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Les deux opérateurs européens spécialisés en volaille congelée pour le grand export, les bretons Doux et Tilly-Sabco, font profil bas depuis la décision du comité de gestion européen (17 janvier) de diviser par deux le montant des restitutions à l’exportation (217 € à 108,85 €/t). Lorsqu’on appelle à Châteaulin (Finistère) le numéro 1 européen du poulet congelé Doux (près de 180 000 t/an), il renvoie vers les organisations professionnelles et le ministère de l’Agriculture. À Guerlesquin (Finistère), la direction de Tilly-Sabco (64 000 t en 2012) n’est guère plus prolixe. Daniel Sauvaget, son p.-d.g., déclare uniquement ceci : « Nous sommes confiants et solidaires dans l’action du gouvernement qui mobilise tout le monde pour construire un argumentaire destiné à contester point par point la décision de la Commission ». Comme un seul homme, les professionnels se rangent derrière le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll et son délégué à l’Agroalimentaire, Guillaume Garot qui ont rappelé dans un communiqué, le 18 janvier, que « la France conteste les arguments économiques (de la Commission) ». Les deux ministres « continueront à se battre pour éviter toute nouvelle baisse, écrivent-ils. (...) Toutes les possibilités d’accompagnement à court terme de la filière pour faire face aux conséquences financières et économiques de cette décision seront explorées aux niveaux français et communautaire ».
Pour Doux comme pour Tilly-Sabco, les conséquences pourraient être importantes. En procédure de redressement judiciaire depuis le 1er juin dernier, Doux arrive aux termes de sa période d’observation judiciaire (renouvelée une fois), à la fin février. Il a déjà liquidé son pôle frais et son activité ne repose plus, désormais, que sur le pôle grand export et le pôle élaboré avec la marque Père Dodu. Il doit présenter devant le tribunal de commerce de Quimper, le 28 février, son plan de continuation. Il doit donc trouver de nouveaux financements pour compenser le manque à gagner qui se chiffre à plus d’une vingtaine de millions €. Une situation paradoxale car, sur le marché mondial, la viande de volaille progresse chaque année – un peu plus de 100 millions tec produites en 2012. Depuis le trou de 2005 et des années suivantes (crise de la grippe aviaire avec embargo de nombre de pays importateurs de viande de volaille congelée française), les industriels français ont nettement redressé la barre. Cependant, rien n’est terminé. Il se murmure qu’en Bretagne se prépare un plan B pour que perdurent les soutiens au grand export. À l’issue de la Conférence sur l’avenir de la filière avicole en Bretagne, organisée à la mi-janvier par l’Etat et la Région Bretagne, a été proposé ceci : « La filière grand export doit être abordée collectivement d’une nouvelle manière avec de nouvelles propositions concernant les aides européennes.» Il s’agirait, selon nos informations, de faire en sorte que les aides à l’exportation soient orientées vers l’amont de la production et non plus le seul aval.
Sofiprotéol ne veut plus être le pompier de la volaille bretonne
L’an dernier, le groupe financier et industriel de la filière des oléoprotéagineux avait tenté de fédérer une offre coordonnée d’entreprises privées et publiques pour reprendre les activités frais et surgelés du groupe volailler Doux. Cette offre globale de reprises n’a pas eu l’agrément du tribunal qui a préféré la scission du groupe. Aujourd’hui, le pôle surgelé se retrouve de nouveau menacé. Le montage proposé l’an dernier aurait-il un sens aujourd’hui ? La réponse de Jean-Philippe Puig, directeur général de Sofiprotéo lors de la présentation de la stratégie de son groupe (voir aussi Sofiprotéol se fixe pour objectif une croissance de 30% sur cinq ans) est sans appel, pour l’instant. « Nous n’avons pas vocation à jouer les pompiers de la filière volaille en Bretagne ». Le groupe Sofiprotéol a développé ses propres outils compétitifs au sein des filiales de Glon, à savoir Boscher (acquis en 1995) et Keranna (acquis en 2001), dans lequel il a fortement investi. Il entend rester sur ce segment de marché du frais en France. « Il n’est pas question d’aller se développer sur le grand export de volailles qui n’est pas notre métier », précise-t-il. Le marché français offre suffisamment de débouchés, car 40% de la volaille consommée est importée. Il entend pour cela poursuivre la modernisation et les investissements dans les élevages et usines reprises au groupe Doux. « Le problème de toute la filière de transformation animale réside dans le retard pris dans les investissements par rapport à nos voisins allemands et hollandais notamment, qui n’a fait que s’accentuer ces dernières années », complète Eric Philippe, directeur général de Glon-Sanders et directeur général adjoint de Sofiprotéol. Il faut également s’adapter aux demandes du marché comme ont su le faire Boscher et Keranna en répondant aux spécificités de clients tels McDonald, Fleury Michon, KFC et prochainement la grande distribution. « La baisse des subventions est toutefois un vrai problème pour l’aviculture en Bretagne où l’export représente 50 % de l’activité », concède Jean-Philippe Puig.
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