En plus des dizaines de milliers de morts, et des millions de déplacés, la guerre en Ukraine a aussi porté un coup d’arrêt au développement de la jeune filière biologique dans le pays. Alors que la guerre illustre les dépendances du conventionnel sur les pesticides et les intrants, les organisations bio veulent croire à un après-guerre plus écologique.
« Après la guerre, il y aura de nouvelles opportunités, et le modèle agricole intensif devra changer. » À la cité du vin de Bordeaux, en marge du congrès européen de la bio, Kateryna Shor, coordinatrice de l’association internationale Ifoam en Ukraine, veut croire à de meilleurs lendemains. Mais pour l’heure, la guerre continue dans son pays, et l’agriculture biologique n’est pas épargnée par tous les maux qui touchent les producteurs conventionnels. Près de 20 % des 460 000 hectares certifiés ou en conversion à l’agriculture biologique auraient été notamment été perdus aux forces russes. Et comme en conventionnel, l’impossibilité de trouver du carburant commence à inquiéter pour les récoltes qui commencent.
Autant de marchandises que les producteurs ne sont d’ailleurs même pas certains de pouvoir vendre. « Tous les ports sont bloqués, et certains opérateurs ont perdu les produits qui étaient prêts à être exportés », rappelle Kateryna Shor. Car malgré son importance limitée en Ukraine, environ 1 % d’une SAU totale de 40 Mha, l’agriculture biologique était déjà tournée vers l’international. Valeur totale des exports en 2020 : environ 200 M de dollars. « Principalement du maïs, des céréales et du soja à destination de l’alimentation animale », rappelle Eugene Milovanov, président de la fédération des producteurs biologiques d’Ukraine.
Soutien aux intrants ukrainiens
Avec la guerre lancée par la Russie, au moins 30 % des opérateurs de la filière biologique auraient suspendu leurs activités. « Nous devons assurer la continuité pour les producteurs qui étaient en conversion, et qui risquent de devoir tout reprendre à zéro », prévient Eugene Milovanov, président de la fédération des producteurs biologiques d’Ukraine.
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Il le répète : avec cette guerre, « le débat entre agriculture conventionnelle et biologique est malvenu ». Lorsque nous l’interrogeons, il précise cependant que les producteurs biologiques sont épargnés par certains problèmes de leurs collègues conventionnels, qui ont notamment du mal à se procurer du glyphosate. Peu de problèmes en revanche pour l’heure à se procurer les engrais, que l’Ukraine sait produire.
C’est même un appel qu’il souhaite passer aux producteurs français et européens : « La coopération n’est pas le seul moyen d’aider l’Ukraine, vous pouvez aussi acheter les intrants homologués pour l’agriculture biologique que nous fabriquons. » Parmi les entreprises les plus connues : BTU, qui fabrique des biostimulants, ou Hermes Agrofirm LLC, qui propose des engrais organiques.