Les porteurs du projet de retenue d’eau de Caussade veulent engager les travaux malgré le retrait de l’autorisation le 15 octobre. Un revirement que la préfecture du Lot-et-Garonne lie au risque contentieux sur sa compatibilité avec le Sdage (schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux).
« On ne peut plus attendre », affirme Patrick Franken, président de l’ASA (Association syndicale autorisée) de Caussade, parlant d’un projet resté « 25 ans dans les cartons ». Il promet d’engager les travaux de construction de la retenue d’eau à Pinel-Hauterive (Lot-et-Garonne) « même sans autorisation ».
La préfecture avait donné son feu vert le 29 juin. Avant de faire marche arrière : les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture l’ont alerté, dans un courrier le 18 septembre, du « risque contentieux sur la compatibilité du projet […] avec le Sdage » (Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux).
« Le terrain a été défriché », poursuit Patrick Franken, également secrétaire de la chambre d’agriculture. En ajoutant l’achat de foncier, les frais d’études, quelque 500 000 euros ont déjà été engagés. « Des agriculteurs ont investi » notamment dans la plantation de noisetiers que le lac doit permettre d’irriguer, indique-t-il. D’où la détermination des porteurs du projet à aller jusqu’au bout. Sans arrêté d’autorisation, ils ne peuvent toutefois pas compter sur des aides. Un budget de 3 millions d’euros est prévu pour la construction, les deux tiers avec un financement de la région et du département. « Les subventions, on s’en passera », lâche Patrick Franken, dans l’hypothèse où la préfecture ne valide pas le dossier.
Absence de projet de territoire
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S’il est, d’après lui, « localement soutenu à l’unanimité », le lac de Caussade soulève des oppositions. FNE (France Nature environnement) dénonce une autorisation préfectorale « en dehors de tout projet de territoire et en contradiction totale avec les objectifs du Sdage Adour Garonne ». Et de pointer une retenue d’eau « surdimensionnée », de nombreux « dommages environnementaux ». L’association Irrigants de France soutient, dans un communiqué le 12 octobre, ce projet qui a « démontré toute sa pertinence » en termes de « sécurisation et développement de l’économie agricole, environnement, biodiversité naturelle et cultivée, aménagement ».
L’objectif du barrage est de servir pour une moitié à l’irrigation et pour l’autre moitié à réguler les cours d’eau, de plus en plus secs l’été et de plus en plus en crue l’hiver, fait remarquer Patrick Franken. Pour le lac de 20 ha, soit une emprise foncière de 25 ha, la chambre d’agriculture a acheté cette surface à des agriculteurs, dont une partie partent à la retraite. Les travaux ont commencé depuis l’autorisation du 29 juin.
Engagée dans une « procédure contradictoire préalable au retrait de l’acte », la préfecture avait demandé le 8 octobre des clarifications réglementaires : il s’agit de « présenter la justification de ce projet au regard des retenues d’eau existantes, d’expliquer la prise en compte de l’impact du projet sur les espèces protégées en réponse aux objections du Comité national pour la protection de la nature (CNPN), de rappeler les modalités de soutien d’étiage ainsi que la contribution du projet à l’adaptation des productions agricoles au changement climatique ». Des éléments qui figuraient déjà dans le dossier, considère l’ASA, dénonçant « un abus d’autorité ministériel ». « On attaquera le retrait de l’autorisation », promet Patrick Franken.
Un projet « localement soutenu à l’unanimité »