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Boris Ravignon, président de l’Ademe « L’affichage environnemental ne nuira pas au bio »

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Récemment nommé à la tête de l’agence de la transition écologique (Ademe), Boris Ravignon détaille pour Agra Presse les travaux en cours sur l’affichage environnemental. Il assure que les modes de production dont les résultats environnementaux sont reconnus, comme le bio, seront valorisés.

 

Quelles sont les missions de l’Ademe dans le secteur agricole ?

Les points de rencontre entre notre agence et l’agriculture sont nombreux. En matière de transition écologique, nous voulons tout d’abord apporter de la visibilité sur le long terme, pour faciliter l’atteinte des grands objectifs nationaux en matière d’émissions par exemple. Un exercice que nous avons mené avec nos scénarios de transitions à 2050 dévoilés l’année dernière.

Nous avons aussi un rôle en matière de consommation, non seulement d’énergie mais également d’alimentation. C’est dans ce cadre que nous travaillons sur le gaspillage alimentaire et sur l’affichage environnemental, pour donner au consommateur des informations sur les conséquences de ses achats.

Parmi nos missions historiques, nous essayons aussi d’assurer un bouclage des cycles énergétiques. Nous soutenons à ce titre la méthanisation, ou encore l’agrivoltaïsme. La loi ENR a d’ailleurs retenu la définition de l’agrivoltaïsme sur laquelle nous avions travaillé, et nous nous en félicitons. Nous animerons par la suite un observatoire avec l’Inrae, pour s’assurer que la réalité sera conforme aux dispositions du texte.

En tant que maire et élu à la région Grand Est, avez-vous dans vos précédents mandats travaillé sur les sujets agricoles ?

J’ai en tout cas beaucoup travaillé sur les sujets de bioéconomie, qui visent à substituer les énergies fossiles par des produits dérivés de la biomasse, et dans lesquels l’agriculture joue un rôle clé. Nous avons par exemple, dans la région, des plateformes de production de biocarburant, comme celle de Bazincourt. Je crois qu’il y a encore des choses intéressantes à aller chercher de ce côté pour équilibrer le mix énergétique. À Saint-Avold, une ancienne plateforme de pétrochimie a également été transformée pour accueillir des activités de biochimie dans le cadre du projet Chemesis. On assiste à un véritable renouvellement de nos pratiques industrielles.

L’un de vos scénarios de transition les plus ambitieux mise sur une baisse de 50 % de la consommation moyenne de viande, en parallèle d’une réduction de 60 % du cheptel bovin allaitant. Malgré les consensus, pourquoi la réduction des produits animaux ne se traduit-elle pas encore dans nos assiettes ?

Bien sûr, certains de nos messages suscitent du débat. Mais lorsqu’Interbev lance une campagne sous le slogan « aimez la viande, mangez-en mieux », elle partage exactement le message que nous portons depuis des années. Mangez local et de saison, privilégiez le bœuf français au bœuf argentin, ajoutez plus de protéines végétales dans vos assiettes….

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Le consommateur doit être attentif à la provenance des produits, à leur mode de production, et nous devons participer à ces explications sur la qualité. Beaucoup d’autres acteurs qu’Interbev reprennent eux aussi ce discours. Nous devons donc poursuivre les discussions, mais la volonté de relocaliser un certain nombre de productions ne peut que rencontrer l’approbation des filières françaises.

Les acteurs du secteur bio, et notamment l’Itab, se sont montrés très critiques sur vos travaux en matière d’affichage environnemental. Pourra-t-on ou non discriminer un même produit par rapport à deux cahiers des charges différents dès les premières versions ?

Notre volonté est de trouver une méthodologie qui traduise les bienfaits et les impacts des différentes productions. L’agriculture biologique est un secteur clé dans la transition que nous devons accomplir, et nous ne voulons pas que l’affichage environnemental nuise à ce type de production dont les bienfaits sont reconnus.

Lors d’un prochain rendez-vous fin mars, nous dévoilerons nos premiers résultats, qui proposeront donc bien en principe une différence au sein de chaque catégorie. Ce qui nous importe avant tout, c’est d’avoir la bonne hiérarchie par rapport aux effets environnementaux, et permettre aux consommateurs de faire des comparaisons. L’objectif, tel que nous a rappelé la secrétaire d’Etat Bérangère Couillard, est d’atterrir d’ici la fin de l’année.

N'avez-vous pas peur que la diffusion du Planet score auprès des industriels puisse remettre en cause l’affichage public national que vous portez ?

Encore une fois, nous comprenons les préoccupations des acteurs qui veulent que l’agriculture biologique soit correctement traitée. Ce que nous ne comprenons pas, en revanche, ce sont les modalités qui consisteraient à créer, à côté de l’initiative publique, un « bidule » qui risquerait de créer du doute, et des tensions. Car l’Itab n’a pas l’air de vouloir aujourd’hui communiquer sur ses modalités de calculs. L’affichage environnemental public sur lequel nous travaillons sera en revanche fondé sur une base de données en open source, avec une méthodologie transparente, sans coefficients cachés.  

À ce stade, en tout cas, il n’y a rien d’irrémédiable. Je souhaite que nous puissions tous nous retrouver autour de la table, l’Itab comme les autres. L’expérimentation a prouvé qu’un affichage environnemental était possible. L’enjeu désormais est de proposer une méthode assumée par les pouvoirs publics pour éviter une jungle de dispositifs d’information, avec un dispositif simple.

L’agriculture biologique est un secteur clé dans la transition