Abonné

L’agriculture, vue par la Silicon Valley

- - 5 min

Après avoir révolutionné les télécoms, le transport, le tourisme, la high-tech se tourne vers l’agriculture. Un marché que la Silicon Valley devra apprendre à connaître, avertissent les pionniers de « l’AgTech ».

Entrepreneurs, membres de start-up, d’incubateurs et de fonds d’investissement se retrouvent, le 23 février, dans les locaux de l’Atelier BNP Paribas de San Francisco, pour un événement organisé par cette cellule de prospective-innovation de la banque. L’auditoire est typique d’une soirée professionnelle dans la ville californienne, symbole de la high-tech. Le thème l’est un peu moins : l’AgTech, ces technologies mises au service de l’agriculture.

« À ceux qui sont entrepreneurs, dans la salle : le marché de l’AgTech est plein d’opportunités, mais pour réussir, il faut en comprendre les nuances », avertit Seana Hull, d’AgTech Insight, qui aide les entreprises de ce domaine. Il est important de « passer du temps sur le terrain avec les agriculteurs (pour) comprendre les défis et la variabilité à laquelle ils doivent faire face chaque jour. Sans compter qu’une solution intéressante dans le MidWest ne l’est peut-être pas au Texas », ajoute Seana Hull, pointant, pour un public visiblement novice, ce qui pourrait sembler une évidence.

Le marché agricole un peu spécial

C’est que “Ag” et "Tech" en sont encore à se découvrir. La seconde regarde avec un intérêt tout récent un secteur agricole qui pèse 835 milliards de dollars aux Etats-Unis – 4,8 % du PIB. En 2015, les investissements mondiaux dans l’AgTech ont atteint 4,6 milliards de dollars – 2,4 milliards aux Etats-Unis –, cinq fois plus qu’en 2010. Mais le marché agricole est un peu spécial pour la Silicon Valley.

« Le développement des technologies, de la génétique à l’irrigation, donne vraiment l’opportunité de produire plus avec moins », poursuit, pédagogue, Seana Hull. En attestent les trois start-up sur scène ce soir. Mavrx croise images satellites et aériennes, données biologiques sur les cultures et conseils de techniciens pour délivrer des alertes précoces à l’échelle micro-parcellaire. « Le but c’est que les agriculteurs achètent et utilisent la bonne quantité d’engrais ou de pesticide tout en maintenant le rendement. »

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

La start-up Farmeron rassemble et analyse les données déjà collectées sur une exploitation laitière (traitements, ration alimentaire, productivité des animaux). Il en ressort par exemple que « la vache B, produit plus de lait que la vache A, mais coûte deux fois plus cher en soins et gestion de la reproduction. Par comparaison, B est moins rentable ».

Des données générées sur la ferme

Comparer, c’est aussi l’idée de Farmer Business Network (FBN). « Nous prenons les données déjà générées sur la ferme (labour, semis…) et d’autres sources (météo entre autres), et nous les mettons en réseau, au nom des agriculteurs et à leur service », explique Kurt Tsuo. 2 000 fermes (2,4 millions d’hectares) participent actuellement à cette grande base de données collective. On peut ainsi vérifier par exemple « s’il est vraiment rentable de planter en plus grande densité comme le conseillait le technicien de cette firme » ou si au contraire d’autres agriculteurs en conditions similaires ont eu un rendement meilleur ou égal avec une densité moindre.

Restent deux défis de taille : même si les start-up du domaine s’adressent à la frange des plus gros producteurs, « c’est un marché difficile pour nous en tant qu’entreprise : le budget des producteurs pour un “extra” est très restreint », explique-t-on chez Mavrx. Autre défi : ne pas effrayer quand on parle de « données » dont FBN garantit l’anonymat, et assure qu’elles restent propriété de l’agriculteur. Farmeron sent de son côté, « une transition de génération » sur les exploitations familiales : les applications mobiles sont déjà répandues sur l’exploitation, les jeunes sont plus « habitués à la technologie, et très attentifs à la gestion de l’exploitation, avec l’idée de faire mieux demain qu’aujourd’hui ».

Dernière question : trouver comment « impliquer les agriculteurs dans l’écosystème de l’AgTech », avoue Seana Hull. « On veut qu’ils ne soient pas de simples acheteurs : on veut qu’ils soient engagés, qu’ils participent à des pilotes, voire qu’ils investissent dans des start-up. Faire de la pédagogie, les tenir au courant de ce qu’il y a sur le marché, et rendre ces technologies plus accessibles, c’est l’un des gros challenges actuels pour nous. »