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Commerce international L’accord historique de libre échange Europe-Canada suscite adhésion et inquiétudes

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Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le Premier ministre du Canada, Stephen Harper ont signé à Bruxelles le vendredi 18 octobre un accord de libre échange mettant un point final à des négociations engagées en 2009. Les deux dirigeants se sont chaudement félicités de cet accord qualifié d’historique, mettant en avant qu’ilpourrait se traduire par une progression de 20 % de leurs échanges commerciaux, générant quelque 35 milliards de dollars d’activités économiques supplémentaires par année. Mais, par delà cet optimisme, de nombreuses inquiétudes se font jour, notamment dans le secteur agricole et agroalimentaire, et ce des deux côtés de l’Atlantique.

De ce côté-ci de l’Atlantique, l’accord avec le Canada ne fait pas que des heureux, surtout dans le secteur de la production de viande. Si du côté canadien, on a doublé la part de fromage européen qui peut être importé sans droits tarifaires, en contrepartie les Européens devront ouvrir plus largement leur marché à la viande bovine canadienne. Seuls les producteurs de spiritueux et l’industrie du vin applaudissent sans modération le nouvel accord entre l’UE et le Canada.
FoodDrinkEurope (FDE), le lobby de l’industrie alimentaires et des boissons de l’UE, se félicite de l’accord politique conclu entre l’UE et le Canada sur les éléments essentiels de l’Accord économique et commercial global (CETA ). Rappelant que le Canada est le huitième marché d’exportation le plus important pour les produits alimentaires et les boissons de l’UE, FDE précise, dans un communiqué, que les principaux produits alimentaires et des boissons de l’UE exportés au Canada comprennent : les vins, les spiritueux, la bière, le chocolat, les pâtisseries, les biscuits, les produits laitiers et les fruits et légumes. Il se félicite aussi du fait que l’accord proposé permettra d’éliminer plus de 99% des droits de douane entre l’UE et le Canada , ainsi que de fournir une protection supplémentaire et la reconnaissance à 145 indications géographiques (IG) européennes.
Parmi les exemples figurent Grana Padano, Roquefort, les olives Elia Kalamatas ou encore l’ Aceto balsamico di Modena. L’accord prévoit également la possibilité d’ajouter d’autres noms de produits à la liste à l’avenir. En outre, certains produits bénéficiant d’indications géographiques importantes, tels que prosciutto di Parma et prosciutto di San Daniele, pourront enfin être commercialisés sous leur dénomination au Canada, ce qui n’était pas le cas pendant plus de 20 ans. L’élimination des barrières non tarifaires sera également essentielle à la réussite de ce projet d’accord, estime FDE dans la mesure où il permettra d’améliorer la transparence et de permettre un meilleur accès aux deux marchés. Le lobby européen dit attendre avec impatience les derniers détails de l’accord et la conclusion des négociations.

Un accès plus équitable pour les vins européens

Le Comité des entreprises de vin de l’UE (CEEV) se félicite de l’accord avec le Canada, « un marché important pour les vins de l’UE avec des exportations d’une valeur de 986 millions d’euros en 2012». Ses responsables considèrent que cette entente devrait assurer un accès encore plus facile et plus équitable pour les vins européens du fait de plusieurs améliorations significatives notamment en ce qui concerne l’inclusion de la « convention de vin » dans cet accord (donnant ainsi accès au mécanisme de règlement des différends), un fonctionnement plus transparent et plus équitable des régies des alcools et leurs activités, une mise en œuvre équitable des réseaux de distribution ainsi que l’élimination des droits de douane résiduels. « Cet accord conclu avec l’un des principaux marchés pour les vins de l’UE offre des perspectives positives pour les vins de l’UE. Dans un contexte international difficile, les exportateurs de vin saluent ce signal positif et soutiennent pleinement son entrée en vigueur rapide », a déclaré Jean -Marie Barillère, le président du CEEV.

Euphorie dans l’industrie des alcools

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Quant aux responsables de l’industrie des spiritueux, ces derniers ont carrément levé un toast à l’annonce de l’accord commercial avec Ottawa. « Ce sont d’excellentes nouvelles pour les consommateurs européens et canadiens ainsi qu’une bonne nouvelle pour le secteur des spiritueux en Europe », a indiqué Paul Skehan, le directeur général de SpiritsEurope, le lobby de l’industrie des spiritueux de l’UE. Il a précisé qu’ « à une époque où les marchés nationaux sont extrêmement difficiles, les marchés d’exportation offrent les seules possibilités de croissance. Le Canada est déjà le 5e plus grand marché pour les boissons spiritueuses européennes, générant 288 millions d’euros pour l’économie européenne chaque année et le nouvel accord ouvre la possibilité d’augmenter nos ventes là-bas. Cela signifie aussi un meilleur accès à des spiritueux européens de qualité pour les consommateurs canadiens ». Dans un premier commentaire sur la signature de l’accord avec le Canada, l’European Dairy Association, le porte-voix de l’industrie laitière de l’UE, estime que l’ouverture des marchés va être bénéfique pour les deux économies. L’association se félicite notamment de l’augmentation du volume des contingents tarifaires pour le fromage européen sur le marché canadien, « même si les quelque 18 000 tonnes supplémentaires de fromage ne représentent qu’environ 0,3% de la production annuelle de fromage européenne ». Cependant, souligne Alexander Anton, son nouveau secrétaire général, « l’industrie laitière européenne se doit de rester vigilante quant aux détails de l’attribution des licences d’importation pour les contingents supplémentaires qui doivent encore être définis par les autorités canadiennes ».

Grimaces des producteurs de viande de l’UE

Du côté des producteurs de viande de l’UE, si le Copa-Cogeca se félicite de l’acceptation par le Canada du respect des normes de qualité européennes - il est le premier grand partenaire commercial à reconnaître le principe du système européen d’indication géographique- il s’inquiète en revanche du fait que le Canada obtienne un accès accru au marché européen pour d’importants volumes de viande bovine et porcine. Selon Christian Pèes, le président de la Cogeca, « nous ne pouvons l’accepter, même si cette viande ne contient pas d’hormones ». Il a souhaité que les ministres européens et les eurodéputés en tiennent compte lorsqu’ils approuveront le texte final ». Selon lui, « la viande bovine est un produit sensible pour nous et la production européenne est menacée. Cet accord aura pour conséquence une hausse importante des importations. Pour le secteur de la viande bovine, nous aurions souhaité une meilleure répartition entre viande fraîche, réfrigérée et congelée, en faveur de la viande bovine congelée ».