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ABATTOIR/SINISTRE L'abattoir de Saint-Jean-Pied-de-Port panse ses plaies

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> Gravement endommagé par les inondations spectaculaires intervenues début juillet au Pays basque, l'abattoir de Saint-Jean-Pied de Port (Pyrénées-Atlantiques) a repris son activité à la mi-août. Mais le retour à la situation d'avant la catastrophe n'est pas garanti.

SAINT-JEAN Pied de Port, au cœur du Pays Basque, n'avait jamais connu d'inondation telle que celle du 4 juillet dernier. Du moins de mémoire d'homme, comme il est d'usage de le préciser dans ce cas là. Joseph Mogabure, le patron de l'abattoir, se souvient de cette matinée, de l'arrivée de l'eau, des décisions à prendre en urgence pour sauver le personnel, des réticences des employés incrédules à monter au premier étage pour avoir la vie sauve : « Je n'arrivais pas à leur faire comprendre que nous allions être ensevelis ! ». Un peu après 7 heures, l'eau du torrent entrait en effet dans l'abattoir, pour n'en sortir complètement qu'en début d'après-midi, une fois les employés évacués du premier étage par un hélicoptère. À 14 h 30, quand il a pu entrer à nouveau dans le bâtiment, Joseph Mogabure a compris que la partie allait être compliquée. L'eau avait tout détruit sur son passage, réduisant à néant les 3 millions d'euros de travaux réalisés pour améliorer l'outil de production au cours des trois années précédentes. Première priorité du directeur de l'abattoir : jeter 55 tonnes de viandes, carcasses et animaux vivants pris au piège. Le lendemain midi, l'équarisseur prenait en charge l'ensemble des carcasses, ne restait plus qu'à nettoyer et remettre en état. « Les entreprises ont été formidables, précise d'emblée Joseph Mogabure. Elles ont fait en 45 jours ce qu'on nous promettait de faire en plusieurs mois, et nous avons pu reprendre le travail dans nos locaux dès le 19 août. »

SOLIDARITÉ ALENTOUR

En attendant, une partie de l'activité avait été hébergée dans d'autres établissements, chez Arcadie à Bayonne, mais aussi toujours dans les Pyrénées-Atlantiques à Oloron-Sainte-Marie, Mauléon et plus loin, à Tarbes, parce que c'est le seul autre établissement des alentours à bénéficier d'un certificat d'export vers le Japon. À Bayonne, suivant la volonté du directeur du site, une salle de découpe a été consacrée aux équipes de l'abattoir en travaux, de façon à pouvoir découper chaque jour de 12 à 19 heures. Depuis la mi-août, celui qui fût au milieu des années quatre-vingt-dix le premier abattoir de France à basculer sous la responsabilité d'un syndicat intercommunal à vocation unique (SIVU), a donc repris son activité, presque comme avant. « Un de nos gros clients n'est toujours pas revenu de l'abattoir spécialisé dans le porc de Fipso à Lahontan où il s'est replié après le sinistre, déplore Joseph Mogabure, ce n'est pas très correct de profiter de ces circonstances pour partir comme cela. » Représentant 10 à 15 % des 3 000 tonnes annuelles (80 % de porcs), traitées par l'abattoir, sa défection porterait un coup dur au redémarrage de l'outil.

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60 À 70 % PRISE EN CHARGE PAR LES ASSURANCES

« Nous avons réussi à conserver les 25 à 27 salariés que nous employons malgré ce coup du sort, mais ne sais pas si nous pourrons poursuivre longtemps à ce rythme-là sans ces volumes. J'ai sauvé les vies mais je ne sais pas si je parviendrai à sauver tous les emplois. » Un écueil qui ne sera peut-être pas le seul. La facture de la remise en état des installations et des matériels approche les 2 millions d'euros. « Heureusement que le secteur a été classé en zone de catastrophe naturelle, cela nous permet de prétendre à être en partie indemnisés par les assurances. Nous étions assurés contre presque tout, sauf les inondations puisque ça n'était jamais arrivé ici. » Joseph Mogabure ne se fait pas d'illusion toutefois, il sait que les indemnisations ne couvriront pas la totalité de la facture. « Au mieux, nous arriverons entre 60 et 70 %, pour le reste, il faudra assumer. » Et pour la première fois depuis 18 ans, hors démarches d'investissements, il est obligé de solliciter les financeurs, notamment les collectivités territoriales, pour combler la différence.