Les candidats à l’élection présidentielle qui s’exprimaient jusqu’alors assez peu sur le sujet agricole semblent, à l’ouverture du Salon de l’agriculture, avoir beaucoup à dire. Leurs propositions, présentées par leurs représentants agricoles le 23 février, sont finalement nombreuses.
À l’avant-veille de l’ouverture du Salon de l’agriculture, les responsables agricoles des principaux candidats à l’élection présidentielle étaient invités, le. 23 février, par le Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et la Sfer (Société française d’économie rurale) à s’exprimer sur le programme agricole de leurs candidats. Leif Blanc pour le Front National, Yves d’Amecourt pour Les Républicains, Stéphane Delpeyrat pour le Parti Socialiste, Laurent Levard pour La France Insoumise, François Patriat pour le mouvement En marche et Patrick Garnon pour les Verts (le parti annonçait quelques heures après la fin du colloque que Yannick Jadot rejoignait Benoît Hamon) ont présenté la vision des présidentiables pour l’agriculture et les leviers qu’ils envisagent d’actionner pour mener à bien leur projet.
FN et La France insoumise bouleversent la politique agricole
Les candidats s’entendent sur un seul objectif : permettre aux agriculteurs de tirer un revenu de leur métier. Mais dans la façon de faire, chacun propose ses solutions. Aux extrêmes, le Front National de Marine Le Pen et La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Le Front National axe son projet sur « la souveraineté alimentaire » de la France, qui sort de l’Union européenne. Les normes internes peuvent rester plus dures que dans les autres Etats, puisque, grâce à la préférence nationale, les agriculteurs français ne subissent plus la concurrence de leurs voisins.
Le parti de Jean-Luc Mélenchon prône « une agriculture écologique et paysanne » qui doit « répondre à l’intérêt général ». Ce modèle agricole repose notamment sur le bio, l’autonomie des exploitations et des modifications des habitudes alimentaires (moins de produits animaux). Ce projet n’est possible, explique Laurent Levard, qu’à condition de sortir de « la folle course à la compétitivité et du libéralisme ».
À gauche, la transition douce vers l’écologie
Le Parti Socialiste revendique une agriculture plus verte, mais admet que la transition nécessite du temps. « Il faut réorienter notre modèle en laissant cohabiter les différentes agricultures », a expliqué Stéphane Delpeyrat. Ainsi, Benoît Hamon propose d’orienter les aides Pac vers les démarches environnementales, mais aussi de les échelonner en fonction des emplois créés. Par ailleurs, le Parti socialiste met un frein au libéralisme qu’il estime incompatible avec la création de valeur ajoutée et avec l’écologie. Les Verts rajoutent la nécessité de mettre en œuvre une véritable politique alimentaire.
Pour le mouvement En Marche, François Patriat a présenté des positions quelque peu décousues, en attendant la publication officielle du programme d’Emmanuel Macron. Dans les grandes lignes, il a évoqué une agriculture diversifiée, la fin de l’écologie punitive (avec une enveloppe de 200 M€ pour rémunérer les services environnementaux) et l’ouverture du droit au chômage pour les agriculteurs. Il a également évoqué un budget de 5 Mrd€ pour soutenir l’investissement et l’innovation dans le secteur agricole.
Les Républicains : pragmatisme économique
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Quant à François Fillon, il souhaite faire des agriculteurs « des entrepreneurs à part entière » à travers une réforme de leur statut. Le candidat Les Républicains propose la création d’un compte d’épargne aléas climatiques et économiques fiscalement intéressant, la modification du droit européen de la concurrence pour renforcer le poids des agriculteurs face aux industriels et à la distribution, la mise en place d’une TVA sociale et la suppression, par ordonnance, de toutes les normes nationales plus contraignantes que la réglementation européenne. Dans cette optique, les équipes de François Fillon rencontrent actuellement les interprofessions, a expliqué Yves d’Amecourt.
Passage obligé
Les agriculteurs, qui ne représentent plus que 2 à 3 % des électeurs, semblaient jusqu’à présent déplorer l’absence du sujet agricole dans les débats. Mais les candidats semblent devenir intarissables lorsque le Salon de l’agriculture ouvre ses portes. Ils ne s’y trompent pas : le Salon de l’agriculture constitue un passage obligé pour un (futur) président.
Les candidats s’entendent sur un seul objectif : permettre aux agriculteurs de tirer un revenu de leur métier
Les agriculteurs, catégorie au « potentiel abstentionniste le plus important »
« Parmi les différentes catégories socioprofessionnelles, les agriculteurs représentent le potentiel abstentionniste le plus important » a indiqué Martial Foucault, directeur du Cevipof (centre de recherches politiques de Sciences Po), le 23 février, en ouverture d’un colloque sur « l’agriculture dans la campagne présidentielle 2017 ». Depuis 2015, le Cevipof interroge régulièrement un échantillon de 25 000 Français, dont 300 agriculteurs. Les derniers résultats du sondage, début février, répartissaient le vote des agriculteurs ainsi : Marine Le Pen 35 %, François Fillon 20 % ; Emmanuel Macron 20 %, Benoît Hamon 18 %, Yannick Jadot 3 % et Jean-Luc Mélenchon 2 %.
E. Macron prévoit 5Md€ d’investissement sur cinq ans en agriculture
Dans un entretien accordé aux Échos paru le 23 février, Emmanuel Macron a présenté son programme économique, qui comprend notamment « un plan d’investissement public de 50 milliards d’euros durant le quinquennat », dont 15 milliards seront consacrés à la « transition écologique et énergétique » et 5 milliards à l’agriculture. Il souhaite par ailleurs transformer le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) en un « allégement pérenne de cotisation » à partir de 2018, qui représenterait « 6 points de charges en moins au niveau du Smic jusqu’à 2,5 Smic ». S’y ajouterait un allégement supplémentaire des charges patronales de 4 points, de 1 à 1,6 Smic. Le taux de l’impôt sur les sociétés serait ramené de 33,3 % à la moyenne européenne, c’est-à-dire 25 %, sur le quinquennat.