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Emploi L’agriculture au secours du marché du travail d’ici 2050

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Il faudra créer 3,3 milliards d’emplois au niveau mondial d’ici 2050, indiquaient les organisateurs du colloque « Évolution du marché international du travail, impacts des exclusions paysannes », le 16 octobre. Selon les intervenants, la perte d’emplois en agriculture constituerait un flux majeur de chômeurs dans les prochaines années. S’il faut créer des emplois dans de nouveaux secteurs, il est indispensable de limiter la perte d’emplois agricoles à l’échelle mondiale, ont insisté les participants.

«Deux scénarios s’offrent à nous, un libéral et un autre plus autocentré », a déclaré Michel Griffon, conseiller scientifique de l’Agence nationale de recherche, au sujet du régime de régulation des échanges agricoles dans le futur. Il s’exprimait le 16 octobre lors d’un colloque intitulé Évolution du marché international du travail, impacts des exclusions paysannes, organisé par le Gret, le Cirad, le Conseil économique et social et l’Agence française de développement. D’après lui, sur l’emploi agricole, la voie libérale aboutirait à la création d’une masse d’agriculteurs pauvres, peu enclins à rester dans le secteur. Par ailleurs, « l’autocentrage », plus protectionniste, engendrerait davantage de contrôle social de la démographie et de l’emploi. Pour Michel Griffon, une voie intermédiaire, qui aboutirait au maintien d’une agriculture familiale qui alimenterait les marchés locaux, serait préférable, même si, selon lui, dans les trois scénarios la pauvreté des actifs agricoles demeure.
 
Rémunérer la valeur travail en agriculture
« Dans les trois scénarios exposés, les agriculteurs restent pauvres », déplorait Michel Griffon. Selon lui, « l’équation à résoudre est complexe ». Il faut d’abord augmenter les rendements à l’hectare car les ressources en terres sont limitées, tout en respectant l’environnement et en s’adaptant au changement climatique. De plus, pour maintenir l’emploi agricole, il faut utiliser davantage de main d’œuvre au lieu d’alourdir la mécanisation. Enfin, il faudra adopter des techniques agricoles productives à faibles coûts, a souligné Michel Griffon. Pour Hubert Cochet, professeur d’agriculture comparée à AgroParisTech, « pour développer une agriculture mondiale moins dépendante aux énergies fossiles, il faut d’abord conserver les emplois en agriculture ». Il opposait ainsi la notion d’intensité capitalistique de l’agriculture augmentant la productivité, mais engendrant « une hémorragie des emplois agricoles », à celle d’une rémunération attractive et décente du travail agricole. Cependant, pour que l’emploi soit conservé, Hubert Cochet a indiqué qu’il fallait veiller à ce que les agriculteurs aient accès aux ressources que sont le sol, l’eau et les moyens de production. « La mécanisation doit augmenter la productivité sans nuire au travail », a-t-il insisté. Mais Hubert Cochet a souligné qu’il fallait parallèlement protéger les prix agricoles et revaloriser le travail des agriculteurs pour conserver l’emploi en agriculture.
 
Des politiques de soutien à une agriculture peu coûteuse
« Partout où l’agriculture s’est développée, il y a eu une volonté politique forte de soutien aux agriculteurs », soulignait Mamadou Cissokho, président honoraire du Réseau des organisations paysannes et de producteurs d’Afrique de l’Ouest (Roppa). Rappelant qu’en Afrique de l’Ouest, 33% du produit intérieur brut étaient générés par l’agriculture familiale, Mamadou Cissokho a demandé aux États de la zone de le reconnaître. Au-delà d’un soutien public aux revenus des agriculteurs dans les pays en développement, les intervenants ont souligné l’importance d’un appui à une agriculture peu coûteuse en intrants, rémunérant le travail des producteurs, et permettant une durabilité des productions. Pour Michel Griffon, « il n’y a pas d’autre issue que d’utiliser intensivement les fonctionnalités écologiques de l’agriculture ». « Dans la nature, ces systèmes de production sont intégrés et font preuve de niveaux de productivité meilleurs qu’en conventionnel », a insisté Michel Griffon. Cependant, il a indiqué que, « se référer à l’agro-écologie n’empêchait pas d’utiliser des technologies conventionnelles ». Selon lui, « si elles ne sont pas la solution miracle », ces nouvelles techniques sont adoptées en Europe et dans les pays en développement chez les agriculteurs innovants. « L’enjeu est désormais de connecter la recherche agricole à une approche ascendante, inspirée par les innovations paysannes, et non plus dans la seule approche descendante » ne prenant pas toujours en compte les besoins des agriculteurs, a conclu Michel Griffon.

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