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Biocarburants L’agriculture a les moyens de répondre aux besoins

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L’agriculture est prête à fournir davantage de matières premières aux industriels dès 2005. Pour les années suivantes aussi.

Le plan du gouvernement se traduira dès 2005 par des agréments supplémentaires alloués aux industriels : 100 000 tonnes d’éthanol et 30 000 tonnes d’ester-carburant de plus. Comment l’agriculture réagira dès 2005 ?

Les dates déterminantes n’étant pas, en agriculture, les années calendaires mais les campagnes de commercialisation, il faut raisonner par campagnes. Cela signifie que pour la campagne 2005/06 qui commencera le 1er juillet, la filière oléagineuse peut compter sur un débouché de 30 000 tonnes de diester au titre de l’agrément 2005, plus 80 000 tonnes au titre de l’agrément dont elle pourra profiter en 2006. Soit 110 000 tonnes supplémentaires possibles dès la campagne prochaine. Comme il s’agit de l’écoulement de la récolte 2005, les jeux sont faits, en termes de production de graines : le colza est semé depuis août-septembre dernier. La seule marge de manœuvre possible serait le tournesol, que l’on sème en avril. Mais l’essentiel des matières premières pour le biodiesel est constitué du colza, pour des raisons de prix principalement. Quelles sont les quantités en jeu ? Les 110 000 tonnes représenteraient environ 80 000 ha à comparer aux quelque 300 000 ha de colza industriel planté en 2003. Le fait que les jeux soient faits ne perturbe pas outre mesure les professionnels. D’une part, le mécanisme de contractualisation entre les organismes stockeurs (OS) et les industriels joue comme un clapet de sécurité, indique Olivier de Gasquet, directeur de la Fop (Fédération des producteurs d’oléao-protéagineux). Les OS et les industriels conviennent à l’avance des quantités que livreront les OS et qu’achèteront les transformateurs. Si ces quantités se révèlent insuffisantes, les OS peuvent puiser soit dans leurs stocks, soit, le cas échéant, se procurer des graines sur le marché, mais dans ce cas avec le risque que ce soit avec des prix plus élevés, ce qui incite les OS à anticiper.

« L’épaisseur du trait »

D’autre part, le surcroît de débouché qu’apporte le diester reste marginal par rapport à la production totale de colza : 80 000 ha comparé aux 1,1 million d’hectares de sole colza en 2003. Soit moins qu’une fluctuation de récolte d’une année sur l’autre. « Autant dire que c’est l’épaisseur du trait», selon Olivier de Gasquet. Le risque de manquer de graines apparaît donc faible. Sans emblavements supplémentaires, la filière peut répondre à la nouvelle demande.

Jusqu’à l’échéance 2007, l’approvisionnement ne semble pas poser de problèmes. L’emplacement de l’usine de Sète a été étudié de près sur le plan logistique : la site a été choisi en raison de sa proximité avec la raffinerie de l’Étang de Berre et de l’axe rhôdanien, qui achemine des convois de barges de colza en provenance de la Bourgogne. « L’unité de Sète n’est pas conçue pour travailler avec des graines ou des huiles d’importation, sauf à la marge, contrairement à ce qui se dit parfois», a tenu à préciser Olivier de Gasquet.

Pour l’après 2007, la profession oléagineuse elle-même est en réflexion avec des agronomes et l’Inra sur la manière de répondre à la montée en puissance du biodiesel.

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Éthanol : pas d’emblavements supplémentaires en 2005

S’agissant de l’éthanol, on sait d’ores et déjà que l’année 2005 verra une progression des capacités supplémentaires de 100 000 tonnes par simple saturation des usines existantes. Là aussi, pas de consignes d’emblavements supplémentaires. « Pour la betterave, nous comptons sur les betteraves du quota C (ou hors quota) et sur du report de sirop de sucre. Pour le blé, nous nous sommes assurés que nous disposerons d’assez de farine auprès de nos fournisseurs. On sait aussi que l’exportation ne marche pas fort et laisse largement de quoi approvisionner les usines », a témoigné Alain Commissaire, directeur de Cristal Union.

Pour l’échéance 2007, trois candidats sont prêts à répondre à l’appel d’offre : Tereos, pour une usine de 200 000 tonnes, à construire, à Lillebonne (Seine-Maritime) ; Cristal Union, pour 390 000 tonnes ; et Abengoa Bioenergy pour 100 000 tonnes (il s’agit du projet d’usine de maïs dans le Sud-Ouest). Le total dépasse les 320 000 tonnes de nouveaux agréments annoncés le 2 février pour l’éthanol, mais les professionnels se positionnent pour l’après 2007, anticipant une demande qui risquerait d’être satisfaite à partir d’importations en provenance du Brésil. Tereos produit déjà environ 200 000 tonnes d’éthanol à Origny-Sainte Benoîte (Aisne) et à Provins (Seine-et-Marne), pour moîtié à partir de betteraves, pour moîtié de blé. Le projet de Lillebonne est essentiellement prévu pour l’éthanol de blé.

Cristanol : les demandes administratives déposées dès 2003

Deuxième projet éthanolier, celui de Cristal Union, appelé Cristanol. Il consiste en deux sites différents : 260 000 tonnes à Bazancourt (Marne) et en 130 000 tonnes à Arcis-sur-Aube (Aube).

Le site de Bazancourt produit déjà 40 000 tonnes, à partir de betteraves. Le projet complémentaire consiste en deux tranches de 130 000 tonnes chacune : l’une pour être prête en 2007, l’autre pour être prête en 2008 ou 2009. La première tranche est prévue selon le schéma 60% ex-betteraves et 40% ex-blé. La seconde tranche est prévue selon un schéma 100% ex-blé. L’usine d’Arcis fonctionne déjà avec deux-tiers d’éthanol à partir de betteraves et un tiers à partir de blé. La tranche de 130 000 tonnes prévue pour 2007 devrait fonctionner totalement avec du blé.

Le projet Cristanol est le plus avancé. Les dirigeants de Cristal Union ont déposé les demandes administratives au printemps 2003. Ils attendent les réponses de la Drire (Direction de l’Environnement) dans les deux mois. De fait, l’agro-industrie a largement les capacités de s’approvionner en matières premières agricoles tandis qu’elle ne manque pas de projets industriels pour produire les quantités dont la France a besoin. Cependant, pour le biodiesel comme pour le bioéthanol, la carte des nouvelles capacités sera donnée par les résultats de l’appel d’offres.