Abonné

L’Académie des Sciences appelle à changer la réglementation sur les ressources marines

- - 3 min

L’Académie des Sciences publie un rapport intitulé “Exploitation et surexploitation des ressources marines vivantes “, un ouvrage qui tire la sonnette d’alarme sur les baisses de stocks de poissons dues à des flottes de pêche excédentaires et à une volonté politique insuffisante pour les réduire.

Les ressources halieutiques continuent de baisser et la réglementation actuelle est insuffisante pour contrer cette tendance. C’est le constat qui sert de préambule au rapport publié ces jours-ci par l’Académie des Sciences, supervisé par le professeur Lucien Laubier, directeur de l’institut océanographique de Paris. Nous sommes face à un déclin qu’il faudra bien interrompre, remarque le spécialiste. Les espèces prisées sont aujourd’hui surexploitées et les stocks de certains poissons comme la morue, le merlu, le merlan et la sole ont diminué de 90 % en 25 ans.

Plus de données

Dans ce rapport, l’Académie insiste sur l’importance de disposer de données précises sur la pêche, car il est impossible sans elles de connaître la nature et l’importance des prélèvements. « On connaît mal les prélèvements et les stocks vivants, et les modélisations (…) ne fournissent pas aux décideurs les éléments fiables sur lesquels bâtir des réglementations nationales, européennes et internationales, pourtant bien nécessaires», précise Jean Dercourt, secrétaire perpétuel de l’Académie. Il faudrait plus de données et plus de contrôles sur ces données, qui sont souvent publiées par les pêcheries sans qu’aucune vérification ne soit effectuée derrière.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Précisions utiles

Le rapport précise qu’il est incorrect d’attribuer toutes les modifications des populations marines à une surexploitation par une pêche excessive. Les changements sont liés à trois causes simultanées : les variations climatiques naturelles (peut-être accélérées actuellement), les actions humaines transformatrices du milieu, comme les barrages sur les rivières et les fleuves, ou les rejets d’effluents chimiques, et enfin l’exploitation intense de la biomasse due à l’amélioration des bateaux, engins et techniques de pêche. Cette surcapacité structurelle est souvent due à l’existence d’aides publiques favorisant un développement de la production sans rapport avec les réalités du marché. “ L’effort de pêche devrait être réduit de plus d’un tiers”, note le document. Celui-ci offre une mise en perspective intéressante des enjeux économiques et sociaux de la pêche : les pêcheurs ont tout intérêt à conserver des ressources, pour conserver une activité. Les scientifiques ont un rôle de conseillers, mais ne sont pas décisionnaires : la balle est dans le camp des parlementaires.