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La viticulture biodynamique aussi tient au cuivre

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Comme en agriculture biologique, la viticulture en biodynamie redoute une éventuelle interdiction du cuivre. Le syndicat des vignerons Biodyvin s'alarme du risque que ferait courir le scénario – qui semble écarté – d’un non-renouvellement au 31 décembre de l’autorisation du cuivre dans l’UE pour traiter la vigne.

Le risque d’un non-renouvellement pur et simple semble écarté au vu de la tournure des débats entre Bruxelles et les États membres, qui portent aujourd’hui sur les conditions de renouvellement (lissage ou non des teneurs en cuivre). Mais cela ne semble pas rassurer les vignerons en biodynamie, qui redoutent toujours la fin de son usage en viticulture.

« L’interdiction du cuivre condamnerait la viticulture biologique, car il n’existe pas d’alternative actuellement », a indiqué Michel Gendrier, vigneron à Cheverny (Loir-et-Cher), à une conférence de presse de Biodyvin le 19 novembre. Certains vignerons « recourent à des orties et à d’autres plantes, mais qui n’ont pas de vertus curatives ».

Jusqu’à présent, la dose de cuivre autorisée par l’Europe est de 6 kg par an à l’hectare, avec possibilité de lisser ces 6 kg sur cinq ans (autrement dit de dépasser cette dose les années de fortes attaques de mildiou à condition de compenser par une plus faible dose les années de faibles attaques).

Avec 4 kg de cuivre par hectare la teneur en cuivre du sol décroît

La dose maximale de 4 kg par an et par hectare, proposée par la Commission, mais rejetée par des pays d’Europe du Nord, « permettrait une baisse progressive de la teneur en cuivre dans le sol ». Les Pays-Bas font partie des pays les plus intransigeants sur la réglementation actuelle, qu’ils estiment « laxiste ». Or ils utilisent le cuivre dans les élevages intensifs pour améliorer la digestibilité du bétail, a ironisé Michel Gendrier.

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La teneur en cuivre est déjà passée de 100 à 80 mg de cuivre par kilo de terre chez les vignerons qui n’utilisent que 4 kg par an et par hectare, et « l’on retrouve l’exubérance de la vie microbienne et des micro-organismes ». À tel point que « les sangliers reviennent chercher des vers dans le sol ».

Le nombre de vignerons adhérents à Biodyvin augmente chaque année, malgré le haut niveau d’exigence du syndicat vis-à-vis des membres (exclusion du syndicat pour ceux qui ne pratiquent pas la technique des préparations biodynamiques, comme le compost à la bouse de vache). Il est ainsi passé de 92 en 2014 à 148 en 2018. Et le premier vignoble représenté est celui du val de Loire, avec 33 membres, et 838 hectares en biodynamie, a indiqué Olivier Humbrecht, président de Biodyvin.

À 4 kg/ha/an, « on retrouve l’exubérance des micro-organismes »

Biodynamie : des pratiques agroécologiques au-delà du bio

L’agriculture biodynamique se veut plus agroécologique que l’agriculture biologique. « Si les pratiques agronomiques de base (rotations longues, culture de légumineuses et d’engrais verts, travail modéré du sol, désherbage mécanique ou thermique, compostage des matières organiques…) sont semblables à celles de l’agriculture biologique, des pratiques spécifiques sont proposées pour favoriser la vitalité des cultures et les processus de vie au sein de la ferme », indique le Mouvement de l’agriculture biodynamique (MABD) sur son site. Toutes ces pratiques ont un but commun : « Restaurer l’unité des écosystèmes et stimuler les échanges entre les différents niveaux : de la vie microscopique du sol jusqu’aux influences planétaires, en passant par la parcelle, la ferme avec ses paysages, le territoire avec ses échanges sociaux et économiques ». Olivier Humbrecht a expliqué lors de la conférence de presse que la biodynamie « ne vise pas à changer le lieu mais à s’y adapter ». Un agriculteur en biodynamie qui a un sol acide ne le transformera pas en augmentant son PH, mais composera avec ce sol » par des cultures adaptées.