Les industriels du lait redoublent d’attention vis-à-vis de leurs procédures industrielles afin d’améliorer encore la sécurité sanitaire des produits, dont la France se pose déjà comme l’un des champions. Un enjeu particulièrement important alors que la filière ambitionne de produire 25 milliards de litres par an et donc d’exporter bien plus qu’aujourd’hui.
Alors que l’année 2018 commence avec beaucoup de questions pour les acteurs du secteur du lait en France, Damien Lacombe, le président de Coop de France Métiers du lait (ex-FNCL), veut croire dans les chances de la filière. « Une filière française qui collecterait 25 milliards de litres par an, c’est possible et c’est notre engagement », a-t-il souligné le 1er février à l’occasion de la présentation du baromètre économique des coopératives laitières, rappelant ainsi les références avancées dans le plan de filière lait. Un objectif ambitieux qui représente un doublement de la production française. Selon les chiffres du baromètre des coopératives laitières pour l’année 2016 dévoilé le 1er février, les coopératives ont traité 13,6 milliards de litres de lait, soit 54 % de la collecte nationale.
« Nous avons les débouchés à l’export grâce à des produits plus valorisés et une montée en gamme des produits qui répondent aux attentes des consommateurs », selon lui. Les produits pourraient être encore plus segmentés afin de répondre aux attentes sociétales. Ainsi 52 % des coopératives laitières sont-elles engagées dans des démarches de différenciation telles que le bio, le sans-OGM ou les AOP. Les coopératives sont aussi très exportatrices avec 40 % du chiffre d’affaires à l’export de la laiterie française. Les producteurs sont aussi mobilisés pour investir dans l’outil de production : selon Coop de France, la très grande majorité des coopératives prévoient un investissement cumulé de 860 millions d’euros sur la période 2018-2020.
Coop de France métiers du lait constate également une remontée de la production laitière au niveau mondial. « Beaucoup de lait va arriver sur le marché dans les prochains mois », constate Damien Lacombe. « En Europe, cela pose la question des stocks de poudre de lait qui est le sujet à traiter en priorité par la Commission européenne », poursuit-il. Leur mise sur le marché pourrait perturber des cours qui se sont stabilisés depuis le mois de novembre 2017 après une forte hausse de juin à novembre.
Une crise qui "réveille" les opérateurs
« Il y a toujours un court terme qu’il faut gérer », souligne Damien Lacombe, qui explique que « les opérateurs de la nutrition infantile vérifient actuellement que toutes les procédures de sécurité sanitaire sont bien appliquées ». Cette remise à plat est vue plutôt positivement : « C’est une saine pression pour valoriser les produits de nutrition infantile » selon le président de Coop de France métiers du lait. Pour Emmanuel Vasseneix, p.-d.g. de LSDH (présent en nutrition infantile dans le lait liquide), « nous passons en revue les plans de contrôle de façon quasi-permanente » mais une affaire comme celle de Lactalis « réveille tout le monde », poursuit-il.
Parmi les pistes d’amélioration, Emmanuel Vasseneix cite l’exemple de la filière du lait de consommation qui a ajouté un niveau de contrôle supplémentaire sur les produits : « Au sein de l’IPLC, nous avons mis en place un contrôle sur les produits finis qui vient compléter l’autocontrôle fait par les entreprises, et qui est réalisé en lien avec la répression des fraudes, explique-t-il. Cela tire tout le monde vers le haut ».
Interrogations sur les analyses
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Lors de sa dernière prise de parole dans les Echos le 1er février, le p.-d.g. de Lactalis Emmanuel Besnier, a indiqué : « Nous allons fortement renforcer nos programmes de contrôle sur le lait infantile. Les tests seront sécurisés par un deuxième laboratoire » qui interviendra en plus du « laboratoire extérieur de référence » effectuant habituellement les analyses pour Lactalis dans le cadre de l’autocontrôle. D’autres industriels sollicitent déjà plusieurs laboratoires. C’est le cas chez LSDH qui affirme travailler systématiquement avec deux à trois laboratoires, par exemple pour la dioxine, le PCB ou les métaux lourds. Reste à savoir si cela aura un impact sur les résultats. Emmanuel Besnier déclarait ainsi : « Nous nous posons beaucoup de questions sur la sensibilité des analyses faites par ce laboratoire (sollicité habituellement par Lactalis, NDLR). Nous avons beaucoup de mal à comprendre comment 16 000 analyses réalisées en 2017 ont pu ne rien révéler. Nous avons des doutes sur la sensibilité des tests. Ce n’est pas possible qu’il y ait eu zéro test positif. »
Pour venir à bout de la présence récurrente de salmonelle sur le site de Craon, Lactalis a finalement annoncé la fermeture définitive de la tour de séchage. Une solution radicale, particulièrement rare, et qui va avoir des conséquences financières et sociales importantes. Et qui n’est pas à la portée de tous les opérateurs. Lactalis s’engage à offrir un programme de mobilité aux salariés concernés par la fermeture de la tour de séchage, en leur proposant des postes sur d’autres sites pas trop éloignés de Craon. Le coût global de la crise, dans sa globalité, est estimé par l’entreprise à plusieurs centaines de millions d’euros.
Quel avenir pour les produits français à l’export ?
L’impact sur les marchés extérieurs est encore difficile à évaluer, mais il est pris en compte par Lactalis. « Cette affaire peut aussi nous coûter l’agrément à l’exportation sur une période qu’on ne peut pas estimer », affirmait Emmanuel Besnier le 1er février. La filière française de la nutrition infantile est considérée comme particulièrement fiable, avec une réglementation parmi « l’une des plus exigeantes avec celle du Japon », comme le rappelle Emmanuel Vasseneix.
Damien Lacombe reconnaît que les correspondants de la filière en Asie attestent d’un questionnement des opérateurs locaux sur cette question. « Sur le long terme, je suis persuadé que la filière française doit faire de la sécurité sanitaire un atout », se basant sur la réaction très ferme des autorités qui vient prouver l’exigence de la réglementation française.
Plusieurs industriels exportent leurs produits de nutrition infantile vers l’Asie, et certains ont même créé dans l’Hexagone des équipements dédiés à ce marché comme Synutra à Carhaix, les Maîtres laitiers du Cotentin à Méautis ou encore Laïta à Créhen. Les produits français jouissent, en Chine particulièrement, d’une réputation solide contrairement aux produits élaborés localement. Parmi les produits laitiers, le lait infantile est l’activité qui permet de dégager le plus de valeur ajoutée. Lacatalis a d’ailleurs exclu formellement de quitter le marché de la nutrition infantile en dépit d’une réduction de sa capacité de production liée à l’arrêt définitif de la tour de séchage numéro un de Craon et de l’arrêt ponctuel de la tour numéro deux. L’entreprise élabore actuellement un plan de redémarrage des équipements et un projet de construction d’une nouvelle installation de lait infantile à Craon.