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Produits laitiers / Acquisition Lactalis reviendrait dans la course pour le rachat d’Entremont

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Alors que l’accord de négociation exclusive liant Entremont et Sodiaal vient de prendre fin, Lactalis pourrait bien se remettre dans la course. Le numéro 1 du fromage fait miroiter aux livreurs d’Entremont un prix du lait à hauteur de 274 euros la tonne. Une proposition vivement critiquée par la CGT et Coop de France. Le ministre Bruno Le Maire continue quant à lui à tout faire pour qu’une solution soit trouvée avant la fin de l’année.

Depuis le 30 novembre, la négociation entre Sodiaal et Entremont n’est plus exclusive. Lactalis pourrait donc bien se remettre sur les rangs pour acquérir le numéro un français de l’emmental. « La conjoncture a changé et le jeu est redevenu ouvert. Nous étudions donc ce dossier complexe avant de prendre une décision », nous confirme Luc Morelon, directeur de la communication de Lactalis. Il y a quelques semaines le groupe a envoyé une lettre aux producteurs d’Entremont pour leur promettre un prix du lait plus élevé que celui proposé par Sodiaal. « Nous souhaitions compléter notre offre faite cet été (1), en précisant que nous pouvions les payer 274 euros la tonne », explique Luc Morelon. De quoi faire réfléchir les producteurs, à qui Sodiaal a promis de respecter les prix de l’accord national de juin dernier en contrepartie d’une contribution de 3,80 euros les 1000 litres payés par les producteurs afin de devenir adhérents de la coopérative.

Des producteurs partagés
Les producteurs semblent pour le moment partagés sur cette proposition. Lors d’une consultation organisée par l’AEBEA (Association des producteurs livreurs à Entremont), 80 % d’entre eux se sont dit favorables à « des discussions avec la coopérative Sodiaal en vue d’une fusion avec Entremont » et 85 % souhaitent que des discussions soient engagées avec un autre repreneur. Bref, la perspective de participer financièrement à la restructuration de leur groupe ne les enchante guère.

Lactalis très critiqué par la CGT
La proposition de Lactalis est quant à elle très critiquée par la CGT. « Face à l’atermoiement de la coopérative Sodiaal, la société Lactalis affiche sa volonté de s’emparer d’Entremont. Cette solution se révèle être la plus nocive pour la pérennité de nos emplois », explique le syndicat dans un communiqué, en pointant du doigt les doublons omniprésents, « les fermetures d’usines déjà nombreuses dans la maison mère mais aussi dans les filiales », et l’endettement du groupe. La CGT est « prête à mobiliser le personnel, grand oublié des tractations en cours, afin de mener le combat contre l’arrivée de ce groupe hégémonique et prédateur. Car un arbitrage par les pouvoirs publics en faveur de Lactalis entraînera des centaines de salariés au Pôle emploi. »

Sodiaal, un rempart contre la délocalisation
Même son de cloche chez Coop de France, pour qui les démarches de Lactalis auprès des livreurs d’Entremont « assorties d’importantes promesses financières » et ses « pressions auprès des pouvoirs publics » démontrent « le refus de Lactalis de voir émerger un groupe coopératif concurrent qui l’empêcherait de dicter unilatéralement ses conditions aux producteurs de lait. » Coop de France plaide clairement pour un rapprochement avec Sodiaal, car il offrirait aux producteurs « un véritable rempart contre la délocalisation des usines » et conforterait « l’équilibre des acteurs de la filière et l’interprofession ».

Le ministre veut une solution avant la fin de l’année
De son côté, le directeur général de Sodiaal, Claude Sendowski, nous a confirmé que Sodiaal continuait de travailler avec Entremont en vue d’un accord. Le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, a réclamé une « solution industrielle définitive » pour Entremont avant la fin de l’année. Cela semble mal parti.

(1) Cf Agra alimentation n°2074 du 23 juillet 2009 p 5

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