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Compétitivité L’agriculture française pourrait décrocher par rapport à ses concurrents européens

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Coup de semonce ? Alors que la compétitivité de l’agriculture française fait l’objet de multiples discussions, les chiffres diffusés le 7 mai par Eurostat témoignent des difficultés du pays à se maintenir au rang de leader européen. En un an, la France a vu son revenu chuter de 20 %, la baisse étant de 19 % sur les neuf dernières années. Parallèlement, l’emploi agricole a baissé sur la même période de 16,6 %. Quelles que soient les incertitudes sur la méthode avec laquelle ces chiffres ont été établis, ils font réfléchir. Surtout parce que l’Allemagne, qui apparaît de plus en plus comme un nouveau modèle à suivre, s’en sort plutôt mieux que la France. Sur les neuf dernières années, elle a connu une chute de ses actifs agricoles plus sévère… Mais elle a su faire progresser son revenu agricole. Difficile d’expliquer clairement les raisons de ces différences. Certains avancent d’ores et déjà des débuts de solution. Pour le président de Coop de France, par exemple, l’Hexagone aurait ainsi clairement intérêt à « moderniser » son agriculture. Et vite.

Dur, dur. Selon une étude publiée le 7 mai par Eurostat, office européen de statistiques, les revenus agricoles dans l’UE à 27 ont enregistré une chute de 11,6 % en 2009 par rapport à 2008. Une baisse sévère, légèrement inférieure toutefois aux estimations livrées mi-décembre par l’organisation, qui faisaient alors état d’une réduction globale des revenus de 12,2 %. « Ces chiffres confirment nos pires craintes », indiquent en tout cas les organisations agricoles européennes (Copa-Cogeca) qui demandent des actions urgentes pour remédier à cette situation difficile. Selon Eurostat, la chute de 10,5 % de la valeur de la production serait la grande responsable de la diminution observée. Celle-ci s’explique avant tout par une réduction des prix de 9,7 %, la diminution des volumes, qui ne dépasse pas 1 % par rapport à 2008, étant peu significative. Au total, le secteur agricole a perdu un peu plus de 12 % de valeur ajoutée. Sans surprise, c’est le secteur des grandes cultures (céréales et oléagineux) qui a subi le plus fortement la crise, avec des chutes de prix de 27 et 25 % accompagnées d’une réduction des volumes en céréales. Parmi les productions végétales, viennent ensuite les fruits (-15,9 %) et dans une moindre mesure le vin (- 5 %). Dans le secteur animal, Eurostat chiffre à 20 % la réduction des prix dans le secteur laitier. Le porc, la volaille et le bétail s’en sortent pour leur part avec des diminutions inférieures à 4 %. Au niveau des Vingt-sept, les ovins, les caprins et les œufs ont même connu des hausses, de l’ordre de 9,5 % pour les premiers et de 3,5 % pour le dernier.

Des revenus en hausse dans quelques pays d’Europe de l’Ouest
Au final, 21 Etats membres ont été affectés par la crise agricole en 2009. C’est la Hongrie qui a le plus souffert, avec une chute de revenu de près de 35 %. Mais les grands pays producteurs de l’ouest de l’Europe comme l’Allemagne, la France et l’Italie n’ont pas été épargnés. Ils enregistrent des diminutions du revenu de respectivement 21 %, 19 % et 20,9 %. L’Espagne, en revanche, est parvenue à limiter la casse avec une baisse de seulement 1,8 %. La réduction de la valeur de la production agricole, liée comme ailleurs à la baisse des rendements et des prix, semble avoir été en partie compensée par une forte réduction des coûts des consommations intermédiaires (semences, énergies, fertilisants, services agricoles…), en chute de 17,7 % par rapport à 2008. Et la Belgique, le Danemark, la Grèce, Chypre et Malte ont même réussi à enregistrer des résultats positifs compris entre 0,3 et près de 8 % pour Malte.

Le Danemark, mouton noir du classement sur neuf ans
Eurostat revient également sur l’évolution des revenus sur la période 2000-2009. La tendance est positive, puisqu’elle s’affiche en hausse de 5,3 % pour l’UE à 27. Sauf que ce chiffre masque des réalités très hétérogènes selon les Etats membres. Mouton noir du classement : le Danemark qui a vu ses revenus chuter de 46 %. Selon les experts agricoles de la mission économique, le taux d’endettement élevé des producteurs, lié à leur volonté de se moderniser par exemple en augmentant la taille de leur cheptel et en acquérant des terres pour épandre le lisier, a clairement grevé les revenus. De fait, un nombre non négligeable d’entre eux seraient menacés par la faillite. Dans le peloton de queue, se trouvent également le Luxembourg, l’Irlande, les Pays-Bas, la Norvège, la Belgique… Et la France. Son revenu agricole a chuté de 19,6 % sur la période analysée, alors qu’en Allemagne, il grimpait de 12 %. En Suède, où les paysans ont peu investi et où l’agriculture se révèle donc moins moderne, la progression approche des 40 %, tandis qu’elle est de 71 % au Royaume-Uni. Pour Vincent Chatellier, chercheur à l’Inra, ces tendances sont à prendre avec précaution. « La compétitivité relative des agriculteurs européens est discutable en fonction des parités de pouvoir d’achat, des modalités de financement et d’investissements, des choix des pays quant à l’application des règlements communautaires ou des règles fiscales, sociales et environnementales », expliquait-il lors d’un colloque récent au salon de l’Agriculture.

Une chute des emplois agricoles européens de 25 %
Cette baisse des revenus s’accompagne en tout cas pour l’Hexagone d’une chute non négligeable des emplois sur la même période. Celle-ci est évaluée à 16,6 % pour une moyenne au niveau des Vingt-sept de 25 %. Si l’Allemagne enregistre une baisse un peu plus forte de son capital « emplois » (- 21,7 %), elle a connu en parallèle, rappelons-le, une hausse de ses revenus, comme le Royaume-Uni, qui n’a finalement perdu que 13 % de ses actifs agricoles. La France serait-elle une mauvaise élève ? Dans une étude de l’Inra qui repose sur les données du Rica (Réseau d’information comptable agricole) et porte sur huit pays (Allemagne, Danemark, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni), il apparaît que « la valeur de la production agricole (y compris les aides directes) générée par l’emploi agricole à temps plein est plus faible en France que dans les pays du nord de l’Europe hors Irlande, mais supérieure à celle des pays du sud », indiquait Vincent Châtelier au Salon de l’agriculture.

La donne aurait changé récemment
Difficile de tirer pour autant des conclusions. Les gains de productivité se révèlent plus faibles en France que dans les pays du nord, mais l’efficacité économique des exploitations y semble plutôt meilleure, grâce, notamment, à une pression foncière moins forte. Comme ses voisins, l’Hexagone a plutôt tendance a enregistré une baisse des charges en engrais, mais le poids des produits phytosanitaires y est plus fort qu’ailleurs en raison d’une importante orientation grandes cultures. Pour Vincent Chatellier, sur 2002 à 2007, « le revenu des agriculteurs français, qui est inférieur à celui des unités plus productives des Pays-Bas et du Royaume-Uni, demeure assez comparable à celui des unités allemandes ». La donne aurait donc changé plus récemment, les fermes allemandes entrant dans une dynamique plus favorable. La France saura-t-elle les rattraper ?

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