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L’Adepale propose des aménagements à Egalim2

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L’Adepale regrette que la loi Besson Moreau ne réponde pas « aux vrais problèmes » rencontrés par ses adhérents, les petites et moyennes entreprises de l’agroalimentaire, très implantées sur le territoire national, qui peinent aujourd’hui à répercuter la hausse de leurs coûts auprès des distributeurs. Elle a donc dévoilé ses propositions d’aménagement de la loi.

Si certains voyants repassent clairement au vert pour les industries de l’agroalimentaire (IAA), d’autres restent résolument dans le rouge et sources de préoccupations (lire ci-contre). C’est le constat dressé par l’Adepale (1), la fédération professionnelle de l’industrie alimentaire nationale, lors d’une conférence de presse le 24 juin. Une occasion toute trouvée pour Jérôme Foucault, son président, d’insister sur les failles de la proposition de loi Besson-Moreau, dite Egalim2, qui était discutée le même jour à l’Assemblée. « Je pense que la loi Besson-Moreau ne fera pas sauter le verrou de la distribution et c’est bien là le problème », selon lui, appelant de ses vœux le soutien pressant « des pouvoirs publics pour créer de nouveau de la valeur et la répartir de façon juste et équitable pour chacun des maillons de la filière ». Très clairement en effet aujourd’hui se pose le problème de la valeur ajoutée « insuffisante » pour maintenir de manière pérenne l’activité de ces petites et moyennes entreprises de l’agroalimentaire, très implantées dans le territoire. « Cette PPL ne répond pas aux vrais problèmes » des adhérents de l’Adepale pour répercuter la hausse de leurs coûts des matières premières et des emballages notamment, alors que ces entreprises « sont un vrai soutien de la croissance dans les territoires. C’est du gâchis de laisser nos PME se déliter », a encore ajouté Jérôme Foucault, qui « regrette que l’Adepale ne soit pas intégrée dans les instances représentatives auprès du gouvernement pour défendre notre point de vue. Les problématiques des ETI et PME françaises qui transforment en France et cherchent à valoriser les productions agricoles françaises, ne sont pas celles des grands groupes internationaux (lesquels sont majoritairement représentés par l’Ania, ndlr) ». Selon les chiffres donnés par l’Adepale, les IAA, ce sont près de 200 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont la moitié environ est assurée par une trentaine de grands groupes internationaux, le reste par les ETI et les PME réunies au sein de l’Adepale. « L’ensemble des grandes filières (eau, café, thé…) ne sont pas touchées par les problèmes qui sont aujourd’hui ceux des plus petites entreprises », estime encore Jérôme Foucault.

Et Pascal Bredeloux, administrateur de l’Adepale en charge de la communication, d’enchérir : « Nous ne sommes pas en désaccord avec la PPL originelle, mais nous avons l’impression d’avoir disparu des propositions. » L’Adepale reste convaincue que l’inflation induite par une juste revalorisation des prix est un faux problème, contrairement aux messages envoyés par les distributeurs, et que le consommateur est prêt à dépenser un peu plus pour manger des produits fabriqués en France.

Quatre propositions d’aménagement de la loi

L’Adepale présente donc quatre propositions d’aménagement de la loi Besson-Moreau pour prendre en compte les problématiques de ses adhérents. La première vise à permettre aux transformateurs de répercuter les hausses et les baisses des coûts des matières premières agricoles dans leurs prix de vente aux distributeurs. La PPL dans sa forme actuelle le permet à l’amont, mais pas l’aval. La deuxième est d’assurer une juste concurrence avec les opérateurs internationaux, qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes que les PME françaises, afin de ne pas prendre le risque « de délocalisation de certains achats ou de certaines activités ». La troisième préconise d’alléger le dispositif particulièrement contraignant prévu dans la PPL de détailler l’ensemble des matières premières agricoles entrant dans la composition des produits alimentaires assemblés (pizzas, salades composées, sandwichs, plats cuisinés…). Enfin, la dernière proposition concerne les investissements des entreprises et des exploitations agricoles dans la RSE et la transition agroécologique, la pêche et l’aquaculture durables, qui doivent être pris en charge dans la formation du prix. Nombre de TPE, PME et ETI dégagent de trop faibles marges pour accélérer cette transition voulue par le plus grand nombre.

TTE">(1) L’Adepale représente 260 entreprises privées et coopératives et 577 sites de production, principalement des PME et ETI au travers de 6 syndicats membres : les Entreprises du traiteur frais (ETF), la Fédération des industries d’aliments conservés (Fiac), les Entreprises des glaces et surgelés (Les EGS), la Fédération nationale des légumes secs (FNLS), le Syndicat des fabricants de végétaux frais prêts à l’emploi (SVFPE) et le Syndicat de la rizerie française (SRF). Les unités de production de ces PME et ETI réparties sur l’ensemble du territoire national, représentent un chiffre d’affaires de près de 16 milliards d’euros et emploient 48 000 collaborateurs, soit 75 % du secteur.

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Des situations contrastées au sein des entreprises

Dans la cadre du premier baromètre de l’Adepale visant à mesurer l’activité de près de 600 sites agroalimentaires français, il ressort ainsi aujourd’hui que près de 70 % des PME alimentaires françaises se disent confiantes pour la suite de leur activité, alors que ce taux n’était encore que de 56 % en mars et de 41 % en novembre. Pour illustrer ce regain d’optimisme, près de 8 sur 10 (78 %) ont prévu d’investir au cours du deuxième trimestre et 26 % ont prévu d’embaucher. À condition de trouver à recruter, 71 % des entreprises rencontrant en effet des difficultés dans leur recherche d’embauche « tant d’un point de vue qualitatif, que quantitatif », a souligné Pascal Bredeloux, administrateur de l’Adepale en charge de la communication. Un autre défi mis en avant dans ce baromètre est lié aux contraintes grandissantes en matière d’approvisionnements, notamment en raison du manque de disponibilité et de la flambée des coûts des matières premières agricoles ainsi que de l’augmentation des prix des emballages. « En juin, 79 % des PME déclaraient éprouver des difficultés en matière d’approvisionnements alors qu’elles étaient 69 % il y a de cela trois mois », souligne l’Adepale. Sans parler enfin, de la fermeture de la restauration pendant plusieurs mois, a durement touché les entreprises concernées.

La Feef inquiète pour la pérennité de l’activité et des emplois de ses adhérents

A peine la proposition de loi Besson-Moreau adoptée par l’Assemblée nationale, la Feef s’est montrée inquiète pour l’avenir des PME agroalimentaires françaises. « Si les mesures adoptées pour mieux rémunérer les agriculteurs sont nécessaires, il n’y a eu aucune prise en compte des spécificités des fabricants PME qui représentent 98 % des entreprises agroalimentaires et qui privilégient l’approvisionnement local et les circuits courts », indique ainsi la Fédération dans un communiqué le 29 juin. Malgré l’appui de plusieurs députés, elle estime que « l’appel des PME en faveur d’un prix rémunérateur pour tous n’a pas été suivi d’effet ». Comme les adhérents de l’Adepale, la Feef rappelle qu’il « ne pourra y avoir de revalorisation des revenus des agriculteurs sans le respect du tarif des industriels PME qui sont les premiers transformateurs de la matière première agricole d’origine française ».