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Contractualisation Lactalis et ses groupements de producteurs : enfin l’accord !

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Après des mois d’âpres négociations, Lactalis et ses producteurs de lait sont parvenus à un accord. La convention-cadre qui a été négociée permettra aux organisations de producteurs de négocier directement avec l’entreprise. Si les syndicats déplorent encore des déséquilibres dans la contractualisation, les groupements de producteurs se concentrent désormais sur la structuration de leurs organisations. Seul regret : l’absence du décret OP, qui devrait toutefois paraître très prochainement selon le ministère de l’Agriculture.

Le 16 avril au soir, au terme de 4 réunions de négociation les semaines passées, Lactalis et les groupements d'éleveurs ont abouti à un accord. Le groupe laitier a finalement reconnu le rôle des organisations de producteurs (OP) qui pourront donc discuter des primes ainsi que du prix du lait et des volumes à produire avec leur collecteur. Jusqu'alors, le leader mondial des produits laitiers demeurait le dernier industriel en France à vouloir négocier de manière individuelle avec ses producteurs. Mais désormais, « si le groupement est agréé par le décret OP (publié prochainement), il pourra représenter les éleveurs laitiers qui y adhèrent et discuter directement avec Lactalis », a expliqué Franck Guehennec, représentant des groupements livrant à l'industriel.

Lactalis, fier des négociations
Du côté de Lactalis, on se targue dans un communiqué de presse daté du 17 avril d’avoir proposé « l’un des contrats les plus aboutis de la profession (…) avec des signes distinctifs forts». Selon Michel Nalet, directeur de la communication de l’entreprise, les négociations se sont en effet parfaitement déroulées. « Il y a eu un dialogue et une volonté constructive d’aboutir à quelque chose de concret », confie-t-il. D’ailleurs, l’entreprise souhaite qu’ « on arrête de (la) stigmatiser (alors qu’elle) a toujours eu le souhait de travailler avec l’ensemble des producteurs de lait ». Pour le directeur de la communication, il n’y a en effet jamais eu de réelles dissensions entre le groupe laitier et ses éleveurs. « Le discours syndical a largement exagéré les conflits entre Lactalis et ses éleveurs, sur le fond du dossier nous avons toujours été pour une négociation avec les organisations de producteurs », plaide Michel Nalet.

Les syndicats restent prudents
Les réactions syndicales n’ont pas tardé à tempérer l’enthousiasme qui a suivi la négociation. Malgré l’accord trouvé, la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) maintient en effet sa plainte contre Lactalis. Le 8 mars dernier, le conseil d’administration avait délibéré en faveur d’une action en justice à l’encontre de l’industriel. Si le contrat dénoncé par cette plainte a été renégocié, des « éléments perfectibles » restent pointés du doigt par le syndicat, comme le précise un communiqué de presse daté du 17 avril. En maintenant cette action, la FNPL veut également s’assurer que la convention issue des négociations sera bel est bien signée par le géant laitier. Les Jeunes agriculteurs ont de leur côté appelé les producteurs à faire preuve de prudence dans un communiqué de presse du 18 avril. L’industriel « a enfin reconnu les groupements de producteurs de lait et leur rôle essentiel dans les négociations des contrats », concède le syndicat, mais « le contrat présent comporte toutefois des zones d’ombre peu encourageantes pour les jeunes installés », regrette-t-il. Les Jeunes agriculteurs « expriment (leurs) déceptions » sur deux points précis : « le fait qu’aucune durée plus longue du contrat pour les jeunes ne soit mentionnée », et que « la mention d’une cessibilité du contrat ne semble pas si libre que ça ».

Structurer les OP
Mais les groupements de producteurs considèrent tout de même cet accord comme un premier pas positif et essentiel vers la nouvelle relation entre Lactalis et ses éleveurs. C’est pourquoi l’Association des organisations des producteurs (AOP) Lactalis de l’Ouest « appelle l’ensemble des producteurs de lait livrant au groupe à s’engager par écrit envers leurs organisations de producteurs et l’entreprise Lactalis », dans un communiqué du 19 avril. La nouvelle convention-cadre (accompagnée d'un contrat individuel lui aussi retravaillé) a en effet été distribuée aux éleveurs qui auront jusqu'au 30 avril pour parapher le document. « Notre défi maintenant va être de structurer ces OP, a annoncé Franck Guehennec : nous devons aller auprès des producteurs pour obtenir leur mandat de négociation ». Mandat qui permet par ailleurs de « corriger le contrat initialement proposé », explique le communiqué de l’AOP de l’Ouest.

Dans l’attente du décret OP
Mais un nouvel obstacle se présente désormais pour les éleveurs laitiers : « Le décret OP n'est toujours pas sorti », regrette Franck Guehennec, pour qui structurer une organisation sans connaître les modalités requises pour sa légalité s’annonce difficile. L’organisation des producteurs de lait (OPL, branche syndicale de la Coordination rurale) dénonçait d’ailleurs « une cacophonie malsaine » dans un communiqué de presse du 18 avril. « En l’absence de définitions juridiques par un décret ministériel dûment rédigé et publié, le ministre de l’Agriculture laisse volontairement les producteurs dans le désarroi et l’inconnu », dénonce-t-il. Finalement, les éleveurs n’auront probablement pas à être très patients : le 17 avril ce décret a reçu un avis favorable du Commissaire à la simplification. Une accréditation qui annonce « une entrée en vigueur imminente », a indiqué une source du ministère de l’Agriculture.
 

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