L’Association générale des producteurs de blé (AGPB) a proposé le 2 février d’améliorer les outils de gestion des risques climatiques et économiques, après une année 2016 où « trois quarts des exploitations céréalières auront un revenu négatif » lié à une moisson catastrophique. Cela passe par les aides directes, l’épargne et les assurances.
« Il faut remettre en place des outils de gestion des risques performants », a déclaré le président Philippe Pinta, lors d’une présentation à la presse de son congrès les 8 et 9 février à Orléans (Loiret). « L’objectif est de recréer de la visibilité, c’est une nécessité pour continuer à inventer, investir, innover dans un environnement de plus en plus incertain. »
Une succession de mauvaises années
Les céréaliers ont connu une mauvaise récolte l’an dernier, qui justifie selon eux d’améliorer les outils de gestion des risques climatiques et économiques. A une chute des rendements se sont ajoutés des prix bas, une mauvaise qualité générant des moins-values, ont-ils expliqué. L’AGPB estime que les pertes de chiffre d’affaires peuvent dépasser 700 euros de l’hectare, entraînant un manque à gagner de 25 à 30 000 euros par exploitation en moyenne. « En 2016, les trois quarts des exploitations céréalières auront un revenu négatif » après cotisations sociales et hors rémunération, a indiqué Philippe Pinta. Cela après trois années « 2013, 2014 et 2015 où le revenu disponible de 40 % des exploitations était dans le rouge ».
Après avoir rappelé le plan d’urgence Céréales mis en place par le gouvernement en octobre sur proposition notamment, de l’AGPB, Philippe Pinta a tiré la sonnette d’alarme : selon lui, le cautionnement public des prêts bancaires aux agriculteurs « fonctionne très, très mal » et « très peu de dossiers sont acceptés » à la banque publique BPIfrance. Il a réitéré sa demande au ministre de l’Agriculture d’obtenir de Bruxelles un soutien exceptionnel pour les céréaliers français. « Certains ne passeront le cap que si nous avons une aide de l’UE. Sans enveloppe de Bruxelles, la situation sera très difficile pour la prochaine moisson et au-delà », a-t-il appuyé.
Les quatre outils proposés
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Philippe Pinta a exposé sa vision de la gestion des risques autour de quatre outils, dans la perspective notamment de la prochaine Pac en cours d’élaboration : le maintien d’une aide directe « conséquente et simplifiée », la constitution d’une épargne de précaution contracyclique individuelle, une assurance climatique « plus efficace et largement répandue », une assurance chiffre d’affaires « à choix individuel avec un financement privé ».
La DPA (Dotation pour aléas) actuelle ne satisfait pas les céréaliers, qui réclament un dispositif « pas aussi bridé ». 11 000 agriculteurs l’ont utilisé, selon l’AGPB. Elle propose à la place un compte épargne. L’idée est que le producteur puisse y consacrer l’argent voulu, en ressortant les sommes librement. « On ne veut pas de plafond annuel », a précisé Philippe Pinta.
D’après l’AGPB, seulement 26 % des surfaces de grandes cultures sont assurées actuellement. « Il y a une défiance par rapport au contrat socle : d’une subvention européenne promise à 65 %, cela peut tomber à 50 % », a déploré Philippe Pinta. Son objectif est de monter à trois quarts des surfaces assurées. Le seuil et les franchises des contrats d’assurance sont d’après lui « beaucoup trop élevés ». Actuellement à 30 %, l’AGPB souhaiterait qu’ils soient ramenés à 20 %, pour motiver davantage de céréaliers. « En 40 ans, je n’ai jamais déclenché (mon assurance), à part cette année », a déclaré le vice-président Rémi Haquin, céréalier dans le sud de l’Oise.
« Recréer de la visibilité est nécessaire dans un environnement de plus en plus incertain »