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Véronique Le Floc’h, nouvelle présidente de la Coordination rurale « L’agriculteur doit retrouver son autonomie »

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Eleveuse laitière du Finistère, Véronique Le Floc’h vient d’être élue présidente de la Coordination rurale dans des conditions très particulières. Elle revient sur la plainte dont elle a fait l’objet en juin et le départ de deux dirigeants du syndicat suite à son élection. Malgré cette affaire, Véronique Le Floc’h veut se situer « dans la continuité » idéologique de ses prédécesseurs. Sur la méthode, elle souhaite que le syndicat « retourne sur le terrain ».

Dans quelles conditions vous êtes-vous engagée à la Coordination rurale ?

Je suis fille d’agriculteurs, j’ai une formation agricole, d’ingénieur agricole, et j’ai démarré comme banquière. Un jour j’ai repéré une ferme à vendre, proche de l’exploitation familiale. Le syndicalisme majoritaire m’a dissuadé de la racheter, j’ai subi des pressions, mais j’ai reçu le soutien de la Coordination rurale. Je les ai ensuite rejoints, et soutenus durant la crise du lait de 2009. Pour une manifestation de l’EMB à Strasbourg, j’ai organisé un déplacement en car et l’ai fait financer par un distributeur. Je me suis ensuite engagée dans le suivi de la Sodiaal, dont j’étais adhérente, j’ai été nommé à l’OPL (section laitière de la CR) en 2013, puis François Lucas m’a sollicitée pour devenir secrétaire générale de la CR en 2016.

Sur le fond, mon idée était, et est toujours, de défendre les agriculteurs dans leurs droits, et notamment pour des prix rémunérateurs, pas ceux de la FNSEA ou de la Confédération paysanne. J’ai beaucoup travaillé sur les coopératives. Après la Sodiaal, j’ai aussi étudié Agrial, Terrena, Innoval, Axereal, un peu Tereos. Je le fais parce que les coopératives nous appartiennent. On me demande souvent pourquoi je ne deviens pas administratrice ? Parce que c’est fermé. Les administrateurs sont souvent choisis et cooptés. L’engagement dans un syndicat est différent, permet de peser et d’être écouté.

Vous venez d’être élue dans des conditions très singulières, puisque votre propre syndicat avait annoncé porté plainte contre vous en juin pour sur-déclaration de rendez-vous syndicaux donnant droit à une aide au recours au service de remplacement. Le d.g et la Daf ont annoncé qu’ils allaient partir suite à votre élection.

Ils ont toujours dit qu’ils ne pourraient pas travailler avec moi. Je suis une perfectionniste, et j’écris beaucoup de choses moi-même, c’est peut-être ça qui dérangeait. C’est peut-être une affaire de personne, je ne me l’explique pas. Mais ça reste un poids, cela fait trois ans que cela dure, que les relations sont compliquées, j’en ai parfois pleuré. Mais cela n’arrête pas mon combat, je le veux intense, efficace. Je veux avoir la fierté du résultat, pour la nouvelle équipe et pour moi.

Concernant la plainte, si elle existe, j’en attends toujours le justificatif de dépôt. Il me semble que si plainte il devait y avoir, ce serait au service de remplacement de la déposer. Comment pourrait-il justifier 9 000 € de préjudices alors que j’ai toujours payé mes factures telles qu’elle ont été établies ! Et il aurait peut-être fallu réagir depuis 2016… Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage

Êtes-vous dans la continuité de vos prédécesseurs ?

S’il y a bien quelqu’un qui est dans la continuité, c’est moi. Durant la campagne, j’ai exprimé un programme en faveur d’une agriculture viable et vivable, qui permette à des jeunes de s’installer, et de ne pas laisser les rapaces de l’aval ou d’ailleurs s’accaparer notre capital, notamment foncier, et nous imposer des modèles de production qui nous privent de notre liberté à tout point de vue. Ces modèles d’asservissement des agriculteurs sont inacceptables.

La différence avec mon concurrent ou mes prédécesseurs, c’est peut-être que je suis dans la "compétition". Je suis une ancienne cycliste. Beaucoup de collègues attendaient une nouvelle dynamique, j’ai reçu beaucoup de soutien pour cela. D’ailleurs, le nouveau comité directeur est rajeuni et féminisé.

