Les élections régionales des 6 et 13 décembre constitueront un moment fort pour l’agriculture, mais sous un angle très environnemental. De fait, les futurs conseillers régionaux auront une grosse responsabilité en ce qui concerne l’orientation agricole, gérant une partie des fonds européens, ceux du second piler de la Pac, ou mesures agro-environnementales. Pour cette raison, ou tout simplement parce que la région est au centre de problématiques écologiques, les partis, quand ils abordent la question agricole, se déterminent fortement en fonction de la question de l’écologie. Ou d’enjeux connexes comme les circuits courts.
Le PS « à l’avant-garde des enjeux écologiques de la Cop 21 »
Le Parti socialiste se positionne « à l’avant-garde des enjeux de la Cop 21 » dans ses propositions nationales pour la campagne des régionales. Revendiquant l’« excellence écologique », le PS avance trois mesures parmi lesquelles l’amélioration de la qualité de l’alimentation dans les cantines scolaires et un plan anti-pollution pour lutter contre les gaz à effet de serre.
Marc-Antoine Jamet, premier secrétaire fédéral de l’Eure, a souligné le 21 octobre en conférence de presse l’importance de l’écologie dans le projet socialiste : « C’est d’apporter le plus que nous pouvons des produits bio, des produits de saison, des produits locaux, qui favorisent à la fois le développement durable et l’économie circulaire, et qui favorisent l’emploi et la diversité des productions dans chacune de nos régions », a-t-il déclaré. Et de se prononcer en faveur d’une arrivée des produits bio « massivement dans les cantines scolaires », y voyant un « combat pour la santé ». Marc-Antoine Jamet a par ailleurs défendu l’accès de tous aux cantines, une mesure « contre l’exclusion d’enfants qui ne trouvent déjà pas une alimentation normale et saine chez eux toujours ».
La feuille de route du Parti socialiste prévoit aussi d’améliorer la qualité de l’air et de l’eau « pour préserver la santé de tous, en particulier la santé de nos enfants ». Marc-Antoine Jamet a souligné les « difficultés à se soigner dans les villes et villages qui seraient frappés par ces pollutions » de l’atmosphère et des nappes.
Les Républicains : « Un plan stratégique d’investissement pour accroître la productivité des exploitations ».
Chez les Républicains, les directives nationales en matière agricole ne sont pas encore finalisées. Il faudra attendre la convention sur l’agriculture et la ruralité du 18 novembre pour qu’elles le soient. Certains candidats ont cependant déjà pris les devants. C’est le cas par exemple de Philippe Richert, candidat en Alsace, Champagne-Ardenne, Lorraine, qui propose un « Pacte pour l’agriculture » mettant en œuvre « des politiques publiques fondées sur une obligation de résultats et non sur une obligation de moyens entraînant blocages et pesanteurs ».
Xavier Bertrand, candidat pour la région Nord-Pas-de-Calais Picardie, présente un programme de « soutien à la filière agricole » qui doit d’abord mettre fin à l’ajout de normes régionales « aux normes nationales, alors même que la France a tendance à rajouter des normes par rapport aux exigences européennes ». À court terme, il propose des avances sur trésorerie aux exploitations pour « faire face à l’urgence des charges ». Comme la plupart de ses concurrents, Xavier Bertrand veut également renforcer les filières courtes et l’approvisionnement local.
À moyen terme, il souhaite « assurer la bonne utilisation des aides européennes ». Son but : élaborer « un plan stratégique d’investissement pour accroître la productivité des exploitations ». Il déplore que la région Picardie ait « conditionné ses aides à la limitation de la taille des exploitations » et souhaite au contraire leur laisser « la capacité de s’agrandir ». Par ailleurs, il prend le contre-pied des Verts, allant jusqu’à dénoncer le sacrifice de l’agriculture « sur l’autel de l’idéologie verte » : il critique le fait que seuls « ceux qui produisent du bio sont aidés » et des Schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE) qui constituent « une entrave pour l’agriculture ». « Je supprimerai les SRCE […] imposés par les Verts », s’engage-t-il. Pour l’élevage, Xavier Bertrand propose de financer les mises aux normes et de faciliter les projets de méthanisation.
