En concluant un accord de principe avec Ebro Puleva pour reprendre sa branche laitière (Lactimilk et Puleva), le groupe Lactalis devient le numéro deux de l'industrie laitière en Espagne, en portant son chiffre d'affaires sur ce marché à 1,2 milliard d'euros, non loin de … Danone. Cet accord une fois confirmé doit encore être avalisé par les autorités de la concurrence espagnoles et européennes. Mais un mois seulement après avoir signé le rachat de Forlasa, un des principaux exportateurs de Manchego que convoitait aussi Bongrain (1), Lactalis offre 660 millions d'euros pour une activité qui pèse 444 millions d'euros de chiffre d'affaires et dégage un EBITDA de 67 millions d'euros. Ce prix, élevé (8,7 fois l'EBITDA), s'explique par le nombre de candidats en lice. Selon la presse espagnole, l'italien Parmalat, le groupe mexicain Lala, le hollandais Friesland Campina, et les espagnols CAPSA et Leche Pascual avec PAI Partners (actionnaire à 50 % de Yoplait) étaient sur les rangs.
Avec l'acquisition de la branche laitière du groupe Ebro Puleva, Lactalis renforce sa position sur le lait de consommation en Espagne où il devient numéro deux en part de marché (8,9 %) derrière CAPSA (coopérative laitière asturienne), qui détient 14 %. « Nous sommes numéro deux des produits à marques, c'est important car plus de la moitié du marché est constitué de marques de distributeurs », explique Luc Morelon, porte-parole du groupe. En outre, la marque Puleva est leader sur les laits « spéciaux » (teneur renforcée en calcium, enrichis en Oméga 3, teneur réduite en lactose, laits de croissance), donc à plus forte valeur ajoutée.
« Nous atteignons la taille critique sur le plan logistique et commercial ce qui est stratégique sur un marché, structuré en 17 régions et qui compte une multitude de points de vente (ndlr : des supermarchés) », souligne-t-on au siège du groupe à Laval. En outre, le numéro trois mondial des produits laitiers frais (8,5 milliards d'euros de CA et 35 000 salariés) insiste sur les synergies qui existent entre son activité actuelle outre-Pyrénées et celle de Puleva. Son portefeuille de marques et de produits couvrira le lait de consommation (sous marques Lactel et Lauki), les crèmes et les fromages (Président), les fromages traditionnels (Flor de Esgueva, El Ventero, Grand Capitan, Don Bernardo), les produits frais et desserts (La Lechera).
Lactalis dispose de trois semaines pour réaliser un audit financier et conclure cette opération. Si les autorités de la concurrence donnent leur feu vert, le groupe français se hissera au second rang des leaders de l'industrie laitière en Espagne en termes de chiffre d'affaires (juste derrière Danone, mais devant ses concurrents ibériques comme CAPSA, Leche Pascual, …).Il réalisera un chiffre d'affaires de l'ordre de 1,2 milliard d'euros, comptera 12 laiteries et emploiera près de 2 800 personnes.
Perte de compétitivité de la filière française
Ecarté de l'acquisition d'Entremont, l'ex-groupe Besnier, qui est devenu le premier groupe laitier européen, reporte ses ambitions sur l'Espagne. Il s'inquiète également, dans un message clair à l'égard des pouvoirs publics, « de la perte de compétitivité de la filière française », en particulier face à l'Allemagne. « En 2009, rappelle Luc Morelon, porte-parole du groupe, la France qui paye le lait 15 % plus cher à la production qu'outre-Rhin, a importé 800 000 litres de lait d'Allemagne ! ».
Après avoir ciblé ces dernières années les pays d'Europe centrale (Croatie, République tchèque…), Lactalis trouve en Espagne de nouveaux relais de croissance en misant sur « le développement des marques » et sur « la valorisation de la matière première laitière». Enfonçant le clou, Lactalis précise dans son communiqué « qu'il est indispensable de sécuriser l'avenir à travers une politique de développement de marques reconnues par les consommateurs sur de nouveaux marchés face (…) aux inquiétudes sur l'avenir de la filière laitière en France ».
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Bons résultats 2009 pour Puleva et sa maison-mère
Cette annonce intervient quelques jours après la publication par Ebro Puleva de ses résultats pour 2009, qui confirment « l’excellente santé financière du groupe », selon un communiqué. Globalement, le numéro un espagnol de l'agroalimentaire dégage un bénéfice net en progression de 35% à 176,5 millions d'euros, malgré un chiffre d'affaire en baisse de 7% (à 2,198 milliards d'euros), en raison de la baisse du prix des matières premières, qui a été répercutée sur les prix. Mais le groupe poursuit son désendettement (grâce notamment à la vente fin 2008 de son activité sucre au britannique ABF). La dette s'élève à 557 millions d'euros soit une réduction de 47 % sur l'année précédente.
Les trois branches du groupe, y compris le secteur laitier, maintiennent un bon niveau de rentabilité. Dans les produits laitiers, Ebro Puleva réalise des performances « excellentes », d'après le groupe : l'EBITDA progresse de 33,8 % à 67 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 444 millions d'euros (en baisse de 12 % toutefois).
Les deux autres branches, plus importantes, sont au diapason. La branche riz dégage un EBITDA de 118,6 millions d'euros (pour un CA de 836 millions d'euros), la branche pâtes voit son EBITDA progresser de 29 % à 137 millions d'euros malgré un recul des ventes de 6 % (à 928 millions d'euros).
En se recentrant sur ces activités d'épicerie où se côtoient de belles marques comme Lustucru, Panzani et Taureau ailé, Ebro se prépare sans doute à profiter de la mise en vente de la division riz du groupe espagnol SOS, une transaction qui pourrait avoisiner les 200 M EUR pour un chiffre d'affaires de 249 millions. Et il se dit qu'une autre opération encore plus importante, de l’ordre de 500 MEUR, serait également en vue.