Comme beaucoup, j’ai des enfants, une famille. Et quand nos parents et nos grands-parents ont bossé pour développer une structure familiale, il est hors de question de la laisser filer entre les mains des industriels de l’agroalimentaire ou de financiers. Les réductions d’impôts offertes aux porteurs de parts de structures de portage comme Terrafine en Bretagne, sont inacceptables pour les agriculteurs qui n’en bénéficient pas ! Plutôt que la financiarisation de l’agriculture, j’ai des propositions pour permettre l’accès au foncier dès l’installation par exemple par des prêts de type "De Robien" adapté à cet objet.

N’oubliez pas que je suis une ancienne de la banque. La financiarisation, c’est par exemple une structure de portage comme Terrafine en Bretagne, qui permet à des porteurs de parts d’avoir des réductions d’impôts. Il faudrait aussi pouvoir se retourner juridiquement contre les personnes morales ou physiques qui pousseraient les agriculteurs au suicide, contre par exemple les coopératives qui transfèrent les dettes clients en haut de leur bilan. C’est du vol !

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Toutes ces formes d’accaparement de l’outil des agriculteurs qui travaillent, je ne les supporte plus. De la même manière, le soutien abusif de la part de certains partenaires, qui en auront bien profité, doit être condamnable et condamné lorsqu’il conduit à des procédures collectives, jusqu’à des liquidations.

Quel est votre rapport avec François Lucas, figure tutélaire de la Coordination rurale, et perçu comme le garant d’une certaine continuité ?

Il avait annoncé qu’à l’occasion de la prochaine élection, il pourrait se mettre en retrait. La roue tourne. C’est aussi aux "héritiers" de continuer le combat.

Le slogan de la CR, c’est "des prix, pas des primes". Est-ce toujours le cas ? Vous semblez plus ouverts ces dernières années aux aides environnementales.

Je pense que le slogan est toujours d’actualité. Les aides Pac ont été créées comme une assurance revenu. Et aujourd’hui on y inclut d’autres enjeux qui devraient être optionnels et dépendre du ministère de la Transition écologique. On ne demande pas aux bénéficiaires du RSA de la conditionnalité environnementale !

Les aides de la Pac sont des aides compensatoires, qui visaient à ouvrir le marché agricole. C’est cette vocation exportatrice que la CR ne suivait pas. Avec des prix maintenus bas, les industriels ont capté une partie de ces aides. Il nous faut donc lutter contre les industriels qui jouent le moins disant.

D’aucuns disent que vous vous rapprochez idéologiquement de la FNSEA, que vous êtes moins radicaux qu’avant.

Est-ce que ce ne serait pas la FNSEA qui se serait rapprochée des idées de la CR ? Je ne sais pas. Mais c’est pour cela qu’il faut donner un coup de volant, retourner sur le terrain, faire ce que l’on sait faire. Nous ne sommes pas le syndicat de la cogestion, nous ne faisons pas partie du Copa-Cogeca.

Nous nous distinguons clairement de la FNSEA en nous opposant par exemple à la multiplication des labels et des cahiers des charges qui retirent à l’agriculteur son autonomie. Nous ne devons pas aller vers une production intégrée. En production laitière, quand la FNPL proposait des organisations de producteurs (OP) par laiteries, verticales, nous avons proposé des OP transversales. Notre objectif est d’aider l’agriculteur à retrouver son autonomie.

« S’il y a bien quelqu’un qui est dans la continuité, c’est moi »

« On ne demande pas aux bénéficiaires du RSA de la conditionnalité environnementale ! »

Coordination rurale : départ du d.g. et de la directrice administrative et financière

À la suite de l’élection de Véronique Le Floc’h en tant que présidente de la Coordination rurale, le 8 décembre au Puy-du-Fou, le directeur général du syndicat Alain Combres et la directrice administrative et financière Claire Lecuir s’apprêtent à quitter leurs fonctions, confirment les intéressés auprès d’Agra Presse. Les ruptures conventionnelles prévoient la fin de leurs contrats respectifs au 31 décembre et au 31 janvier. Sous la présidence de l’agriculteur gersois Bernard Lannes, Alain Combres assurait la direction générale de la Coordination rurale depuis 2010, après avoir été directeur de cabinet de la mairie de Castanet-Tolosan (Haute-Garonne) pendant six ans. Claire Lecuir était chargée de la direction administrative et financière depuis 2012. Bernard Lannes n’ayant pas déposé sa candidature pour un cinquième mandat, Véronique Le Floc’h et François Walraet briguaient le poste. C’est finalement la productrice de lait bretonne qui s’est imposée, alors que celle-ci a fait l’objet en juin d’une plainte de la Coordination rurale pour « escroquerie » au service de remplacement. (Bérengère Bosi)