L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), et son homologue environnementale (Afsse), ont publié le 5 avril les conclusions d’une étude évaluant les risques pour la santé humaine de l’exposition au fipronil, une substance chimique insecticide. Tout en déplorant le caractère parcellaire des données scientifiques disponibles, les experts estiment qu’il n’existe pas de risque avéré pour la santé des adultes. Ils appellent à être attentif à l’exposition des enfants en bas âge et souhaitent la mise en place d’un suivi biologique des agriculteurs.
« Il n’y a pas actuellement d’élément indiquant que l’exposition au fipronil constitue un risque pour la santé de l’homme, dans les conditions d’emploi préconisées pour chaque type de produit». C’est l’une des principales conclusions du travail d’expertise diffusé le 5 avril par l’Afssa et l’Afsse en réponse à une saisine interministérielle. Cette saisine ne portait que sur la santé de l’homme, ce qui explique que les éventuels effets du fipronil sur les insectes – et particulièrement sur les abeilles – n’ont pas été étudiés dans le rapport Concernant les effets éventuels du fipronil sur la faune et la flore, l’enquête multifactorielle lancée en 2002 par l’Afssa (Sophia-Antipolis) en liaison avec le ministère de l’Agriculture (DGAL) doit s’achever fin 2005.. Les scientifiques se sont penchés sur les différentes sources d’exposition au fipronil : les produits phytosanitaires, les biocides et les traitements antiparasitaires des animaux domestiques. Le document précise que la population est surtout susceptible d’être exposée par voie alimentaire via la consommation de denrées contenant des résidus de fipronil. Or, si la conclusion générale de l’expertise paraît plutôt rassurante, elle n’empêche pas moins les scientifiques d’attirer l’attention sur plusieurs points.
Un transfert important dans les œufs
Tout d’abord, l’Afssa fait savoir que pour l’enfant en bas âge fort consommateur de lait, l’exposition théorique peut – dans certains scénarios – dépasser la dose journalière admissible (DJA). L’agence tempère elle-même l’affirmation en expliquant que les tests effectués sur une quarantaine de laits de consommation courante montrent un niveau de résidus « très inférieur » à la valeur maximale théorique utilisée dans la modélisation. De plus, le taux de transfert du fipronil (ou de ses métabolites) dans le lait est qualifié de « faible » (étude chez la chèvre). Par contre, il est « important » dans les œufs, selon les expérimentations menées chez la poule pondeuse. Les scientifiques recommandent au final de « rester vigilant » sur d’éventuelles extensions d’usage du fipronil, à l’issue de sa ré-évaluation européenne actuellement en cours. Cette évaluation bruxelloise ne considère en effet que les seuls usages maïs et tournesol.
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Suivi biologique pour les agriculteurs
Pour ce qui est des éventuels effets sur la thyroïde, le groupe d’experts ne trouve actuellement aucun élément inquiétant dans la littérature scientifique, mais il n’en demande pas moins la réalisation d’études complémentaires « afin d’écarter avec un niveau de certitude suffisant un éventuel effet à long terme sur le taux d’hormones thyroïdiennes ». Et c’est d’ailleurs une critique constante du rapport : l’insuffisance de données scientifiques disponibles. « Dans le cas du fipronil, il n’existe pas de marqueur biologique validé pouvant être utilisé pour estimer l’exposition de la population générale », écrivent les scientifiques. La critique vaut pour la contamination des aliments, mais également pour ceux qui manipulent ces produits, au premier rang desquels les agriculteurs : sur ce point, les scientifiques de l’Afssa et de l’Afsse appellent à la mise en place d’une surveillance biologique des agriculteurs, du type de celle effectuée chez les professionnels des usines de production et de traitement de semences. Pour ce qui est de la situation actuelle, le groupe d’experts juge le risque « acceptable » pour les conditions d’utilisation en France, « seulement si les travailleurs portent les équipements de protection ». (oib)