Abonné

L’accord UE-Mercosur vu d’Argentine : « ça passe ou ça casse »

- - 4 min

Le gouvernement de Mauricio Macri est prêt à faire de larges concessions pour conclure un accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur « au moins politique », afin de l’annoncer lors de la réunion interministérielle de l’OMC à Buenos Aires le 10 décembre prochain.

À quelques jours de l’ouverture d’un nouveau cycle de pourparlers entre l’UE et le Mercosur, les experts interrogés à Buenos Aires par Agra font état de la volonté inédite d’aboutir de la part des négociateurs des deux parties, désireux de profiter d’une d’opportunité qui ne se présentera pas avant longtemps. « Cette fois, ça passe ou ça casse », résume une analyste du secteur privé.

La stratégie du président argentin, Mauricio Macri, est de faire toutes les concessions possibles de la part du Mercosur, non seulement au niveau de l’accès aux marchés (contingents, tarifs douaniers, etc.) mais aussi au niveau des conditions des investissements directs étrangers et de la propriété intellectuelle. Son objectif est d’annoncer, comme point d’exergue de la réunion des ministres de l’OMC, qui aura lieu à Buenos Aires, du 10 au 12 décembre, la signature d’un accord UE-Mercosur « au moins politique, commercialement ambitieux, tout en laissant les détails techniques à plus tard », estime Nelson Illesca, de l’Institut des négociations agricoles internationales, organisme rattaché à la Bourse aux céréales de Buenos Aires.

Viande bovine, poulet, maïs, éthanol, fromage, riz…

Dans le secteur de la viande bovine, le Mercosur réclame un quota d’importation tarifaire dans l’UE de 390 000 t. « Un niveau intermédiaire de 150 000 t représenterait moins de quatre steaks hachés par an par habitant ramené la population totale de l’UE », relativise Raúl Roccatagliatta, économiste de la Société rurale argentine. La même dynamique s’observe pour d’autres produits : 40 000 t de riz proposées par l’UE, 400 000 t revendiquées par le Mercosur, par exemple. « Les 700 000 t de maïs grain sont importants pour les Argentins, les 600 000 t d’éthanol offerts par l’UE le sont davantage pour les Brésiliens », rajoute-t-il. Et 69 000 t de viande de poulet, avec ou sans os, seraient détaxées au bout de six ans. Par ailleurs, ce seraient 20 000 t de fromages taxés pendant six ans à 226 euros par tonne, puis détaxées au bout de cette période, qui pourraient entrer sur le marché européen, selon l’économiste.

Le nouveau ministre de l’Agro-industrie confiant

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

La Réunion
Suivi
Suivre
gouvernement
Suivi
Suivre

Le nouveau ministre de l’Agro-industrie, Luis-Miguel Etchvehere, un avocat de 49 ans négociant en bestiaux, puis président de la Société rurale argentine, le syndicat de grands propriétaires terriens éleveurs d’animaux pur pedigree, a donné sa première conférence de presse le 21 novembre dernier, au cours de laquelle il a rappelé l’ouverture récente remportée par son pays d’une soixantaine de marchés d’exportation. « Nous avons espoir qu’un accord sera conclu entre le Mercosur et l’UE, a-t-il dit, qui favorisera les économies andines productrices de fruits, légumes et céréales rares, en ayant un meilleur accès au marché européen. »

« La France devrait lâcher du lest », selon la secrétaire d’État aux marchés agro-industriels argentine, Marisa Bircher. « Il y a eu une convergence des offres, même si celle de l’UE concernant les viandes reste faible. Mais il ne s’agit pas là d’un accord sur les viandes, il couvre un ensemble de biens et services ».

Les appellations d’origine font débat

Les appellations d’origine contrôlées et indications géographiques sont un autre sujet de discorde. Si les noms de roquefort et de champagne sont désormais respectés en Argentine, il n’en va pas de même pour le chablis et vins de la Rioja, par exemple, qui sont présents à l’étalage et plus difficiles à contrôler, d’autant qu’une province d’Argentine s’appelle la Rioja. Il en va de même pour le fromage Parmesan fabriqué par les descendants d’immigrés italiens installés en Argentine il y a plus d’un siècle.

« Un quota de 150 000 t représenterait moins de quatre steaks hachés par an et par habitant ramené la population totale de l’UE »