La situation des marchés en 2004 peut se résumer simplement : soit des prix bas compensent des récoltes en hausse , soit des prix en hausse compensent des volumes en diminution. Les produits végétaux sont pour la plupart dans la première situation ; les produits animaux se situent dans le second contexte. Les données sur les revenus agricoles montreront , mi-décembre , qu'est-ce qui l'a emporté, des pris ou des volumes.
Blé : tout dépendra de l’exportation
Comme pour les grandes cultures en général, le climat a été favorable à la culture du blé. La récolte français 2004 de blé tendre est en hausse de 29% par rapport à 2003 et de 12% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Avec une hausse de 25% de la production de l’Union européenne à 25, ainsi qu’un record mondial, les marchés sont excédentaires et les cours subissent un repli depuis le début de campagne, note le Scees. La qualité est bonne en général mais relativement hétérogène ce qui implique des cours en baisse encore plus forte pour les blés fourragers. L’évolution des prix dépendra de la volonté de l’UE de soutenir l’exportation, estime en substance le Scees : « L’intervention pourrait apparaître en second recours ». Egalement abondante, la production d’orge de mouture voit son prix passer en dessous du prix d’intervention, notamment sous la concurrence des orges de la mer Noire et d’Australie. La modicité des prix du blé crée également une concurrence pour l’orge sur les marchés de l’alimentation animale.
Maïs : l’Est fait chuter le Sud-ouest
Avec 15,3 millions de tonnes, la récolte de maïs est également en forte hausse (28%) par rapport à l’an dernier mais à peu près stable par rapport aux cinq précédentes années. La production de l’UE est aussi en progression notamment en tenant compte de la récolte hongroise. Du coup, les prix ont fortement chuté, atteignant 108 euros/tonne départ sud-ouest. Les cours mondiaux sont également en forte baisse. Retrouver un équilibre dépendra du développement d’exportations estime le Scees et surtout de la reconstitution de stocks nationaux.
Oléoprotéagineux : les Etats-Unis mènent le bal du soja
L’augmentation des surfaces et des rendements crée un effet d’abondance pour les oléagineux français (11%) qui progressent à peu près au même rythme que la production mondiale. Les cours sont donc là aussi en baisse, atteignant 215 euros la tonne sur les quatre premiers mois de la campagne contre 245 pour la même période de la campagne précédente. Le marché du soja, par ailleurs, est influencé par la forte production des Etats Unis, tant en graines qu’en tourteaux. Quant au tournesol, il s’agit d’une des rares productions à s’inscrire en repli, de 3% avec « une situation de cours moins tendue ». Enfin, la production de pois augmente de 3%, essentiellement en raison de rendements qui s’améliorent. Sur le début de la campagne, les cours sont en retrait de 11%. Les industriels de l’alimentation animale sont moins intéressés en raison de la concurrence du blé tendre bon marché.
Betteraves : entre la Chine, l’Inde et le Brésil
La production française de sucre est dans une situation assez différente de celle des autres grandes cultures. La production est à peu près stable, selon le Scees par rapport à une année 2003 de faible niveau. Explication : la sole est la plus faible depuis 15 ans. Le phénomène est assez similaire au niveau européen. En ce qui concerne les cours, ceux-ci ont entamé une remontée depuis février 2004, compte tenu d’un bilan sucrier mondial qui pourrait se révéler déficitaire. La question est de savoir si les demandes de la Chine et de l’Inde compenseront l’existence de stocks encore élevés au niveau mondial ainsi que la capacité de croissance de la production brésilienne. Le marché européen est largement déterminé par les perspectives mondiales.
Pommes de terre : de l’euphorie à la déprime
L’horizon de la pomme de terre est moins large. Les prix sont déterminés par les phénomènes européens et surtout les perspectives de production de l’hexagone. Celle-ci augmente de 14,5% par rapport à l’an dernier et de 13% par rapport aux cinq années passées. Les cours sont donc en forte chute, pour la bintje surtout et un peu moins pour les autres variétés. Le secteur de la pomme de terre est sans doute celui qui connaît les plus fortes variations consécutives aux évolutions de récolte.
Viticulture : trop de vin risque de nuire
En viticulture c’est également l’abondance qui prévaut avec une augmentation de production de 24% selon le Scees en 2004 par rapport à la récolte 2003. La production d’AOC progresserait de 21%, celle de vins de pays de 15% tandis que les « autres vins » et ceux destinés au cognac augmentent dans des proportions bien plus élevées. Il est trop tôt après la vendange pour pouvoir déterminer les tendances de prix. Mais rien ne peut engager à l’optimisme à observer la poursuite de la baisse de consommation et les difficultés inhérentes à l’exportation.
