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L’agroalimentaire en Languedoc-Roussillon : un tissu de petites entreprises

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La revue Agreste publie dans son numéro de février les résultats d’une enquête menée auprès des établissements agroalimentaires du Languedoc-Roussillon, qui fait suite à une enquête expérimentale réalisée en 1998. En 2002, la sphère agroalimentaire de la région s’élevait à 8 milliards d’euros, soit une progression de 19 % par rapport à 1997.

L’étude, coordonnée par le service régional de statistiques agricoles, a mobilisé un grand nombre d’intervenants: l’Inra, l’Ensa Montpellier, l’université Montpellier II et le Conseil régional ont apporté leur contribution.

La région Languedoc-Roussillon accueille de nombreuses entreprises agroalimentaires. Citons parmi elles le spécialiste du fruit St Mamet (Conserve Italia), les sources Quézac et Salvetat, le groupe Spanghéro, Haribo, la Confiserie du Tech, Cémoi-Cantalou et de grands groupes internationaux comme Jacques Vabre ou Royal Canin.

Les filières qui affichent les plus fortes progressions sont la filière vins, avec 44 % de hausse, et la filière fruits et légumes, à + 28 %. Le vin devient ainsi le premier acteur de la sphère alimentaire languedocienne, dont il occupe près de la moitié au niveau du nombre des entreprises. Le chiffre d’affaires d’un établissement moyen est de 7 millions d’euros, ce qui tend à prouver que l’agroalimentaire du Languedoc-Roussillon se présente sous la forme d’un tissu de petits établissements. Une thèse qu’étaye ce chiffre : huit établissements sur dix emploient moins de vingt salariés.

En 1998, il y avait 1 384 établissements agroalimentaires dans la sphère de l’enquête. Depuis, 404 ont disparu et 194 ont été créés. On en dénombre aujourd’hui 1 174, soit une baisse nette de 15 %. La chute la plus importante concerne la filière fruits et légumes (- 38 %), les produits animaux (-26%) et les dérivés de céréales (-12 %). La filière vins conserve le même nombre d’établissements.

Pendant ce temps, l’emploi salarié total s’est maintenu, mais le nombre de travailleurs saisonniers a nettement baissé. L’emploi permanent a connu une augmentation de 9 % pendant que l’emploi saisonnier enregistrait une baisse de 26 %. Aujourd’hui la filière vins reste de loin la plus pourvoyeuse d’emplois avec 8 500 emplois équivalent temps plein, suivi par les fruits et légumes, touchés par la crise et rattrapés par la filière produits animaux (4 500 etp). L’effectif moyen par entreprise passe de 14 à 18 salariés en cinq ans. Le taux d’encadrement reste stable, à 13 %.

Trouver un équilibre entre MDD et marques propres

La tendance normale, en période de crise, consiste à recentrer la production sur le produit principal. Celui-ci représentait les deux tiers de la production en 1997 et plus des trois quarts en 2002. La proportion d’établissements vendant leur produit principal sans marque passe de 29 % à 45 % en 2002. Le chiffre d’affaires de ces produits occupe désormais 36 % du total, contre 23 % lors de la dernière enquête.

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Les produits vendus sous marque propre baissent, mais ils représentent encore la moitié du chiffre d’affaires (47 % contre 56 % en 1997). Les établissements qui vendent leur produit principal essentiellement sous marques de distributeurs maintiennent un chiffre d’affaires presque deux fois plus important que la moyenne. Mais cet avantage relatif a baissé depuis 1997 au profit des établissements qui vendent sous marque propre. « Cette évolution montre une région écartelée entre les produits premier prix ou génériques, et les produits de marque exprimant l’image de son patrimoine culinaire, de ses recettes et de ses marques. 16 % des marques propres se réfèrent ainsi à un terroir et 39 % reprennent le nom du fabricant », souligne la revue.

Des entreprises plus imbriquées

Le montant total des achats de matières premières agricoles s’élève à 3,9 milliards d’euros en 2002. 70 % des établissements s’approvisionnent auprès de producteurs et de fournisseurs régionaux, alors qu’ils ne sont que 30 % à s’approvisionner dans le reste de la France et 20 % à l’étranger (le total dépasse 100 car les entreprises peuvent s’approvisionner dans diverses zones).

Les acteurs régionaux sont de plus en plus dépendants de plus grands qu’eux comme les donneurs d’ordre ou les distributeurs et de plus en plus interdépendants entre eux. L’évolution de la répartition du chiffre d’affaires selon les différents circuits de distribution évolue : les cessions internes sont passées de 6 à 16 % en cinq ans, les cessions à d’autres établissements agroalimentaires ont crû, passant de 23 à 27 % et les ventes en magasins hard-discount et magasins spécialisés ont également connu une légère hausse. Les circuits qui ont vu leur part décroître sont les grossistes, les centrales et plate-formes et les hyper et supermarchés en vente directe. Entre 1997 et 2002, les établissements régionaux sont souvent entrés dans une phase de sous-traitance pour le compte d’opérateurs plus influents sur les marchés.

Dynamisme dans le secteur des innovations

54 % des établissements régionaux ont innové au moins une fois au cours des trois dernières années. Des innovations qui ont concerné, dans l’ordre, les produits, les emballages, l’organisation de l’entreprise ou des procédés. La filière vins a favorisé des innovations produits pendant que la filière fruits et légumes privilégiait plutôt les innovations en emballages. 13 % du chiffre d’affaires des entreprises provient des produits innovants, et si l’on prend en compte uniquement les établissements innovants, ce pourcentage se monte à 19 %. La principale motivation des entreprises qui innovent est la conquête de nouveaux marchés, suivie de la rénovation de la gamme de produits et d’un changement de positionnement pour s’adapter à l’environnement concurrentiel. Les établissements qui innovent travaillent en partenariat avec leurs clients, leurs fournisseurs ou d’autres entreprises de leur secteur. Peu font appel à d’autres partenaires comme les universités ou les centres de recherche. Le principal frein à l’innovation est évidemment le coût, mais les difficultés à obtenir un référencement sont également évoquées, ainsi que l’absence d’un service R&D. les industriels plébiscitent un meilleur accès au financement public ou un meilleur accompagnement pour la gestion du projet.

Les exportations représentent une moyenne de 13 % de leurs chiffres d’affaires, avec un taux plus fort pour le vin (22 %), les dérivés de céréales (38 %) et les fruits et légumes (17 %).

L’enquête donne l’image d’un secteur agroalimentaire constitué de petites entreprises apportant des emplois à la région Languedoc-Roussillon. La plupart d’entre elles n’hésite pas à innover et à exporter ses produits. Les entreprises de la région sont de plus en plus dépendantes entre elles et vis-à-vis de leurs donneurs d’ordre. Elles ont plus de mal à affirmer leur identité à cause des difficultés auxquelles elles se heurtent pour faire connaître leurs marques propres.

Huit établissements sur dix emploient moins de vingt salariés    Entre 1997 et 2002, les établissements régionaux sont souvent entrés dans une phase de sous-traitance pour le compte d’opérateurs plus influents sur les marchés.   Pour l’enquête, les filières sont définies comme suit : – La filière fruits et légumes inclut les conserves, la préparation de jus, la quatrième gamme et le commerce de gros de ces produits. – La filière animaux inclut la production de viande et de charcuterie, ainsi que le commerce de gros de ces marchandises. – La filière dérivés de produits céréales inclut la préparation et la transformation du grain, la boulangerie, la pâtisserie et la biscuiterie. – La filière vins inclut, quant à elle, la vinification, le négoce de vins et les alcools.