Fait peu courant à la veille d’un débat parlementaire, l’Ademe vient de publier sa propre analyse du projet de loi d’orientation du Grenelle de l’environnement dont l’examen débute le 6 octobre à l’Assemblée nationale. Sur le dossier biocarburants, l’établissement public recommande à la France de ne pas dépasser l’objectif de 7% d’incorporation qu’elle s’est fixée d’ici 2010 et ce « au moins jusqu’en 2015 ».
Regard sur le Grenelle. C’est sous ce titre peu technocratique que l’agence présidée par Chantal Jouanno a diffusé le 25 septembre un document de 45 pages afin d’« apporter son expertise publique aux débats ». D’emblée, l’Ademe affirme que la division par 4 des émissions de gaz à effet de serre est réalisable en France à l’horizon 2050 : « Il faut d’abord diminuer les consommations puis développer les énergies renouvelables ». L’efficacité énergétique est présenté comme le préalable indispensable au respect des objectifs européens. Pour la France, cela signifie réduire de 14% ses émissions de gaz à effet de serre (hors systèmes des permis négociables) et parvenir à produire 23% de l’énergie consommée à partir de sources renouvelables, contre 10% actuellement. L’objectif proposé par le Grenelle est d’ajouter 20 millions de tonnes-équivalent-pétrole (Mtep) issu d’énergies renouvelables aux 17 Mtep déjà produits par ces filières.
« Affiner les évaluations d’ici 2015 »
Comment se répartira cette croissance entre les filières ? La répartition proposée est la suivante : la biomasse (7,2 Mtep de chaleur et 1,2 Mtep d’électricité), l’éolien (4,8 Mtep), les biocarburants (3,3 Mtep), la géothermie et les pompes à chaleur (2,1 Mtep), le solaire thermique (0,9 Mtep). Les biocarburants ont ainsi toute leur place dans le dispositif, mais une place… encadrée.
Si elle ne remet pas en cause les investissements déjà réalisés ou engagés sur les biocarburants, l’Ademe appelle en effet à la prudence. « Afin de ne pas amplifier la crise alimentaire mondiale et de contrôler les changements planétaires d’affectation des sols, il est nécessaire de limiter provisoirement le développement des biocarburants produits a partir de cultures de type alimentaire », écrit l’agence dans les deux pages qu’elle consacre aux carburants végétaux. La limite proposée est l’objectif d’incorporation de 7% confirmé par le ministère de l’Ecologie à l’horizon 2010. Un objectif « atteignable avec les investissements décidés ». L’Ademe préconise ensuite de ne plus augmenter les productions de biocarburants, « au moins jusqu’en 2015 ». L’agence note toutefois que les volumes correspondant à 7 % de la consommation en 2010 représentent 9 % de la consommation projetée en 2020 grâce à la baisse de la consommation. En prenant notamment en considération une évolution probable des rendements agricoles, les surfaces correspondant à l’objectif 7 % sont de l’ordre de 1,5 million ha pour les oléagineux, 220 000 ha de céréales et 40 000 ha de betteraves, indique l’Ademe. Ce délai d’ici 2015 devrait permettre d’« affiner les évaluations » et faire avancer la recherche sur les biocarburants de seconde génération dont le développement industriel avant 2015 « semble peu envisageable ».
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Croissance verte
Sur le plan agricole, l’agence rappelle par ailleurs que deux grands types de mesures peuvent être mises en œuvre pour réduire la dépendance énergétique. La première est la réduction des consommations : « On peut facilement et rapidement diminuer les consommations de 10 % sans remettre en cause la capacité de production à travers des mesures telles que : le réglage des moteurs de tracteurs (1l/heure de fioul économisé) ; la formation à la conduite économe des tracteurs (10 a` 20 % d’’économie de consommation) ; et des actions sur les aménagements et les équipements des serres. Le second levier est la production d’énergie renouvelables : méthanisation, énergie solaire… »
Cette lutte contre le changement climatique sera bénéfique pour l’économie : selon les calculs de l’Ademe, le marché de la maîtrise de l’énergie et l’essor des énergies renouvelables peut atteindre en France 40 milliard d’euros et 440 000 emplois en 2012, soit un doublement du marché actuel.