Un des plus grands obstacles à la sécurité alimentaire est la volatilité des prix agricoles. Telle est la conclusion d’un séminaire international qui réunissait à Paris, à l’initiative de Momagri, plusieurs dizaines de chercheurs spécialistes des marchés agricoles. La question d’une politique de stockage et/ou de régulation se trouve donc posée au niveau mondial, les chercheurs étant persuadés que ce qui pourrait se décider à l’OMC, en fait de dérégulation, risque de pénaliser les pays les plus pauvres.
«La volatilité des prix est un obstacle à la sécurité alimentaire », expliquait Bertrand Munier, directeur scientifique de Momagri, le 5 juin, rendant compte d’un séminaire réunissant des dizaines de scientifiques de haut niveau. Des travaux conduits surtout pour comprendre les causes de cette volatilité, aussi nuisible pour les pays pauvres que la hausse des prix elle-même. Un des objectifs du modèle économique développé par Momagri est justement de connaître les raisons de cette volatilité et la responsabilité de la spéculation. Réputé comme un des seuls à prendre en compte les phénomènes financiers, le modèle Momagri conduit à des conditions nuancées. Jusqu’à un certain seuil, la finance, comme les marchés à terme par exemple, peut avoir une action stabilisatrice. Elle permet de reporter le risque sur des opérateurs financiers, libérant le producteur et l’industriel qui doivent réduire leurs propres risques. Mais au-delà de ce seuil, la spéculation peut au contraire aggraver la volatilité des cours. De toute façon, remarquait Bertrand Munier, les politiques monétaires et de taux de change ont déjà une influence forte sur les cours.
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Politique de stockage
Autre phénomène étudié, l’impact défavorable de la volatilité des prix sur les investissements et donc sur la croissance. Quelles sont les solutions pour réduire cette volatilité ? Une politique de stockage, certes, mais celle-ci est coûteuse. De plus, nombreux sont les pays qui n’accepteraient pas de discipline risquant de nuire à l’intérêt de ses consommateurs. En témoigne la chasse à la terre qui a déjà commencé, de la part des grands pays dont l’offre alimentaire est insuffisante. La majorité des chercheurs ont en tout cas affirmé qu’un accord à l’OMC tel qu’il se présente ira dans le sens d’une plus grande volatilité des prix. Or, « la stabilisation est pourtant un élément clé pour l’accès à l’alimentation dans les pays en développement », affirmait Shyama Ramani de l’Université de Maastricht.