Élections régionales : EELV promet du bio, du bio et encore du bio
L’agriculture bio est la priorité du parti des Verts. Françoise Coutant, tête de liste EELV (Europe écologie Les Verts) en Poitou-Charentes-Limousin-Aquitaine (première nouvelle région agricole de France), insiste : « 20 % du budget agricole seront destinés à la conversion en agriculture bio ». Elle ajoute : « Dans dix ans, 50 % des agriculteurs seront partis à la retraite. On veut aussi mettre le paquet sur les installations. » Les promesses des Verts sont encore plus audacieuses à l’échelle nationale. Mathilde Théry donne le mot d’ordre pour les élections régionales : « Notre objectif est de rééquilibrer les budgets. Pour un euro investi dans le conventionnel, ce sera un euro investi dans l’agriculture bio ». Françoise Coutant précise : « Le budget agricole de la Région, c’est essentiellement le Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural). » Ce budget est bouclé pour la période 2014-2020. La marge de manœuvre portera donc seulement sur la distribution du budget. Selon les Verts, l’agriculture conventionnelle est, pour l’heure, la principale bénéficiaire. Les Verts seront donc amenés à diminuer les financements pour l’agriculture conventionnelle pour augmenter ceux de l’agriculture bio. Par ailleurs, Françoise Coutant a l’intention de s’aider du réseau des GAB (groupements d’agriculture bio), mais pas seulement : « Bien sûr, on ne pourra rien faire sans les chambres d’agriculture. » En aval, les Verts défendent l’approvisionnement local et bio des restaurants collectifs. Ces derniers ne seront pas les seuls débouchés des productions agricoles. « Nous ne voulons pas exclure l’industrie agroalimentaire », précise Mathilde Théry. En région, Françoise Coutant ajoute : « L’industrie alimentaire ? Pourquoi pas, mais avec la qualité. » L’idée est de relocaliser les emplois de la transformation agricole dans les territoires.
PCF/Front de gauche : pour un approvisionnement local des collectivités
Le Parti communiste français (PCF) et le Front de gauche veulent rendre accessible l’alimentation au consommateur tout en sécurisant le débouché du producteur. Pour cela, « pas besoin d’un catalogue de mesures à la Prévert, nous avons quelques propositions », déclare Xavier Compain, responsable de l’agriculture et de la pêche pour le PCF et le Front de gauche, et tête de liste de ce dernier en Bretagne… et éleveur breton de bovins-viande.
Parmi les propositions, l’une consiste à organiser, à partir des conseils régionaux, l’approvisionnement alimentaire des cantines scolaires et restaurants d’entreprise, auprès des exploitations agricoles de la région ou des régions limitrophes. En retour, les conseils régionaux auront pour mission d’installer en priorité des exploitants fournissant les cantines scolaires et restaurants d’entreprise, à travers un « schéma foncier régional ». « Vu le nombre de terres agricoles qui se libèrent, il n’est pas impensable de préempter 50 à 100 hectares à proximité des lieux de consommation », estime Xavier Compain.
Par ailleurs, le PCF tient à une mesure « qui est proposée par la base » : « Au lieu d’engraisser des firmes, la certification pour les labels ou le bio, etc., serait assurée par des agents de la région ».
Du côté de la transformation, les industriels seraient tenus de s’approvisionner en partie localement. Une façon de compenser le fait que, dans la pratique, les grands industriels, « exercent le chantage à l’emploi en menaçant de licencier des milliers de salariés pour toucher de l’argent public ».
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Le Front national promet moins d’écologie, moins de normes et plus d’aides
Pas question pour le parti qui prône la sortie de l’Union européenne et la mise en place d’une Politique agricole française (PAF) de priver des subsides de l’Europe les régions qu’il viendrait à remporter. « On s’adapte en attendant de prendre le pouvoir », justifie Philippe Loiseau. Pour le député européen frontiste, tête de liste dans la région Centre-Val de Loire, l’application française du Feader comprend une part trop importante dédiée à « l’écologie » : « 60 % du montant sont consacrés à l’écologie, et seulement un quart est consacré à la compétitivité, estime l’élu, par ailleurs agriculteur. Je ne suis pas contre l’écologie, mais qu’est-ce qu’il y a d’agricole dans cette politique ? On voit bien l’influence des Verts ». Fort de ce constat, le FN plaide pour une augmentation des crédits régionaux alloués à « l’agriculture » dans le cadre du Feader : « Ils doivent être multipliés au moins par cinq dans ma région », détaille le député. Par ailleurs, le parti ne veut pas diminuer les aides bio, mais il veut mettre en avant les circuits courts et les « productions fermières locales ». Il promet de rembourser intégralement les frais liés aux mises aux normes et d’instaurer un « bureau des normes » dans chaque région où il serait élu, « afin de lutter contre les réglementations abusives et faire remonter les dossiers au niveau européen ».
Debout la France : « Garder nos agriculteurs dans toutes les régions »
S’il est une grande revendication défendue par Anne Boissel, vice-présidente de Debout la France et tête de liste dans le Calvados, c’est de « garder nos agriculteurs dans toutes les régions ». Par quel moyen ? D’une part protéger les terres agricoles et éviter qu’elles ne rejoignent les surfaces urbaines. « Certains projets doivent être bloqués », affirme Anne Boissel, productrice de lait dans la Calvados. D’autre part, les régions doivent soutenir les initiatives qui permettent de renforcer l’autonomie des exploitations et notamment l’autonomie fourragère des élevages. Elles doivent aussi contribuer à simplifier les dossiers Pac afin que les agriculteurs ne soient pas pénalisés par la complexité. « On est aujourd’hui dans un grand flou artistique », regrette Anne Boissel. Tel est le cas des jeunes agriculteurs dont l’installation doit aussi être soutenue par les régions, comme elles peuvent le faire actuellement. Des exploitants qui devront ensuite avoir accès à des outils mis en place par les communes ou les intercommunalité, comme les centres de méthanisation qui doivent être financés par celles-ci. Un agriculteur seul, voire même à deux, n’a pas les moyens d’investir dans ce domaine, regrette-t-elle. Enfin, le rôle de la région est aussi de soutenir les initiatives en matière de filière courte et de vente directe aux restaurants collectifs des administrations notamment.
