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Filière volaille La volaille en France : des raisons d'espérer

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Pascale Magdelaine, responsable du département économie de l'ITAVI porte un regard plein d'espoir sur la filière volaille, à condition qu'elle réussisse sa mue.

Agra Alimentation : Quel regard portez-vous sur la filière avicole française aujourd'hui ? A t-elle les moyens de se redresser ?

Pascale Magdelaine : Quand on voit quelques indicateurs repasser au vert (redémar-rage timide de la construction, restructuration en aval...), on peut se dire que la longue descente entamée par la France en 2000 a sans doute pris fin. Les industriels qui s'étaient cantonnés aux seuls signes de qualité et au poulet export s'intéressent désormais au segment du poulet standard. Ce n'est pas chose facile car dans cette stratégie, il faut mettre en œuvre une génétique spécifique et disposer d'outils industriels adaptés. La France l'a payé très cher avec une hausse constante des importations. Seul Glon suivait cette stratégie dans un de ses outils (Boscher Volaille à Mur-de-Bretagne, NDLR) avec des poulets lourds et une gamme simplifiée. LDC s'est allié en 2015 avec Glon et Sofiprotéol avec pour objectif de reconquérir le marché intérieur sur le segment du poulet standard.

N'est-ce pas trop tard, lorsqu'on voit les opérateurs européens conquérants ?

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C'est vrai que partout ailleurs en Europe, les couvoirs, les bâtiments d'élevage et les abattoirs sont souvent plus grands qu'en France. C'est en partie la conséquence du poids dans l'Hexagone de l'élevage sous signes de qualité qui impose des plafonds en taille et une génétique plus diverse. C'est également le résultat d'une différenciation sur les produits standards qui entraîne des surcoûts industriels qui ne sont pas toujours valorisés. Le modèle commercial entre pays producteurs est aussi très différent. En Europe, pour un même volume de production, la France propose quatre à cinq fois plus de références qu'ailleurs. La GMS française où s'écoulent entre 55 et 60 % de la volaille française sortie des abattoirs de l'Hexagone a imposé un poids moyen de poulet entier compris entre 1,85 et 1,90 kilo. Or, l'orientation vers un modèle de production de poulet standard nécessite d'exploiter au mieux le potentiel génétique des animaux en produisant des poulets plus lourds à fort rendement en filets, sur une base de poids carcasse de 2,3 à 2,4 kilos.

Agra Alimentation : La GMS peut-elle évoluer dans sa demande et commercialiser des produits issus de ces poulets lourds ?

Nous sommes parvenus à un moment charnière où la GMS doit, à mon sens, accepter de commercialiser les produits de cette offre qui nécessite une orientation nouvelle de la filière. C'est une évolution qui va dans le sens de l'histoire. Par exemple, KFC importait jusqu'à il y a peu l'essentiel de sa viande de volaille transformée et commercialisée dans ses points de vente français. Gastronome puis LDC, en spécialisant un outil spécifique, sont parvenus à décrocher un contrat d'approvisionnement dans ce type de produits. Dans les campagnes, les groupements recommencent à chercher de nouveaux producteurs pour remplacer les plus anciens et accroître leur production. Le niveau de rentabilité est encore insuffisant pour espérer qu'un producteur amortisse un élevage neuf. Les investissements actuels sont souvent le fait d'aviculteurs qui agrandissent leur élevage et possèdent déjà un OU plusieurs bâtiments amortis. Propos recueillis par Franck Jourdain