M. Iastrjembski.
« Pour nous, le problème initié par la Pologne est un problème totalement intérieur à l’UE (…) Cela n’a rien à voir avec les relations entre l’UE et la Russie. C’est un problème technique, économique. Nous savons, ils savent très bien comment le résoudre », a-t-il poursuivi.