Pour autant, selon la vice-présidente de Debout la France, il n’est pas question de privilégier une forme d’agriculture plutôt qu’une autre. « Toutes doivent être soutenues », clame-t-elle. En ayant conscience des limites : les régions n’ont véritablement d’autonomie de décision que sur 10-15% des dépenses en faveur de l’agriculture. Le reste est décidé à Paris ou à Bruxelles.
Nouvelles régions : les syndicats font également leur mue
Depuis un conseil d’administration de juillet, la FNSEA est lancée dans un chantier d’adaptation de ses fédérations régionales (FRSEA) à la réforme territoriale : sept fusions à réaliser, soixante emplois en jeu. Les fusions se réalisent en deux temps : le volet « politique », puis le volet « administratif ». Aujourd’hui le volet politique est bien avancé. Des propositions communes ont été envoyées dans toutes les nouvelles régions. Six des sept nouvelles fédérations régionales ont été créées, la dernière a pris « un petit mois de retard », rapporte le secrétaire général de la FNSEA, Dominique Barrau. Dans ces six nouvelles fédérations, de nouveaux présidents ont été élus par les conseils d’administration : « Cela a représenté des discussions entre personnes, où il s’agissait surtout de répartition des dossiers », explique Dominique Barrau. Si le volet politique semble achevé, le chantier reste entier sur son volet « administratif » ; d’ailleurs, les anciennes régions continueront d’exister sur le papier jusqu’en 2017, date des prochaines élections de la FNSEA. Sur le terrain, il reste de nombreuses étapes à franchir avant de voir fonctionner les nouvelles fédérations : rapprochement des équipes, élaboration d’un budget commun… Chez les Jeunes agriculteurs, même chantier, avec un peu de retard également. « C’est en train de se faire, rapporte Jérémy Decerle, vice-président des Jeunes agriculteurs. Tout le monde ne sera pas prêt au 1er janvier 2016 ». Chez les jeunes également, il existe aussi des « enjeux au niveau salarial », constate-t-il. Des discussions ont lieu pour définir le devenir des « délégués », salariés des structures régionales. Côté politique, pas de conflit, assure Jérémy Decerle. Selon lui, la problématique des JA est plutôt de trouver des personnes motivées, que de résoudre des querelles de clocher.
Syndicats minoritaires, une présence discrète mais réelle dans les élections régionales
Face aux élections régionales, à la Coordination rurale (CR), Bernard Lannes, son président, estime que « la priorité, c’est le syndicalisme en s’arrêtant à la ferme ! On ne s’appelle pas Philippe Mangin ! ». Il ne connaît pas d’élus à la CR qui se présentent aux élections, même s’il en reconnaît l’importance pour l’évolution de l’agriculture. À l’entendre, il revendique une position syndicale forte de la part de ses élus plutôt qu’une possible entrée en politique. Rolland Pellenard, membre de la CR et ancien adhérent de la FNSEA, s’est occupé de monter le programme agricole du parti des Républicains en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Il est présent sur la liste. « Ils manquaient d’expertise agricole », estime-t-il. Guillaume Guérin, président de la fédération UMP de Haute-Vienne, est donc venu le chercher. Pour lui, « le syndicalisme à tous les niveaux a perdu son âme ». Il cite Xavier Beulin comme moteur de son changement syndical ; l’envie de conserver à la région Limousin une place dans les décisions régionales est à la source de son entrée en politique. « Face au poids des céréaliers de l’Aquitaine et des vignerons du Bordelais, où se situera l’élevage limousin ? », se justifie-t-il. Du côté de la Confédération paysanne, Judith Carmona a laissé son poste de secrétaire nationale en stand-by pour se présenter aux élections régionales du Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Elle fait partie de la liste du « Nouveau monde en commun » (Front de Gauche, Europe Écologie les verts…).
Elections régionales : la Fop définit ses priorités
La Fop (producteurs d’oléoprotéagineux) a dévoilé le 10 novembre ses priorités pour les régionales : impulsion de nouvelles dynamiques en favorisant l’investissement, la modernisation et l’innovation pour une agriculture compétitive ; soutien au plan protéines ; ouverture des MAEC (mesures agro-environnementales) grandes cultures « sur la base de critères réalistes et d’une rémunération juste » ; ouverture des engagements unitaires Irrig 04 et Irrig 05 dans les régions concernées ; liberté de choix des semences (variétés tolérantes aux herbicides) ; dialogue entre agriculteurs et apiculteurs ; pas de nouvelles normes et contraintes, de distorsions de concurrence entre producteurs français.