Fruits : les débuts de campagne sauvent la fin
Avec une récolte de fruits relativement abondante, les risques ont été relativement maîtrisés, estime en substance le Scees, «l’offre ayant été réduite en début de campagne ce qui a permis le maintien de prix élevés pendant une durée sufisamment importante pour amortir au moins en partie l’effet des prix bas du reste de la campagne.» Ce fut notamment le cas des fraises, pêches, nectarines et des abricots tandis que la production en nette baisse des cerises a permis de maintenir des cours assez élevés. La situation des pêches et nectarines reste toutefois très incertaine et difficile, les prix ayant, selon le Scees, fortement chuté en deuxième partie de campagne. Le marché des raisins a été, au contraire, marqué par des cours difficiles en début de campagne en raison des importations italiennes. Quant à la pomme de table, si la production augmente de 6% par rapport à l’année dernière, elle reste inférieure à la moyenne des cinq dernières années. La commercialisation s’est produite sans trop de heurts, moins en tout cas que celle des poires dont la production est supérieure de 7% à celle des cinq dernières années.
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Légumes : le grand marasme
Le secteur des légumes est sans doute le plus défavorable, en 2004, de tous les secteurs agricoles. L’abondance de la production de tomate a entraîné un recul des prix d’au moins 25% par rapport à l’an dernier de janvier à septembre. La pression des importations a été forte et semblé compromettre les améliorations de la fin des années quatre-vingt-dix. La situation a également été très difficile pour le secteur des choux fleurs, coincé entre une consommation morose et des importations qui poussent les prix à la baisse. Le marché des concombres n’était pas tellement meilleur, contrairement au sort plus enviable des producteurs de courgettes, grâce à un recul de la production. La laitue, la carotte et les endives ont également été des domaines difficiles avec des cours bas sans aucune régulation publique.
Lait : les acheteurs regardent outre-Rhin
Le secteur laitier a encore connu une année difficile, aggravée par une conflit interprofessionnel sur la fixation des prix à la production. Finalement, un accord sur les orientations nationales préconisées a été signé en septembre. Cet accord fait explicitement référence aux prix pratiqués par nos voisins allemands, signe d’une internationalisation croissante du marché, et en dépit du fait que la concurrence allemande n’a jamais réellement perturbé le marché français. Finalement, en dépit d’une légère remontée en fin d’année, les tarifs des produits industriels ont engendré une réduction des orientations de prix à la production (-9,30 euros par 1 000 litre auxquels peuvent s’ajouter une baisse de 2,3 euros par 1 000 litres) compensée par une prime européenne de 12,15 euros pour 1 000 litres.
Viande bovine : la peau de chagrin
Pour la troisième année consécutive, le prix des gros bovins progresse, note le Scees. A l’exception des jeunes bovins de catégorie R, la plupart des cours sont en hausse. La situation est moins favorable pour les bovins destinés à l’engraissement. La principale raison de cette situation plutôt favorable est la baisse de production. Le Scees note que, en cumul de janvier à fin septembre, les tonnages abattus sont en retrait de 3,6% par rapport à l’année précédente. Les abattages de vaches laitières seront plus limités cet automne que l’an dernier. Les stocks constitués lors de la crise de la vache folle sont maintenant totalement résorbés et une part des stocks publics d’intervention a été destinée à l’aide alimentaire. En tout cas, selon le Scees, le fléchissement de la production devrait être durable car le cheptel est toujours en repli. De janvier à août, les importations ont augmenté de 19% et les exportations ont diminué de 3%. Enfin, les cours des veaux sont également élevés grâce à un repli de la production.
Ovins : bientôt un produit de luxe
En léger retrait par rapport à l’année précédente, le prix des ovins reste supérieur de 16% au niveau des prix de l’an 2000. Le secteur suit le même phénomène que les autres productions animales : c’est très largement la baisse de production qui permet de maintenir les cours. Entre janvier et septembre, les tonnages abattus se sont réduits de 3% par rapport à 2003. Un phénomène qui permet de ne pas trop souffrir de la baisse de consommation.
Œufs : les montagnes russes
La variabilité du prix des œufs ressemble fort à celle des pommes de terre en prodcution végétale. Après une fin d’année euphorique, explique le Scees, les prix se sont effondrés. C’est, en fait, le contrecoup de la canicule de l’été 2003 qui se fait sentir, avec une mise en place importante de poulettes de ponte au début de l’année suivante. Le cours de l’œuf s’est donc effondré à partir de mars pour s’établir à 23% en dessous de ceux de l’année précédente.
Porcs : un timide redressement
Le redressement des cours du porc se poursuit avec des prix en moyenne supérieurs de 5% à ceux de l’année précédente, même si l’année 2004 avait très mal commencé. Toutefois, ces prix restent inférieurs de 4% à la moyenne des cinq dernières années. Là encore, c’est la baisse de la production qui a rendu ce redressement possible, avec une diminution de 2% de la production. Comparé aux faibles niveaux d’août et septembre 2003, ces tonnages semblent se redresser cet automne à un an d’intervalle. Les exportations ont d’ailleurs repris, vers l’Asie principalement après une réouverture des marchés tandis que les ventes vers la Russie ont continué d’être gênées par des blocages administratifs et sanitaires.
Volailles : la consommation se fait tirer l’oreille
Après les crises des années précédentes, le repli de la production en 2003 (-6%) s’est prolongé par une nouvelle baisse au premier semestre 2004. Sur les neuf premiers mois, les tonnages sont en diminution de 0,5% indique le Scees. La progression de la consommation n'est que très lente.Tout ceci permet de se maintenir chichement après une année 2003 dont les prix des volailles avaient fléchi de 5% à 6% en moyenne.