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Afdi L’agriculture familiale peut nourrir le monde

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Réunissant des agriculteurs européens et des pays du Sud, les rencontres internationales de l’Afdi (Agriculteurs français et développement international) se sont penchées sur l’agriculture familiale, les 14 et 15 novembre à Montpellier. Unanimement, les participants ont affirmé qu’il fallait défendre cette forme d’organisation, qui a un grand rôle à jouer dans l’alimentation mondiale.

Malmenée par les politiques internationales des bailleurs de fonds (Banque mondiale, Fonds monétaire international) au Sud, menacée par les restructurations pour cause de compétitivité au Nord, les agricultures familiales résistent pourtant tout autour du globe. Représentant 40% de la population active mondiale, les agriculteurs familiaux vont devoir participer, au premier chef, à nourrir une humanité à la démographie galopante.
Placée comme enjeu de l’année 2014 par la FAO, l’agriculture familiale était également le thème des rencontres internationales de l’Afdi (Agriculteurs français et développement international, une association agricole de coopération internationale membre de la FNSEA), qui se sont tenues les 14 et 15 novembre à Montpellier. « On associe souvent les agricultures familiales à des agricultures paupérisées, alors qu’elles sont une réponses aux enjeux de société », affirmait Gérard Renouard, président de l’Afdi.
 
Un modèle qui ne fait pas consensus
Mais agriculture familiale ne veut pas forcément dire petite ferme, même si « en employant essentiellement de la main-d’œuvre familiale, elle reste souvent sur des surfaces relativement petites », note Jean-Michel Sourisseau, chercheur au Cirad. Le sociologue Bertrand Hervieux établit une distinction nette avec l’agriculture de subsistante, synonyme d’extrême pauvreté, qui ne participe pas à nourrir l’extérieur de la ferme. Le sociologue pointe « trois idées qui ne sont pas justes et qui ont des conséquences politiques »: d’abord, si le monde s’urbanise, « les agriculteurs n’ont jamais été aussi nombreux à la surface de la terre ». Ensuite, l’agriculture familiale n’est pas un « invariant sociologique », puisqu’il y a eu notamment des agricultures esclavagistes, collectivistes ou du servage, mais une « construction socio-économique qui ne va pas de soi ». Enfin, alors que « nous avons longtemps pensé que l’agriculture familiale était le modèle idéal et que nous allions vers une homogénéisation des exploitations », comme dans le reste de la société, « les écarts se creusent ». L’agriculture familiale se place alors entre l’agriculture de subsistance et l’agriculture de firme, qui a fortement progressé après la crise financière de 2008, « légitimée par l’idée que pour nourrir la planète, il faut une agriculture extrêmement performante tournée vers la mondialisation ». « La légitimité des agricultures familiales ne fait pas consensus, certains acteurs économiques et politiques les trouvent gênantes. Si nous choisissons de les défendre, il faut l’argumenter, le démontrer », prévient-il.
 
Capacité de résilience
Allant dans ce sens, Ibrahima Coulibaly, président de la CNOP, un syndicat agricole malien, a affirmé que les agriculteurs familiaux ont des pratiques plus durables, car ils « ne considèrent pas la terre que comme un capital. Leur avenir est intrinsèquement lié à cette terre, ils sont obligés de transmettre un outil productif à leurs enfants ». Pour lui, « favoriser l’agriculture familiale est un moyen de préserver la paix », en permettant à une grande partie de la population d’avoir une activité économique.
Jean-Michel Sourisseau a noté que les agricultures familiales « ont montré une grande viabilité dans l’histoire, avec parmi les facteurs d’efficacité économique l’absence de coût de surveillance du travail et une implication plus forte, avec une grande capacité de résistance et d’adaptation », une idée qui a fait consensus chez les paysans du Nord comme du Sud.
En conclusion des débats, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a déclaré que si l’agriculture familiale était « un élément majeur de la production alimentaire mondiale », il fallait « lui donner les moyens de transformer et de stocker ses productions ».
 
Un intérêt social et économique
Les agriculteurs familiaux, aussi petits soient-ils, ne sont pas pour autant exclus des systèmes agro-alimentaires. Danone suit une idée « de maximisation de son empreinte sociale par l’emploi », explique Jean-Christophe Laugée, directeur de Danone Eco-système. Si le numéro un mondial des produits laitiers met en place de nombreux outils pour les agriculteurs, comme des micro-crédits ou l’accès aux coopératives, ce n’est pas par philanthropie, mais selon une pensée strictement rationnelle. « En Égypte, 80% du lait est produit par des petits paysans ; se priver de 80% de la ressource n’est pas du bon sens économique », explique-t-il. Et outre le fait que la valeur boursière des entreprises dépend aujourd’hui de leur valorisation sociale, créer des emplois peut aussi créer des marchés : « Au regard des enjeux mondiaux de création d’emploi et dans une optique de bon sens entrepreneurial, cela peut engendrer de la consommation. Si on ne favorise pas ce modèle, on se tire une balle dans le pied », conclut Jean-Christophe Laugée.

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